Contre le coronavirus, la fermeture des frontières serait-elle vraiment inefficace ?

La fermeture des frontières n'est pas envisagée en France.

À LA LOUPE – Des voix s'élèvent pour s'étonner que la fermeture des frontières ne soit pas envisagée pour lutter contre la propagation du coronavirus. Une telle mesure aurait-elle du sens ?

Invité sur le plateau de LCP, l'historien et professeur Fabrice d'Almeida a partagé son étonnement : pourquoi les autorités françaises n'envisagent-elles aucune fermeture des frontières dans le cadre de l'épidémie de coronavirus ? Il s'est même risqué à penser que le fait que Marine Le Pen ait soutenu cette idée pouvait contribuer à la discréditer.

"Je ne sais pas pourquoi les gens ont décidé de dire que ce n'était pas efficace", a-t-il lancé. "Ça diffère. Ça fait gagner quelques jours, quelques semaines. Or, précisément, on peut penser que ça peut permettre d'attendre le changement de température qui, en général en matière virale, joue un rôle." Pour justifier son propos, il n'a pas hésité à remonter le temps et à citer des exemples de confinement remontant jusqu'à 1340, à l'époque ou sévissait la peste noire.

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Des experts assez unanimes

Fermer les frontières, avec l'Italie notamment ? "Il n'y a pas lieu" de le faire, a déclaré fin février le ministre de la Santé Olivier Véran depuis Rome, ajoutant que "ce serait disproportionné et inefficace". Il rejoint en cela le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon : pour lui, "dans l’espace Schengen, il est compliqué d’imaginer qu’on mette en place des contrôles aux frontières sur une frontière terrestre alors qu’il y a une frontière maritime, des échanges aériens et qu’on peut se rendre d’Italie en France en passant par la Suisse ou par l’Autriche".

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"Sur le plan sanitaire, ça ne pourrait avoir un impact que si c'était une mesure parfaitement étanche, or c'est impossible et donc forcément inefficace", a pour sa part expliqué Anne-Claude Crémieux, médecin infectiologue à l'hôpital Saint-Louis de Paris, interrogée par Franceinfo. Tout juste voit-elle une exception : "Dans le cas théorique d'une île indemne de contagion, la décision de fermer les frontières au tout début de l'épidémie, avant toute introduction d'un virus, peut tout à fait se discuter."

Porte-parole de l'Organisation mondiale de la Santé, Margaret Harris a apporté un éclairage différent. Selon elle, l'argument du gain de temps n'a guère de sens : "Vous détournez beaucoup de ressources lorsque vous vous concentrez sur la fermeture des frontières, au lieu de vous concentrer sur la protection de vos travailleurs de la santé, la préparation de vos systèmes de santé et l'amélioration de la surveillance des maladies."

L'arrivée des beaux jours n'apporte que peu de garanties

Pour être la plus efficace possible, une fermeture des frontières supposerait d'être décrétée très tôt, avant que l'épidémie ne s'installe dans un pays. Or, il s'agit d'une mesure dont les implications sont lourdes, sur le plan commercial notamment. Dans une économie mondialisée, il est difficile d'envisager de se calfeutrer sur son territoire, d'autant que les personnes qui franchiraient illégalement les frontières constitueraient un risque majeur de contamination, puisque passées totalement sous le radar des dispositifs de contrôle.

Dans son argumentation, Fabrice d'Almeida évoque le fait de gagner du temps. Une manière de retarder l'échéance pour profiter de l'arrivée du printemps et d'un réchauffement des températures. Là encore, il s'agit d'un pari qui s'avérerait risqué.  Auprès de Doctissimo, le directeur du laboratoire d’innovation vaccinale de l’Institut Pasteur Frédéric Tangy a certes expliqué que "les virus respiratoires sont plus stables à basse température", mais il n'existe aucune garantie que la chaleur viendra naturellement stopper la diffusion de l'épidémie.

"Il est possible que le nouveau coronavirus soit moins sensible à la chaleur car il se transmet entre humains dans des pays actuellement chauds comme Singapour, l'Australie ou la Malaisie. Mais de toute façon, quand les deux hémisphères sont atteints, la saisonnalité ne veut rien dire !", a ajouté le spécialiste. 

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Coronavirus : la frontière franco-italienne reste ouverte mais les Français se montrent prudents

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