Congeler ses ovocytes pour faire un bébé plus tard : "Il faut étendre cette technique au plus grand nombre de femmes"

Congeler ses ovocytes pour faire un bébé plus tard : "Il faut étendre cette technique au plus grand nombre de femmes"
Santé

GROSSESSES TARDIVES – Alors que l’Académie de médecine s’est prononcée en faveur de la congélation des ovocytes pour toutes les femmes, les spécialistes de l’infertilité, dont le Dr André Guérin, saluent la démocratisation d’une technique réservée jusque-là à des cas spécifiques.

Il ne s’agit pour l’instant que d’un avis, mais le gouvernement pourrait en faire une loi si le comité consultatif national d’éthique (CNE) rend une décision tout aussi favorable à la fin du mois de juin. L’Académie de médecine, chargée d’éclairer le gouvernement en matière de santé publique, s’est prononcée, ce lundi, en faveur de l’'autoconservation ovocytaire' pour toutes les femmes françaises. Jusqu’ici, la technique qui consiste à prélever et à conserver des ovules en les congelant était strictement encadrée. Une "avancée pour pallier l’infertilité liée à l’âge" considère le Dr André Guérin, un spécialiste qui travaille à l’Institut Valencien de l’Infertilité (IVI) de Barcelone. Il a répondu aux questions de LCI.

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LCI : Que pensez-vous de l’avis de l’Académie de médecine ?

Dr André Guérin : A l’Institut où je travaille, cela fait un moment que nous sommes convaincus par la nécessité d’étendre cette technique au plus grand nombre de femmes. Au début, Ana Cobo (la directrice du laboratoire de cryopréservation NDLR) a développé une technique de vitrification, qui consiste à congeler les ovocytes sans les abîmer, pour les femmes touchées par un cancer. Mais face à l’augmentation du nombre de demandes, il paraît nécessaire d’élargir la technique aux femmes touchées par l’infertilité et à celles qui souhaitent faire des enfants plus tard, comme c’est le cas aujourd’hui en Espagne. L’autoconservation des ovocytes est un progrès scientifique qui répond à un besoin sociétal.

LCI : De quelle hausse parle-t-on ?

Dr André Guérin : Depuis quelques années, on observe une augmentation du nombre de Françaises qui se rendent chez IVI en Espagne pour préserver leur fertilité. Elles étaient 12 en 2012, contre 86 en 2016. Et comme les femmes sont amenées à faire des enfants de plus en plus tard, l’âge de la première maternité devrait encore reculer et le nombre de demandes, encore progresser.

LCI : En Espagne, où cette technique est autorisée, les femmes ont-elles des enfants après 50 ans ?

Dr André Guérin : Les détracteurs de la technique avancent que les femmes deviendraient irresponsables. Elles congèleraient leurs ovocytes à 20 ans pour les utiliser à 50. Or, nous avons mené une étude (présentée devant un Congrès en mars 2017) qui montre que ce n’est pas vrai. L’âge moyen des 357 patientes est de 37,2 ans. Elles ne sont que 11% à décongeler leurs ovocytes et lorsqu’elles le font, elles ont en moyenne 39 ans. Cette technique est intéressante car la fertilité des femmes baisse significativement après 35 ans. De plus, il vaut mieux utiliser ses propres ovocytes que ceux d’une autre pour éviter les naissances à problèmes.

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Grossesses tardives : de plus en plus de femmes ont recours à la congélation d’ovocytes

Actuellement, la loi de bioéthique de 2011 prévoit qu’une Française qui n’a jamais eu d’enfant peut conserver ses ovocytes avec une condition : qu’ils soient prélevés dans le cadre d’un don à une femme infertile et qu’en cas de nombre insuffisant, priorité soit donnée au don. 

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