Contre le Covid, les traitements préventifs sont-ils négligés par rapport aux vaccins ?

Les anticorps monoclonaux font partie des traitements préventifs les plus prometteurs.

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM - Afin de lutter contre le Covid-19, pourquoi ne pas miser sur des traitements préventifs plutôt que sur les vaccins ? Pour répondre à cette question d'internaute, LCI a contacté un spécialiste, épidémiologiste au sein de l'Inserm.

Soucieuse de lutter au quotidien contre les fausses informations, l'équipe des Vérificateurs a noué un partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Objectif : interroger les chercheurs les plus aguerris et répondre aux questions que vous vous posez sur le coronavirus et la vaccination. 

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Aujourd'hui, nous nous penchons sur une question envoyée à notre adresse e-mail lesverificateurs@tf1.fr. "Pourquoi ne pas investir plutôt dans des traitements préventifs et/ou précoces au lieu d’un vaccin qui « n’empêchera ni d’attraper, ni de transmettre la maladie » ?", nous demande-t-on. 

La piste des anticorps monoclonaux

Pour évoquer le développement de traitements préventifs contre le virus, LCI a interrogé Eric D'Ortenzio, médecin épidémiologiste à l'Inserm et coordinateur scientifique du réseau REACTing. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il souhaite préciser qu'il est inexact d'indiquer que le vaccin "n'empêche pas la transmission". Une affirmation souvent entendue et relayée mais qui se révèle inexacte. "Les gens doivent comprendre que c'est une donnée dont nous ne disposons pas encore", glisse-t-il. Dès lors, il serait plus judicieux que noter que l'on "ne sait pas si ça empêche la transmission". 

Cette parenthèse refermée, il explique que nous "n'allons pas donner des médicaments à tout le monde" pour se prémunir du SARS-CoV-2. Mais "ce que l'on peut faire, c'est en fournir à des gens qui ont été en contact avec des malades et qui sont considérés comme présentant un risque de développer la maladie. On se trouve dans ce que nous appelons la prévention (ou prophylaxie) post-exposition. Dans ce domaine, il y a des essais en cours aujourd'hui, et des molécules en phase d'évaluation par le biais d'essais cliniques." Sans résultats disponibles puisque pour l'heure, "rien n'a encore été publié".

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Parmi ces traitements préventifs à l'étude, Eric D'Ortenzio met en avant les anticorps monoclonaux, dont "on pense qu'ils devraient être donnés à un stade très précoce pour cibler des protéines du virus et empêcher sa mutation. Que ce soit en post-exposition, à un moment ou le virus est très peu présent, soit au début de la maladie lors de la phase virale (avant la phase inflammatoire). On pourrait avoir une action sur les personnes non encore malades, qui empêcherait la multiplication du virus", espère le spécialiste. 

Les anticorps monoclonaux sont déjà bien connus : l'Institut Curie relate qu'ils sont déjà au cœur de certains traitements contre le cancer, et qu'ils font l'objet de recherches approfondies depuis environ deux décennies. Il s'agit de fabriquer des molécules produites normalement par le système immunitaire, de sorte que notre corps soit ainsi dire "mieux armé" pour affronter un agent infectieux. Les anticorps monoclonaux, s'ils deviennent une solution thérapeutique avec le temps, constituent une piste prioritaire. Qu'ils soient mis au point pour d'autres pathologies et "repositionnés" pour lutter contre le Covid-19 ou qu'ils s'avèrent créés spécialement dans le cadre de l'épidémie actuelle. 

Récemment, des essais fructueux ont été menés en République démocratique du Congo pour lutter contre Ebola, mais l'épidémiologiste de l'Inserm souligne certaines difficultés : "Un traitement souvent coûteux" notamment, "et une administration par voie intramusculaire ou surtout intraveineuse. En préventif, c'est un peu plus difficile sur le plan de l'acceptabilité et de la faisabilité, d'autant que l'on cible des personnes qui ne sont pas malades."

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Traitements monoclonaux : "Ca peut être une solution thérapeutique intéressante"

Le vaccin dans toutes les têtes

En France, la place prépondérante donnée en vaccin dans la lutte contre le virus ne surprend pas vraiment Eric D'Ortenzio. "Pour les gens qui luttent contre le Covid et les maladies infectieuses en général, c'est l'arme absolue", résume-t-il. "On peut comprendre la course-poursuite à laquelle on assiste actuellement, et il est logique de penser que le vaccin nous sortira de la pandémie." Il reconnaît néanmoins que "quand on parle de prévention, du moins en France, on a peut-être moins cette culture dans notre approche de la santé publique. Et donc, de fait, peut-être aussi un peu de retard, notamment par rapport aux Anglo-Saxons." Il explique aussi que "lorsque l'on se trouve face à des malades, on souhaite les soigner avant tout, ce qui est assez naturel".

Des traitements préventifs ne sont donc pas toujours perçus comme prioritaires, ce qui n'empêche pas la recherche d'avancer dans ce domaine. Actuellement, il faut toutefois noter que "pour tout ce qui est zinc, vitamine D voire vitamine C, nous ne disposons pas d'études qui ont montré d'efficacité", assure l'épidémiologiste. Parfois, des essais sont mêmes arrêtés, faute de résultats. Ce fut le cas d'une en particulier, censée évaluer la pertinence d'une association zinc et vitamine C et stoppée en cours de route par des chercheurs ayant jugé inutile de multiplier les frais sans espoir de résultats.

Le 22 février, les équipes de REACTing (un consortium multidisciplinaire mis en place notamment par l'Inserm) ont mis à jour une large base de données relative aux connaissances scientifiques en matière de traitements thérapeutiques contre le Covid-19. Une vaste revue de la littérature existante sur l'hydroxychloroquine, l'ivermectine, le remdesivir ou encore le tocilizumab. Une brève conclusion indique que "la dexaméthasone est le premier médicament à avoir démontré son efficacité à sauver des vies chez les patients infectés par le Covid-19". Aucun effet thérapeutique bénéfique n'a été rapporté pour les autres molécules étudiées, ajoute par ailleurs le document. "Cela vaut aussi pour l'artemisia", complète Eric D'Ortenzio, et ce malgré la campagne de communication orchestrée par les autorités malgaches.

En résumé, la recherche est donc en cours en ce qui concerne les traitements préventifs contre le virus. Si la quasi-totalité des traitements vantés ces derniers mois s'avère inefficace lors d'essais cliniques randomisés, il serait faux d'assurer que les scientifiques ne s'intéressent qu'au développement de vaccins. Notons que les anticorps monoclonaux constituent aujourd'hui la piste la plus sérieuse en matière de traitements préventifs. Déjà utilisés pour lutter contre d'autres agents infectieux, ils font l'objet d'essais cliniques et pourraient à l'avenir être utilisés massivement. Restera toutefois à surmonter certains de leurs points faibles, que ce soit leur coût important ou les contraintes relatives à leur administration.

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