Comment le cerveau adapte la vue en fonction du cœur

Comment le cerveau adapte la vue en fonction du cœur

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SCIENCE - Une récente étude française montre que l’acuité visuelle semble dépendre en partie de la façon dont le cerveau perçoit les battements du cœur. Une corrélation qui affecterait sensiblement les performances sensorielles.

Nous sommes encore loin de connaître tout le fonctionnement du cerveau, notamment en ce qui concerne l'interaction avec le corps . De nombreuses études scientifiques se penchent sur le sujet et dans la dernière en date, des chercheurs de l'Inserm* démontrent qu'il existerait un lien entre les battements de cœur et la vue. Leurs travaux, parus dans la revue Nature Neuroscience, révèlent plus précisément que la perception inconsciente des battements du cœur par le cerveau influe sur ce sens.

Les chercheurs se sont penchés sur les liens entre l'activité spontanée du cerveau et la façon dont ce dernier traite les informations extérieures. En effet, le cerveau reçoit, enregistre et régule les signaux provenant des différents organes du corps, notamment chaque battement du cœur. Ils ont voulu savoir si cette activité pouvait avoir une influence sur les performances sensorielles ou cognitives de quelqu'un. Pour tester cette hypothèse, ils ont observé l’activité cérébrale de 17 volontaires avant de les soumettre à des tests visuels.

Les battements de cœur visibles dans le cerveau

Pour ce faire, ils ont eu recours à une technique d’imagerie médicale appelée magnétoencéphalographie. Cette dernière permet d’observer très précisément l’activité neuronale grâce à plus de trois cents capteurs placés sur le crâne. Les chercheurs ont aussi utilisé un programme dit de "reconstruction des sources". "Il permet de connaître l’origine de l’activité cérébrale. Dans notre cas nous avons recherché les zones cérébrales dont l’activité est associée aux battements du cœur", explique Catherine Tallon-Baudry, co-auteur des travaux.

Les chercheurs ont trouvé deux régions du cerveau bien distinctes qui s'allument à chaque pulsation cardiaque : le lobe pariétal et le cortex cingulaire. Ces régions, bien qu'éloignées l'une de l'autre, jouent un rôle dans la régulation du rythme cardiaque . "Elles détectent les battements de façon inconsciente pour le sujet", ajoute Catherine Tallon-Baudry. Ensuite, les chercheurs ont demandé aux volontaires d’observer à plusieurs reprises un écran d’ordinateur sur lequel s’affichait une image très peu contrastée.

Les fonctions sensorielles modifiées

À chaque essai, les chercheurs ont noté si les volontaires arrivaient à déchiffrer l’image ou non. Ils ont ensuite corrélé leur réponse avec leur activité cérébrale associée à leurs battements cardiaques. "Il s'agissait de savoir si les variations de l’activité spontanée du cerveau générée par les battements du cœur interfèrent avec l’acuité visuelle", précise la chercheuse. A l’issue de ces travaux, les chercheurs ont constaté que plus cette activité cérébrale était importante, plus le sujet était capable de voir ces clichés.

"Rétrospectivement, en analysant les réponses neuronales, nous sommes capables de prédire si un sujet va voir l’objet faiblement contrasté. C’est comme si les signaux en provenance des organes du corps pouvaient permettre à la personne de développer des sensations plus fines", suggère la chercheuse. Ces résultats confirment le fait que la perception du corps par le cerveau influe sur les fonctions sensorielles ". Si l'expérience porte sur la vue, les chercheurs gagent que ce phénomène devrait concerner les autres sens, comme l’ouïe.

* Institut national de la santé et de la recherche médicale

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