Coronavirus : ce qu'on sait et ce qu'on ignore encore sur l'épidémie

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Coronavirus : l'épidémie meurtrière qui inquiète la planète

L'épidémie de coronavirus s'étend, le nombre de personnes contaminées en Chine augmente jour après jour et les pays du monde entier tentent de prendre des mesures pour l'endiguer. On fait le point.

Taux de mortalité, niveau de transmission, moment où un malade devient contagieux, période d'incubation : de nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer l'impact mondial de l'épidémie partie de Chine et provoquée par un nouveau coronavirus, dont les premiers effets ont été rapportés en décembre 2019.

Quel taux de mortalité?

Pour l'heure, 213 patients sont morts sur un total de 10.000 cas en Chine. Aucun n'est mort hors de Chine, alors qu'une centaine de malades ont été répertoriés dans une vingtaine de pays. A ce stade, on ne peut connaître avec précision le taux de mortalité lié à ce nouveau coronavirus baptisé 2019-nCoV, puisqu'on ne sait pas combien de personnes sont réellement infectées.

Une étude parue vendredi dans la revue médicale The Lancet chiffre à 76.000 (soit plus de dix fois l'estimation officielle) le nombre de personnes infectées rien qu'à Wuhan, berceau de l'épidémie, en se basant sur des projections statistiques. "2% des cas confirmés sont morts, ce qui reste élevé quand on compare à la grippe saisonnière", a déclaré mercredi Michael Ryan, directeur des programmes d'urgence de l'OMS.

Toutefois, ce taux n'est qu'indicatif et baisse chaque jour, puisque proportionnellement, le nombre de nouveaux cas augmente plus vite que celui des décès.

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Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus, vaste famille à laquelle appartient le nouveau virus: le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).  Selon l'OMS, l'épidémie de Sras avait fait 774 morts dans le monde sur 8.096 cas en 2002/2003 avant d'être jugulée, soit un taux de mortalité de 9,5%. Toujours en cours, l'épidémie de Mers a fait 858 morts sur 2.494 cas depuis septembre 2012, soit un taux de mortalité de 34,5%. A titre de comparaison, l'OMS estime que la grippe saisonnière fait entre 290.000 et 650.000 morts par an dans le monde.

Outre la dangerosité du virus, c'est aussi sa capacité à se transmettre qui déterminera la gravité de l'épidémie. "Un virus relativement peu agressif peut quand même faire de gros dégâts si beaucoup de gens le contractent", a rappelé M. Ryan.

Quel niveau de contagion?

L'un des paramètres importants est le nombre de gens contaminés par une personne infectée, appelé "taux de reproduction de base" (ou R0). Ces derniers jours, plusieurs estimations ont été réalisées par différentes équipes de recherche, allant de 1,4 à 5,5. La dernière en date vient de chercheurs chinois, auteurs d'une étude parue dans la revue médicale américaine NEJM. Ils estiment que chaque malade a infecté en moyenne 2,2 personnes.

C'est plus élevé que la grippe hivernale (de l'ordre de 1,3), nettement inférieur à la rougeole, très contagieuse (plus de 12), et comparable au Sras (3).

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A quel stade un patient est-il contagieux?

Cette question cruciale est encore sans réponse. Les autorités chinoises ont avancé que la contagion était possible avant même que des symptômes n'apparaissent (ce qui est le cas pour la grippe mais ne l'était pas pour le Sras). Toutefois, cette hypothèse n'est pas confirmée avec certitude. "Il est urgent de mener des recherches sur cette question", insiste le Pr Mark Woolhouse de l'université d'Edimbourg (Ecosse).

Car si un patient était réellement contagieux avant de développer des symptômes, cela compliquerait le repérage des cas et pourrait donc rendre la propagation du virus plus difficile à contenir.

D'un autre côté, même si une telle hypothèse se confirmait, il faudrait "voir ce que ça pèse dans la dynamique de l'épidémie", souligne le Pr Arnaud Fontanet, de l'Institut Pasteur à Paris. En effet, la toux d'un patient infecté est un vecteur important de transmission du virus, or, un patient sans symptôme ne tousse pas.

Quelle période d'incubation?

C'est la durée entre l'infection par le virus et l'apparition des premiers symptômes. L'OMS l'estimait lundi à deux à dix jours en moyenne. Selon l'étude chinoise parue dans le NEJM, elle est de l'ordre de 5,2 jours en moyenne et varie fortement en fonction des patients. De précédents travaux réalisés aux Pays-Bas évoquaient une moyenne de 5,8 jours. Le fait que l'estimation soit préliminaire et "imprécise" justifie "une période d'observation ou de quarantaine de 14 jours pour les personnes exposées", écrivent les chercheurs chinois dans le NEJM.

Quel niveau de transmission entre humains?

L'essentiel des cas de contagion directe entre humains a été observé en Chine. Mais d'autres ont été rapportés au Vietnam, en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis et en France. C'est notamment ce point qui a incité l'OMS à qualifier jeudi l'épidémie d'"urgence internationale". "Les pays développés ont des systèmes de santé solides qui devraient être capables de limiter la propagation du virus, mais ce n'est pas le cas des pays pauvres", selon la Dr Nathalie McDermott, du King's College de Londres.

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Quels symptômes?

Le tableau clinique de la maladie respiratoire provoquée par le nouveau coronavirus se précise après l'analyse des 99 premiers cas repérés en Chine, publiée dans la revue médicale The Lancet. Tous ces patients avaient une pneumonie (pour les trois-quarts, les deux poumons étaient touchés), la plupart avait de la fièvre et toussait, et un tiers souffrait d'essoufflement.

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L'âge moyen de ces 99 patients est de 55 ans, les deux-tiers sont des hommes et la moitié souffrait de maladies chroniques (problèmes cardiovasculaires, diabète...). A la date du 25 janvier, 11 de ces patients sont morts, 57 sont toujours hospitalisés et 31 sont sortis de l'hôpital. Il n'existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes, dont la fièvre. De possibles traitements sont toutefois à l'étude. Les chercheurs de l'Institut Pasteur à Paris, par exemple, sont parvenus à isoler et à mettre en culture des souches du nouveau coronavirus, une première en Europe qui représente "une avancée majeure" dans la recherche d'un vaccin et d'un traitement.

Une autre étude chinoise publiée dans The Lancet et basée sur neuf patients montre que le virus a peu muté depuis son apparition chez l'homme. "A mesure qu'il se transmet à un nombre croissant d'individus, il est nécessaire de surveiller l'apparition d'éventuelles mutations", commente toutefois l'un des auteurs, le Pr Weifeng Shi.

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