Covid-19 : une deuxième vague "pire que la première" ?

Covid-19 : une deuxième vague "pire que la première" ?

RISQUE - Le patron de l'AP-HP estime que la période qui attend le pays pourrait être plus redoutable encore que celle du printemps dernier. Et de fait, plusieurs éléments confortent cette éventualité.

"La situation est l'inverse." Soulignant qu'"il y a eu la perception depuis quelques mois que soit la deuxième vague n'existait pas, soit que c'était une vaguelette", le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a estimé ce vendredi "possible" que la période qui s'annonce en France soit finalement "pire" que celle traversée au printemps dernier. Et le patron du plus grand centre hospitalier et universitaire en Europe d'insister sur le fait que l'épidémie est "redoutable pour chacun d'entre nous"

Serait-ce donc là une des premières caractéristiques de la phase qui s’amorce et qui, cumulée à d'autres facteurs, pourrait conforter l'hypothèse d'un retour plus dur encore de l'épidémie ? 

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Covid-19 : la France touchée par une deuxième vague d'ampleur

Les jeunes plus touchés

Interrogé sur le profil des personnes contaminées par le Covid-19 et admises en réanimation dans ses hôpitaux, Martin Hirsch a indiqué que leur âge médian était de 62 ans. Pour rappel, lors de la première vague, celui-ci se situait autour de 71 ans. 

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Plus largement, le taux d'incidence, c’est-à-dire le nombre de personnes testées positives au Covid-19, rapporté à la population pour 100.000 habitants s'est accélérée chez les jeunes âgés de 20 à 29 ans depuis la sortie de l'été. Début octobre, l’épidémie avait notamment gagné du terrain chez cette population dans l’Aude, avait mis en garde la préfecture. Le taux d’incidence pour cette catégorie de 139,4 pour 100.000 habitants, était alors deux fois plus élevé que la moyenne départementale (60 pour 100.000 habitants) et même supérieur à la moyenne régionale de 118 pour 100.000 habitants. 

Même tendance relevée en Ile-de-France mi-octobre. "Chez les 20-30 ans, nous avons 800 cas pour 100 000 personnes, alors que le seuil d'alerte est à 50. Ces chiffres augmentent fortement, aussi chez les plus âgés", soulignait Aurélien Rousseau, directeur de l'ARS Île-de-France, pointant un autre problème : celui d'"un passage" du virus "entre les générations".

Une diffusion "des plus jeunes vers les plus âgés"

"On a comme malades un certain nombre de jeunes qui ont des facteurs de risque, le père contaminé par son enfant, le père de ce père qui a reçu peu de visites, s'est isolé, faisait attention mais quand même son fils d'une cinquantaine d'années est venu le voir", a expliqué Martin Hirsch ce vendredi sur RTL, illustrant bien ce "passage entre les générations". Une caractéristique sur laquelle Santé Publique France a elle-même attiré l'attention pas plus tard que la semaine dernière, mettant en avant que l'épidémie continue à se diffuser "des plus jeunes vers les plus âgés". Unee évolution jugée "très préoccupante" par l'agence. 

Les personnes âgées de 15 à 44 ans sont toujours les plus touchées, avec 278 nouveaux cas de contamination pour 100.000 habitants, contre 180 pour 100.000 en moyenne toutes tranches d’âge confondues, selon son bulletin épidémiologique portant sur les données de la semaine précédente. "C’est vraiment dans ces tranches d’âge là que depuis six semaines on a les augmentations les plus importantes", insistait quant à elle l'épidémiologiste Sophie Vaux. 

Des personnels soignants à bout de souffle

Ce que certains qualifient de deuxième vague intervient alors que "les équipes sont fatiguées" expliquait ce jeudi le Professeur Xavier Lescure, de l'hôpital Bichat, à Paris, au micro de France Culture. "Aujourd'hui, nos soignants sont très fatigués, à juste titre parce qu'ils ont été au front pour la première vague, ils ont ensuite dû reprogrammer tous les autres soins durant tout l'été et il y a cette deuxième vague", rappelait Emmanuel Macron lui-même lors de son intervention du 14 octobre. À son tour, le Premier ministre a également légitimé cet épuisement en s’adressant à une profession à bout de souffle, insistant sur le fait qu'"on comprend leur lassitude"

"La première fois, c’était des heures éprouvantes, on a sursollicité les soignants, on leur a demandé de revenir sur les heures de repos pour aider. On se dit que revivre ça, psychologiquement, c'est compliqué", concède à l'AFP Florence Cionneau, cadre de santé au CHU de Strasbourg, qui redoute "la vague qui arrive"

Une activité saisonnière déjà dense

À cette fatigue s'ajoute un autre paramètre non négligeable : par rapport au printemps, l'activité saisonnière est nettement plus importante dans les établissements hospitaliers. "Nous sommes en période automnale, et sans compter la pandémie, nos services de réanimation sont déjà quasiment pleins", confirme de son côté le professeur Ferhat Meziani, chef de service de médecine intensive et réanimation au CHU de la ville de Strasbourg.

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Une impossibilité de transférer des patients

"Quand nous avons décidé le confinement, le virus était dans la région Grand Est et Ile-de-France et comme on a tout fermé, il s'est très peu répandu et nous avons pu, vous vous en souvenez, répartir des centaines de patients", rappelait également Emmanuel Macron la semaine dernière. "Donc, on a libéré des places. Aujourd'hui, le virus est partout en France, donc il n'y a pas de réserves cachées de lits."

Un élément également évoqué par Martin Hirsch ce vendredi. "Aujourd'hui, en tout cas pour ce qui concerne la région Île-de-France, on n'imagine pas être conduit à transférer dans les mêmes conditions qu'on l'a fait au printemps", a-t-il insisté. "Toutes les régions sont affectées, donc l'entraide entre les hôpitaux va être très difficile", abonde Ferhat Meziani. 

Autre différence entre le printemps dernier et cet automne qui peut impacter directement le fonctionnement des services hospitaliers concernés : la possibilité, nécessairement bien plus limitée à ce jour, de déprogrammation. Pour rappel, lors de la première vague, "nous avons massivement déprogrammé, c'est-à-dire qu'on a arrêté de faire tout ce qui n'était pas indispensable pendant des semaines et des semaines", a indiqué Emmanuel Macron.

Trois fois plus de contaminants que de dépistés ?

Enfin, parmi les paramètres pouvant abonder en faveur d'une seconde vague "pire" que la première, figure le décalage important entre le nombre de contaminants et le nombre de dépistés. Évoquant une moyenne de 30.000 cas par jour, Martin Hirsch a fait valoir que "la réalité est bien supérieure, ça c'est ceux qu'on dépiste". "Il y a beaucoup de personnes positives, contaminantes, qui sont dans la rue sans le savoir et sans que personne ne le sache, probablement trois fois plus" que ces 30.000 cas, a-t-il estimé. 

Or, cette fois, même si les mesures restrictives en place et les gestes barrières tendent à limiter au maximum les interactions entre ces contaminants qui s'ignorent et des personnes saines, le gouvernement est déterminé à tout faire pour éviter un reconfinement, rendant inexorable la circulation du virus. 

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