Compte-t-on vraiment plus de décès du Covid-19 en France que dans toute l'Afrique ?

La jeunesse des populations, comme ici au Kenya, explique en partie l'impact moindre de l'épidémie en Afrique.

MORTALITÉ - Une infographie sur Facebook assure à tort que l'Afrique toute entière compte moins de décès du Covid-19 que la France. Et attribue sans fondement cet écart à l'hydroxychloroquine.

En France, les critiques adressées aux autorités sont régulières, ces dernières étant accusées d'avoir mal géré la crise sanitaire. Des discours acerbes qui s'expriment notamment sur Facebook, où une image dresse ces derniers jours un parallèle avec la mortalité en Afrique. Aux quelque 77.000 morts déplorés dans l'Hexagone sont opposés ceux enregistrés à l'échelle du continent africain : un peu moins de 60.000 alors que s'y rassemblent 1,3 milliards d'habitants. 

Pour les internautes qui relaient cette publication, il ne faut pas chercher très loin l'explication de cette situation. Si la France accuse un tel bilan, apprend-on, ce serait parce qu'elle a refusé "l'utilisation de l'hydroxychloroquine". Le gouvernement est ainsi décrié, n'ayant soi-disant pas voulu "soigner les malades". Outre des chiffres faux, ces messages relaient des affirmations qui ne sont corroborées par aucun fait tangible.

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Une mortalité effectivement plus faible

Dans ce message, un chiffre est exact : celui du nombre de décès imputés au Covid en France. Un peu plus de 77.000 en ce début de mois de février, pour une population globale de 67 millions d'habitants. Si l'Afrique compte bel et bien 1,3 milliard de personnes sur son sol, elle enregistre un bilan plus lourd que celui ici présenté. Les morts du Covid-19 déclarés dépassent en effet les 93.000, soit 50% de plus que ce qu'affirme les internautes sur Facebook. La carte ci-dessous montre la répartition de ces décès, concentrés pour près de la moitié en Afrique du Sud. 

Comparés à ceux observés en Europe, ces chiffres demeurent malgré tout très faibles. Une particularité qui peut s'expliquer par de nombreux facteurs. Une bonne gestion sanitaire notamment, soulignée par Matshidiso Moeti, la directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique. Les États africains "ont pris très tôt des décisions très importantes et ont imposé des mesures drastiques" afin de réduire limiter le déplacement des populations et les rassemblements, se félicitait-elle en septembre dernier. Cette spécialiste a aussi souligné l'impact de la démographie : "La structure de la population fait une grande différence", indique-t-elle, puisque "dans la plupart des pays africains, environ 3% de la population est âgée de plus de 65 ans". Une protection naturelle face à un virus qui tue essentiellement des personnes âgées.

Des scientifiques ont aussi avancé des raisons génétiques aux chiffres de la mortalité en Afrique."Un segment de chromosome" provenant de l'Homme de Néandertal multiplierait "par trois les risques de développer une forme sévère de détresse respiratoire", nous apprend Le Monde, se basant sur une série d'études scientifiques. Or, il est "porté par 50% de la population en Asie du Sud et 16% en Europe", tandis qu'il serait quasi absent chez les populations africaines. 

Précisons aussi qu'il convient de se montrer prudent quant aux chiffres avancés puisque, si la détection du virus est très poussée en Europe, elle l'est bien moins dans une partie de l'Afrique. Il est donc tout à fait possible que le Covid-19 s'y propage davantage que ne le laissent penser les statistiques, et que le nombre des décès s'avère en réalité plus élevé. Sans compter que la deuxième vague s'y montre plus meurtrière que la première, en raison notamment de la prolifération du variant sud-africain. 

Aucun lien avec l'usage d’hydroxychloroquine

Autre élément trompeur de cette publication : le lien effectué entre mortalité plus faible et usage de l'hydroxychloroquine. L'usage de cette molécule controversée est en effet présenté comme l'explication du plus faible nombre de décès en Afrique, alors que la France se refuse de son côté à la prescrire. Outre le manque de données scientifiques permettant de conclure aujourd'hui à une efficacité de l'hydroxychloroquine, il est important de souligner qu'elle n'est pas utilisée de manière large en Afrique. 

Pour s'en convaincre, il est possible de se référer aux données de l'IHU – Méditerranée Infection, où officie le Pr Raoult. Fervent défenseur de l'hydroxychloroquine, il indique qu'elle est recommandée dans une bonne partie de l'Afrique de l'Ouest. Mais beaucoup moins en Afrique de l'Est ou au sud du Golfe de Guinée. Outre le fait que ces recommandations ne signifient pas un usage avéré sur le terrain, on peut observer que l'Afrique du Sud est rangée dans le camp des pro-hydroxychloroquine. Or, c'est aujourd'hui le pays d'Afrique qui souffre le plus du virus, bien plus qu'en Tanzanie où seuls 21 décès du virus sont déclarés pour 56 millions d'habitants. Et ce, sans que soit recommandé l'hydroxychloroquine à sa population. 

La Société française de pharmacologie et de thérapeutique rappelait en novembre dernier qu'à l’heure actuelle, "les données disponibles concluent que l’hydroxychloroquine n’est pas associée à une réduction de la mortalité à 28 jours, de l’aggravation de la maladie, ni à une amélioration des symptômes. En revanche, elle pourrait augmenter la durée d’hospitalisation, le risque de recours à la ventilation mécanique invasive, ainsi que le risque de survenue d’effets indésirables liés au traitement". Les données disponibles, apprend-on par ailleurs, "suggèrent également que la chloroquine ou l’hydroxychloroquine utilisées en association avec l’azithromycine, ne sont pas cliniquement efficaces pour traiter le COVID-19, ni pour prévenir l’infection chez les sujets à risque."

En conclusion, il est donc faux d'affirmer que le nombre de décès du Covid-19 est moindre en Afrique qu'en France, même si le continent africain demeure peu touché relativement à sa population. De multiples facteurs, démographiques notamment, peuvent expliquer qu'il apparaisse en partie épargné. En revanche, l'usage d'hydroxychloroquine ne peut pas être avancé pour justifier le faible nombre de morts, cette molécule n'étant pas utilisé de manière généralisée et n'ayant à l'heure qu'il est montré aucune efficacité significative lors des rares essais cliniques randomisés qui ont été menés à travers le monde. 

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