Coronavirus : l'épidémie et le confinement vont susciter "un grand besoin de soutien psychologique"

Coronavirus : l'épidémie et le confinement vont susciter "un grand besoin de soutien psychologique"
Santé

CRISE - La pandémie de coronavirus a des répercussions sanitaires, politiques et économiques, mais aura aussi à terme des conséquences d'ordre psychologique pour les soignants épuisés, les malades isolés et la population confinée.

Angoisses et anxiété, troubles du sommeil et de l'appétit, voire stress post-traumatique. L’épidémie de coronavirus - et les mesures de confinement qui en découlent - auront aussi des conséquences d’ordre psychologique sur la population. "Il y aura rapidement des besoins particuliers à gérer", explique Astrid Chevance, psychiatre et doctorante en épidémiologie à Paris. La première urgence selon elle, est de venir en aide aux soignants au bord du burn-out, dont la plupart ne quitte plus les hôpitaux.

Soignants, malades et familles en première ligne

"J’ai de nombreux collègues en réanimation ou en palliatif qui me demandent du soutien pour leur équipe. Ils travaillent sous pression comme jamais auparavant, cela va s’intensifier et durer", assure Astrid Chevance. Certains hôpitaux ont d’ores et déjà mis en place une cellule psychologique au sein de leur établissement. Mais d’autres n’ont pas le personnel compétent, et auraient besoin d’initiatives venues de l’extérieur, pour préserver la santé mentale de celles et ceux qui préservent notre santé physique.

Car les personnes directement touchées par le virus auront aussi besoin du soutien des professionnels de la santé mentale. "Il est tout à fait normal que les visites ne soient pas autorisées, mais les malades éveillés et isolés durant de longues périodes pourraient développer des problèmes psychologiques que l’on n’a pas l’habitude de gérer à si grande échelle", avance Astrid Chevance. "Il faut aussi penser aux familles des malades, qui ne peuvent pas décharger l’angoisse concernant l’état de santé de leurs proches en allant leur rendre visite."

Personnes à risques et population générale, tous concernés

Le bouleversement de la vie quotidienne du pays rendra également la période difficile pour les personnes atteintes de troubles psychiques. Les mesures de confinement, impliquant cabinets fermés et hôpitaux en surchauffe, parfois obligés de repousser les consultations, compliquent le suivi de leurs soins réguliers. "Si cela dure, il faudra aménager des téléconsultations pour ces patients avec des besoins spécifiques, dont les troubles risquent de s’accentuer durant cet épisode de crise nationale", commente Astrid Chevance. Une action coordonnée entre les services de santé et le mécénat de compétence ou de logistique, notamment en terme de plateforme de téléconsultation, pourrait permettre d'accélérer le processus. "Les professionnels de santé ne peuvent bien sûr pas donner leur numéro personnel, cela deviendrait intenable."

Enfin, le reste de la population n’est pas à l’abri non plus de développer des montées de stress ou de manifester des troubles émotionnels. Enfermées à leur domicile, parfois en chômage partiel, parfois avec du télétravail et des enfants en bas âge, de nombreuses personnes voient leur rythme chamboulé. "Traverser une épidémie et un confinement peut marquer très durablement", prévient Astrid Chevance.

Les recommandations de l'OMS bientôt accessibles aux Français

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"Cet aspect de l'épidémie n’est pas la priorité, au vu de la gravité de la situation, mais on peut commencer à y réfléchir", avance la psychiatre, insistant sur le besoin de solidarité, humaine et scientifique. "Beaucoup de confrères et consoeurs m’ont confié pouvoir donner un peu de temps bénévole pour assurer une écoute et la dispensation de conseils pour préserver sa santé mentale", ajoute Astrid Chevance. 

Un comité de médecins, dont elle fait partie, est notamment en train de traduire le long document de recommandations de l’OMS pour gérer la santé psychique des populations durant la crise du coronavirus. Ils traduiront également les conseils et méthodes émises par l'American psychiatric association - "la plus connue des associations de santé mentale", décrit-elle - pour mieux vivre le confinement. Les conclusions de ce travail de recherche seront accessibles gratuitement, dès vendredi, sur le site L’Encéphale Online.

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