Six questions autour de l'épidémie de maladies pulmonaires aux Etats-Unis

Santé

SANTÉ PUBLIQUE – Les autorités américaines pensent avoir percé le mystère de l’épidémie de lésions pulmonaires qui a fait une quarantaine de victimes et près de 2.000 malades aux Etats-Unis. Ce phénomène avait soulevé de nombreuses questions, mais une première piste est envisagée. Le problème viendrait d’une huile de vitamine E.

"Pour la première fois, nous avons détecté une toxine potentiellement préoccupante." Alors que l’’épidémie de maladies pulmonaires a touché 2.051 vapoteurs étasunien et fait 41 décès, les autorités de santé du pays pensent avoir une première explication. Les brûlures seraient causées par l’huile de vitamine E apparemment ajoutée dans des recharges au cannabis vendues sur le marché noir. 

Mais ce fléau, qui a déversé dans les hôpitaux des jeunes, jusque-là en parfaite santé, n’arrivant plus à respirer, continue de soulever des questions. Où a-t-elle débuté ? Qu'est-ce-que cette molécule? La France pourrait-elle être impactée ? On fait le point sur tout ce qu’il faut savoir.

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Où a-t-elle débuté ?

Tout a commencé dans l’Illinois. C’est là que le premier cas de cette mystérieuse maladie pulmonaire a été repéré. Alors que la première victime décède, l’Etat se rend compte que 22 patients présentent les mêmes symptômes. L’alerte aux autorités est donnée en juillet, peu avant que le Wisconsin ne fasse de même. Toutes les personnes concernées déclarent avoir utilisé une cigarette électronique dans les 90 derniers jours. 

Depuis, les malades, qui ne présentent aucune infection pulmonaire, sont de plus en plus nombreux. Ils toussent, s'essoufflent, n'arrivent plus à respirer. Hospitalisés en soins intensifs, ils finissent parfois branchés à des respirateurs artificiels ou dans des comas artificiels. En tout, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a recensé 41 morts aux Etats-Unis, dont six en une seule semaine cet été, et 2.051 malades. Selon les autorités sanitaires, la moitié de ces individus seraient de nouveaux malades tandis que l’autre partie correspond à des cas anciens qui n'avaient pas encore été reconnus comme victimes de pneumopathies liées à l’e-cigarette.

Qui est touché par cette épidémie ?

Dans l’Illinois et le Wisconsin, les patients étudiés étaient majoritairement "en bonne santé, jeunes, avec un âge moyen de 19 ans – un tiers avait moins de 18 ans – et une majorité d'hommes", a détaillé Jennifer Layden, la cheffe du département de la santé publique de l’Illinois.

Une donnée qui se retrouve à travers le pays. Selon la directrice adjointe du CDC, 70% des personnes souffrant de maladies pulmonaires sont des hommes, huit malades sur dix ont moins de 35 ans et 16% ont moins de 18 ans. Et pour cause, ils sont particulièrement consommateurs. Un lycéen de terminale sur quatre a déclaré cette année avoir vapoté dans le mois précédent, contre 11% en 2017, selon une enquête publiée en septembre dans le New England Journal of Medicine. Concernant les personnes décédées, la moyenne est de 49 ans. 

Quelles en sont les causes ?

Il aura fallu plusieurs mois aux autorités pour avoir une première piste. Jusqu'au mois dernier, aucune substance, mélange, ou marque ne semblait être à la source de ces problèmes respiratoires. Ainsi, rien que dans l'Illinois et le Wisconsin, sur 86 patients étudiés, les responsables avaient noté la présence de 234 produits différents provenant de 87 marques, toujours selon les données de la responsable de santé de l’Etat. Les résultats divergeaient aussi selon les régions. Au Minnesota, les études de médecins du réseau hospitalier Mayo Clinic réalisées sur 17 patients ont mis en évidence des lésions comparables à des brûlures chimiques. A savoir des blessures semblables à une exposition à des gaz toxiques. Une autre recherche, sur cinq patients en Caroline du Nord, montrait à l'inverse des lésions de type pneumonie lipidique. Dans ce cas-là, ce serait donc des huiles qui auraient pénétré les poumons, montrant un dysfonctionnement de l’e-cigarette. L’Etat de New York, enfin, avait cité l'huile de vitamine E, qui se créerait en faisant des mélanges d’huiles, comme possible cause des maladies.

Il s'avère que les dernières recherches confirment dorénavant cette dernière piste. Réalisées sur les fluides pulmonaires de 29 patients, dont deux qui sont décédés, par le CDC, elles "apportent la preuve directe" que cette molécule d'huile de vitamine E est "le principal responsable de lésions dans les poumons". C'est en tout cas ce qu'a assuré Anne Schuchat, la directrice adjointe du centre, ajoutant qu’"aucune autre toxine potentielle n'avait pour l'instant été détectée dans les analyses". 

Qu'est-ce-que cette molécule?

Il s’agit plus exactement de l'acétate, nom chimique de cette molécule de vitamine E. Comme l’explique le New York Times, citant le CDC, cet acétate est "collant, comme le miel", et "adhère au tissu pulmonaire". 

La vitamine E est pourtant très répandue. Et de fait, elle est inoffensive et peut s’acheter sur le marché. Sous forme de gélule à avaler, elle est un supplément alimentaire, mais peut aussi s'appliquer sur la peau comme lotion. Sauf qu’elle peut être nocive dans deux cas : lorsqu’elle est inhalée ou chauffée. Or, c'est sous cette forme que ces patients étasuniens l'ont consommée.

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Et maintenant?

Selon les autorités, il y aurait indéniablement un lien entre les brûlures au poumon et l'achat de fluides sur le marché noir. Ainsi, la vitamine E serait ajoutée par des fabricants de produits de vapotage illicites afin d'épaissir la texture ou pour diluer le THC pour augmenter leurs profits. 86% des patients affirment d'ailleurs avoir fumé des cigarettes au THC.

En attendant d'en savoir plus, la directrice adjointe des CDC reste cependant vigilante. Elle laisse la porte ouverte à d’autres possibilités, estimant que d'autres produits chimiques ou toxines provenant de fluides ou d'appareils de vapotage peuvent également causer les affections respiratoires graves.

Car cette épidémie a surtout démontré l’existence d’un marché qui manque de régulation. Alors, vendredi, Donald Trump a annoncé vouloir faire passer l'âge minimum pour acheter des cigarettes électroniques aux Etats-Unis de 18 à 21 ans. Une mesure qui s'inscrit dans un plan plus vaste de réduction du vapotage chez les jeunes, qui sera dévoilé "la semaine prochaine". "Nous devons particulièrement prendre soin de nos enfants, donc nous allons avoir une limite d'âge de 21 ans environ", a déclaré le président américain devant des journalistes. 

Une telle épidémie est-elle possible en France ?

Le contexte en France est bien loin des Etats-Unis. A commencer par le profil des consommateurs. Dans l’Hexagone, ce sont essentiellement des fumeurs qui tentent d'arrêter, alors qu'outre-Atlantique ce sont majoritairement des jeunes séduit par cette nouvelle mode, et qui n’avait jamais touché à du tabac auparavant. De plus, comme le souligne le PDG de Kumulus Vape, Rémi Baert, auprès de l'AFP, "le marché américain n'est pas régi par les mêmes lois qu'en France". Aux États-Unis, la composition des produits ne doit pas être déclarée auprès des autorités de santé, et est dès lors totalement libre. 

Mais cette défense comporte un hic. Une enquête réalisée par la Répression des fraudes (DGCCRF), en 2017, et publiée en début de mois, a montré que l'emballage et l'étiquetage de près d'une cartouche de liquide sur deux n'est pas conforme à la réglementation. Les autorités sanitaires françaises ont donc choisi de mettre en place un dispositif pour surveiller si l'usage des cigarettes électroniques s'accompagnait ou non d'une épidémie de maladies pulmonaires. Le dispositif s'appuiera sur les " les signalements de pathologies pulmonaires graves prises en charge dans les hôpitaux", a détaillé Santé publique France. 

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