Covid-19 : sans dépistage massif, comment sait-on que 5% des Français ont été infectés ?

Les chiffres avancés sont des projections issues des données récoltées.
Santé

À LA LOUPE – Alors qu'une grande majorité de la population française n'a pas été testée, les chercheurs sont contraints de fonctionner avec des extrapolations pour déterminer le pourcentage de personnes touchées par le Covid-19. Des calculs qui ne sont pas réalisés au doigt mouillé.

Grâce à l'adresse alaloupe@tf1.fr, il est possible de nous contacter afin de vérifier une information ou d'interroger notre rédaction. C'est ce qu'a fait Marina, une internaute de LCI.fr étonnée de voir des chiffres avancés au sujet du nombre de personnes touchées en France par le virus. "Je lis énormément d'articles", indique-t-elle, et "ne comprends juste pas pourquoi en France on nous parle de seulement 5% d'habitants qui l'auraient eu !" Comment peut-on avancer ce chiffre, demande-t-elle, "vu que beaucoup de personnes n'ont pas été testées" ?

Pour le savoir, LCI est remonté jusqu'à l'origine de cette estimation et a contacté l'un des auteurs de la publication qui l'a évoquée. De quoi y voir plus clair quant à la méthodologie utilisée.

Des données compilées

Le chiffre de 5% de la population touchée par le virus a été mis en avant à la mi-avril. Le 21, des travaux réalisés par des chercheurs de l’Institut Pasteur, de Santé publique France et de l’Inserm ont en effet proposé une "photographie de l'épidémie", permettant d'aider à la préparation du déconfinement. Les experts avaient alors estimé qu'au 11 mai, 5,7% des Français auraient attrapé le virus, sans pour autant avoir nécessairement développé des symptômes. 

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Comment ont-ils procédé ? LCI a joint le Professeur des universités et praticien hospitalier Pierre-Yves Boëlle, l'un ces co-auteurs de cette étude. Il confirme que ces données sont des projections, réalisées à partir des données accessibles. "Pour calculer le nombre d'infectés, on calcule d'abord la mortalité en cas d'infection", précise-t-il. Il s'agit d'obtenir un ratio qui pourra ensuite être inversé pour déterminer quelle part de la population a été confrontée au virus. "Si la mortalité en cas d'infection est 0,7/100, alors pour chaque décès il doit y avoir eu 143 infectés, ce qui permet de calculer le nombre d'infections", résume le spécialiste.

En pratique, "le calcul de la mortalité en cas d'infection repose sur la combinaison de plusieurs sources de données", poursuit Pierre-Yves Boëlle :   

   -  le nombre de décès observé en France (hors EPHAD) par âge ; 

    - le nombre de contacts par âge ;

    - les décès observés sur le paquebot Diamond Princess ou l'on sait qui était infecté grâce aux tests.

À partir de ces différentes sources, "des calculs, un peu compliqués, permettent de lier ces données pour parvenir à la mortalité en cas d'infection". Plus le nombre de personnes testées est faible, plus la marge d'erreur est élevée dans les résultats. Le praticien note qu'avec le recul, les estimations ont été revues à la baisse. "Au 11 mai, on estimait à 2,8 millions le nombre de personnes déjà été infectées soit 4,4% de la population". La précision est variable puisque les auteurs de l'étude estiment que le nombre total de contaminations oscille entre 1,8 et 4,7 millions, soit entre 2,8% et 7,2% des Français.

Ces précisions apportées, on observe malgré tout que nous sommes aujourd'hui loin des 65-70% d'une population touchée, seuil à partir duquel une immunité collective serait atteinte à l'échelle du pays. 

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