Confinements locaux, "méga-cluster" : la France peut-elle connaître la même situation que l’Allemagne ?

L'ensemble de la population de deux cantons allemands est à nouveau confiné depuis hier. En cause, la découverte d'un foyer de contamination au Covid-19 dans un abattoir de la région.
Santé

CRISE SANITAIRE – L’Allemagne connaît une recrudescence du nombre de cas de coronavirus, ayant entraîné le reconfinement de deux cantons. La France peut-elle connaître un scénario similaire ?

Inquiétude outre-Rhin. Érigée comme un modèle dans la gestion de l’épidémie, l’Allemagne connaît ces derniers jours une recrudescence du nombre de cas de coronavirus. Dans le nord-ouest du pays, plus de 1550 personnes ont été testées positives au Covid-19. C’est du plus grand abattoir d’Europe, situé à Gütersloh, qu’est partie la contamination. Résultat : les autorités ont décidé de reconfiner plus de 600.000 habitants des cantons de Gütersolh et celui voisin de Warendorf.

Si ce confinement, qui doit durer dans un premier temps jusqu’au 30 juin, n’est pas aussi strict que celui en vigueur en France entre mi-mars et mi-mai, les mesures sont tout de même restrictives : limitation des contacts entre personnes, interdiction des activités de loisirs dans des espaces clos, et fermeture des bars, cinémas ou musées.

La France "a déjà eu un 'cluster' comme en Allemagne"

À l’instar du Portugal, où la région de Lisbonne s’est elle aussi refermée, un tel scénario est-il envisageable en France dans les semaines à venir ? Pour Bruno Lina, membre du Conseil scientifique, "nous avons déjà eu un 'cluster' comme en Allemagne". "C’était en mars, à Mulhouse, lors de la réunion des évangélistes, où entre 2.000 et 3.000 personnes sont restées ensemble pendant une semaine, et durant laquelle il y a eu beaucoup de transmissions", explique le virologue à LCI.

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Suite à ce rassemblement en Alsace, le nombre de contaminations a explosé dans plusieurs régions de France, car "la population est repartie chez elle, et cela a créé l’apparition concomitante d’énormément de cas à différents endroits", insiste Bruno Lina. "En revanche, en Allemagne, il s’agit d’un lieu de travail et non pas un lieu de réunion. Même si le nombre de cas est important, le foyer est beaucoup plus circonscrit."

Nous avons la capacité de réagir et de détecter des cas contacts- Bruno Lina

C’est justement pour éviter que les personnes testées positives et leurs contacts se déplacent dans toute l’Allemagne que les autorités leur ont imposé un confinement. "Pour contrôler un foyer de contagion, il faut être extrêmement rapide", note le membre du Conseil scientifique, avec notamment la multiplication des tests et la détection des cas contacts.

"Normalement, en France, nous sommes suffisamment rapides" pour qu’un "cluster" comme en Allemagne soit rapidement repéré. "Nous avons la capacité de réagir et de détecter des cas contacts. En ce sens, l’application StopCovid peut être extrêmement utile puisqu’elle permet d’alerter la population en leur disant qu’ils ont été au contact avec un sujet infecté et qu’ils doivent se faire tester", indique Bruno Lina. Reste que cette application n’a pas trouvé écho du côté de la population : moins de 2 millions de Français l’ont téléchargée (dont 460.000 désinstallations).

Le confinement géographique reste "une hypothèse"

Comme Pékin, Lisbonne ou les deux cantons en Allemagne, la France peut-elle également céder aux mesures restrictives de confinement en cas de grand foyer épidémique sur son territoire ? "La situation actuelle en Allemagne est un 'cluster critique'", déclare Bruno Lina. "Dans l’un des avis du Conseil scientifique, face à cette situation, nous avons recommandé d’identifier (grâce aux tests), de contrôler (grâce au traçage), et de dimensionner le foyer de contagion. Si nous sommes suffisamment précoces dans les premières étapes d’identification du foyer, il n’y a pas de raison de faire un confinement généralisé, mais seulement orienté vers les cas."

Toutefois, un confinement de plusieurs centaines de milliers de personnes n’est pas totalement exclu. "Si nous ne sommes pas suffisamment rapides pour que ce confinement soit ciblé sur les personnes positives et leurs contacts et que des cas surviennent alors que nous ne les avions pas identifiés comme contacts, alors cela signifie qu’il y a peut-être une circulation du virus dans la population", avertit le virologue. "Dans cette situation, il reviendrait aux pouvoirs publics de décider ce qu’il convient de faire pour contrôler le risque, mais un confinement ou une restriction des contacts dans une zone géographique ferait partie des hypothèses."

Aucun foyer de contamination semblable en France

Pour l’heure, pas de panique, il n’existe "nulle part en France" des foyers de contamination similaires à celui de l’Allemagne, en dépit des 89 clusters "en cours d’investigation" par Santé publique France. "À ce jour, sur notre territoire, il n’y a rien de similaire à ce qu’il s’est passé en Allemagne ou au Portugal", rassure Bruno Lina.

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Cependant, la France doit rester vigilante. "Nous ne sommes pas à l’abri, et les mesures barrières, d’hygiène et la distanciation physique" doivent perdurer, demande-t-il. "Cela fonctionne si nous les appliquons tout le temps."

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