Contamination à bord du Charles de Gaulle : la question de l’annulation de l'escale à Brest "s’est posée très tôt"

Contamination à bord du Charles de Gaulle : la question de l’annulation de l'escale à Brest "s’est posée très tôt"

ENTRETIEN - Invité du Journal de 20h de TF1, le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des Armées, est revenu sur la situation à bord du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, où 1046 marins ont été contaminés par le Covid-19. Refusant d’évoquer des dysfonctionnements ou des erreurs de commandement, il estime que les choses ont été faites avec les connaissances sanitaires d’alors et souligne la rapide réaction qui s’en est suivie.

Le commandement du Charles de Gaulle a-t-il négligé la santé de ces marins ? Non, assure le général d’armée François Lecointre invité du Journal de 20h de TF1. Le chef d’Etat-major des Armées est revenu sur la situation qui a touché le porte-avions français, immobilisé en rade de Toulon après que 1046 marins ont été testés positifs au coronavirus. Une vingtaine sont toujours hospitalisé dont un major en réanimation.

Escale à Brest, visite des familles, mauvaise appréciation des malades ou dysfonctionnement au commandement… Le général Lecointre revient sur les points d’interrogation de la situation.

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Fallait-il annuler l’escale de Brest ?

François Lecointre : La question de l’annulation s’est posée très tôt, le 4 ou 5 mars. On a décidé de la maintenir car il y avait la nécessité d’une escale logistique indispensable pour que le porte-avions puisse poursuivre sa mission dans des conditions très exigeantes. En revanche, il a été décidé de la rendre la plus stricte possible en interdisant la visite des familles à bord, en autorisant des rencontres à distance et des sorties dans des zones où il n’y avait pas de risques de contamination selon le commandement.

Certains marins n’ont-il pas respecté les règles ?

Il n’y a pas d’enquête à ce stade qui nous permettent de dire si des gens ont transgressé ces règles. Je ne pense pas que ces règles, en l’état actuel des connaissances, suffisaient en réalité pour être certain d’être protégé d’une transmission du virus à partir du moment où des gens sortaient. On a une enquête de commandement qui permettra de préciser les faits, de bien comprendre ce qui s’est passé et d’en tirer des enseignements pour la suite afin de savoir quel type de mesure il faut que nous prenions sur des crises équivalentes ou sur nos autres bâtiments. Il n’est pas question de juger, sanctionner ou stigmatiser les gens.

Quand le commandement a-t-il eu connaissance des premiers cas ?

Au moment de l’appareillage le 16 mars, le commandant du bateau a décidé de mesures de confinement, d’application strictes des gestes barrières entre les individus, autant que cela est possible dans un pareil bâtiment. La très grande proximité entre marins, la très grande complexité de l’appareil, la nécessité de travailler entre services provoquent des contacts quotidiens très étroits. Durant cette période, nous avons une quinzaine de cas ORL qui sont suivis par les médecins du bord. Une situation normale, pour une population de plus de 1700 hommes et femmes, qui n’a alors rien d’inquiétant.

La santé de nos hommes, c’est le bien le plus précieux que nous avons"- Général François Lecointre

Pourquoi avoir attendu le 8 avril pour revenir à Toulon alors qu’un cas de Covid est identifié dès le 3 avril ?

Le commandant a décidé de lever le confinement quand il a estimé que la quatorzaine était dépassée et avait permis d’être certain qu’il n’y avait pas de contagion à bord, en l’état des connaissances que l’on a à l’époque. Les premiers cas apparaissent le 4 avril. Le 5, nous avons 18 cas communiqués au commandant. Le 6, nous en sommes à 36 cas et le commandant comprend que c’est symptomatique du Covid. Il comprend que ce ne sera pas possible de confiner la maladie et en informe le commandement. Le chef d’Etat-major de la marine prévient la ministre et l’Etat-major des Armées le 7. Une mission sanitaire avec des médecins épidémiologistes est envoyée par avion sur le Charles de Gaulle qui fait alors route vers Toulon. Ils confirment que ce sont des cas de Covid et le porte-avions arrive à quai le 13 avril.

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L’immobilisation du Charles de Gaulle est-elle préjudiciable à la France ?

C’est une capacité militaire essentielle et symbolique qui est aujourd’hui inemployable. Il faut restaurer au plus vite cette capacité car c’est une vulnérabilité. Il y a aujourd’hui plus d’une vingtaine de bâtiments maritimes engagées dans des missions de sauvetage ou de surveillance à travers le monde. Toutes ces missions continuent avec plus de 2000 marins à bords. Nous sommes également engagés dans des opérations où l’ennemi ne s’arrête pas pour cause de Covid. Nous devons prendre en compte cette difficulté et ce risque en préservant la santé de nos hommes car c’est le cœur de notre outil de travail, de notre capacité militaire. Sans nos femmes et nos hommes, nous sommes incapables de faire notre métier et de défendre les Français. La santé de nos hommes, c’est le bien le plus précieux que nous avons. Nous faisons tout pour que ces vulnérabilités soient les moins importantes possibles et que nous puissions poursuivre notre mission.

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