Coronavirus : à l'hôpital Georges-Pompidou, "on ne savait même pas qu'une victime de l'infection était passée par là"

Le professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges Pompidou revient sur la prise en charge de l'octogénaire Chinois, infecté par le coronavirus.

REPORTAGE - Un Chinois de 80 ans, infecté par le coronavirus, est aujourd'hui dans un état "grave". Pris en charge aux urgences à l'hôpital Georges-Pompidou le 25 janvier, il n'avait alors pas été repéré. Alors que l'hôpital cherche à établir la liste des personnes qui auraient pu être en contact avec lui, nous sommes allés à la rencontre des patients et des personnels.

Les autorités sanitaires s'emploient à vérifier si ce patient infecté par le coronavirus a pu contaminer d'autres personnes lors de son passage aux urgences. Cinq jours après l'admission de cet octogénaire à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, nombreux sur place sont ceux qui ignorent encore tout de cet événement survenu samedi dernier. 

Le 25 janvier en effet, deux jours après son arrivée en France, un Chinois âgé de 80 ans s’est présenté dans le service car il ne se sentait pas bien. "Il avait de la fièvre, mais pas de toux ni de signes respiratoires, il ne venait pas de Wuhan mais d'une ville à 400 km au nord : il était loin des critères", a indiqué mercredi le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat à Paris, où le patient est désormais pris en charge dans un état grave. Car le 28 janvier, les médecins ont établi qu’il n’avait pas qu’une simple toux mais qu’il était infecté par le nouveau coronavirus. Tout comme sa fille, dont l’infection a été détectée le mercredi 29 janvier… 

L’information de ce passage est relayée depuis mardi par les médias. Pourtant, à l’hôpital Georges-Pompidou, personne ne l’ébruite. "Vous êtes bien certaine que ce Chinois est venu ici ?" glisse une personne chargée de l’accueil des visiteurs. Une autre s’indigne : "J’ai vu ça à la télé, mais nous, on ne savait même pas qu'une victime de l'infection était passée par là. C’est fou quand même, pourquoi on ne nous dit rien ?! Si ça se trouve, certains d’entre nous étaient là quand ce monsieur est arrivé, on a peut-être été en contact, pris des risques". 

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" Ne pas créer la psychose"

Un des personnels de l’établissement, qui était au courant de ce passage, indique qu’il ne faut surtout pas  "créer la psychose" aujourd’hui. "Ce patient a quitté l’établissement" et "tout le nécessaire a été fait". 

Philippe Juvin, le médecin qui a pris en charge le patient chinois aux urgences de l'hôpital après qu'il a été accompagné par sa fille et son guide, va dans ce sens. Il assure aujourd’hui être " certain" que cet homme n’a contaminé personne dans l’hôpital. "Chaque soignant, chaque médecin, chaque étudiant en médecine, chaque infirmière (présent ce jour-là) a été interrogé, indique-t-il à LCI ce jeudi. On a regardé précisément ce qu’ils ont fait. Nous avons aussi visionné les images de vidéosurveillance. Le patient ne va pas en salle d'attente. Il franchit les urgences. Il va directement à la borne d'accueil où il s'inscrit. Là, on lui donne un masque et il file directement dans le lieu d'examen. Il ne va pas s'asseoir avec les autres patients".

Le médecin insiste sur le fait que "l'infection n'a pas été détectée tout de suite". Il ajoute : "Mais ce monsieur étant Chinois, étant fébrile, étant âgé, nous avons préféré le garder. Nous l'avons mis à l'isolement, nous avons demandé à ce qu'il soit considéré comme à risque". "Le dimanche matin, ce monsieur va moins bien, il a du mal à respirer et il est transféré en réanimation. 24 heures ou 48 heures plus tard, le diagnostic de coronavirus sera porté", rappelle Philippe Juvin. 

Avec ou sans masque ?

Après cet événement, certains patients et visiteurs à l'hôpital Georges-Pompidou s’étonnent ce jeudi 30 janvier de la variabilité du port du masque dans un établissement qui a reçu deux patients -l'octogénaire et sa fille-  infectés au coronavirus ."J’ai lu dans la presse qu’un monsieur chinois malade était venu ici le week-end dernier. Je pensais en arrivant pour ma consultation que tout le monde aurait des masques, qu’il y aurait des messages partout sur les murs informant les gens du coronavirus. Mais en fait, il n’y a aucune affiche, aucun message. Et seuls quelques personnels portent des masques, sans que l'on sache pourquoi certaines personnes en ont et d'autres pas, s’étonne Mireille, 77 ans. 

Concernant les masques que portent certains personnels hospitaliers, une infirmière indique que c’est pour ne pas "contaminer les autres" avec des infections légères. "Moi je tousse, c’est tout, je mets le masque pour pas donner mes cochonneries à mes collègues et aux patients, mais je vous assure, je n’ai pas le coronavirus", insiste –t-elle. La recommandation est en effet affichée dans certains endroits de l’établissement. Elle ne s’adresse d’ailleurs pas qu'aux professionnels de santé mais aussi aux patients, et aux visiteurs également. 

Aux urgences, message en français et en chinois

Les premières évocations écrites et publiques du coronavirus ne sont présentes à l’hôpital Georges-Pompidou que du côté des urgences, service par lequel est l’octogénaire infecté. Dans la salle d’attente, très peu sont ceux et celles qui y prêtent attention. 

"Je suis venu car j’ai une douleur à la jambe. Je ne savais rien du passage de ce Chinois malade, et ces affiches qui sont devant moi, je ne les ai même pas vues", déclare un patient à LCI. Sa voisine les découvre elle aussi en entendant ces mots. "En fait, ils devraient les mettre dans tout l’hôpital, pour que les gens aient les bons réflexes. Certaines personnes sont paranos dans le métro parce qu’il y a du monde, d’autres se mettent à fuir dès qu’il y a un Chinois trop près. Les consignes ne sont pas claires et messages de prévention trop peu nombreux. Il faudrait changer tout ça". 

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