Coopération internationale, nouveaux traitements... L'après Covid, une nouvelle ère pour la recherche ?

L'épidémie a permis de mettre en avant les enjeux liés à une coopération internationale dans le secteur de la recherche.

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM - Si l'épidémie a bouleversé nos sociétés et fait de nombreuses victimes, elle pourrait toutefois aider la science à réaliser d'importants progrès. LCI a interrogé quatre chercheurs, témoins d'un avant-après lié au Covid.

Un lourd bilan humain, une explosion des déficits publics, des divisions majeures au sein de la société... Pas besoin de réfléchir longtemps pour lister les conséquences négatives de l'épidémie de Covid-19. Pour autant du côté des scientifiques, le tableau n'est pas si sombre. En parallèle de l'émergence de l'ARNm, technologie qui a permis de produire à grande vitesse des vaccins efficaces, le monde de la recherche pourrait en effet à court comme à long terme tirer profit des enseignements réalisés au cours des dix-huit derniers mois.

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Afin d'en savoir plus sur ces avancées, l'équipe des Vérificateurs s'est rapprochée de l'Inserm. La suite d'une collaboration entamée il y a déjà plusieurs mois afin de répondre aux questions des internautes sur l'épidémie et de prendre de la hauteur sur l'état des connaissances relatives au Covid. Chez les expertes et experts sollicités, on s'accorde sur un point : de nouveaux horizons s'ouvrent pour les chercheurs, qui auront à n'en pas douter à l'avenir un impact dans nos vies futures.

Un espoir dans le traitement des cancers

Fine connaisseuse de l'ARN messager, Palma Rocchi est directrice de recherche au Centre de recherche en cancérologie de Marseille. Là-bas, elle dirige un groupe dont les travaux portent sur les nanomédicaments à base d'acides nucléiques dans la lutte contre le cancer de la prostate. Durant les derniers mois, elle a constaté que "la recherche s’est intensifiée de façon inédite", dans le but "de développer des traitements fondés sur la mise au point de nouvelles molécules qui en règle générale sont très longues à développer". Une accélération notable qui a vu l'émergence de l'ARNm : une technologie qui "s'est imposée durant la pandémie de Covid-19 à la faveur des succès obtenus en moins d’un an par les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna", note la chercheuse. 

"Après des années de recherches, elle a obtenu sa première validation commerciale et prouvé qu'elle pouvait être mature dans le domaine médical", se réjouit-elle. Une avancée d'autant plus significative que "les champs d'application sont multiples et que dans leur sillage, d’autres traitements de nouvelle génération pourraient rapidement voir le jour : maladies génétiques, infections virales, voire médecine régénératrice"

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En ce qui concerne la lutte contre le cancer, au cœur de ses travaux, "la technologie à ARNm ouvre la porte à une vraie médecine personnalisée que nous n’avons pas à l’heure actuelle. Là où il faut dix ans pour développer un médicament ciblant spécifiquement la mutation génétique à l’origine d’une tumeur, cette technique pourra permettre de fabriquer un traitement individualisé en quelques mois, donc de soigner et prévenir le risque de rechute avec plus de rapidité et d’efficacité." Palma Rocchi insiste sur le fait que l'on "sait aujourd’hui qu’il existe autant de cancers que d’individus, chaque tumeur présentant des anomalies moléculaires uniques". Dès lors, "au fil des années, il est apparu nécessaire de traiter chaque tumeur de façon ciblée pour avoir les meilleures chances de l’éradiquer".

Si la directrice de recherches souligne les nombreux travaux menés avant l'émergence du virus, elle estime que ce dernier, a n'en pas douter, jouera un rôle majeur : "Cela fait déjà une vingtaine d’années que les gens travaillent sur la vaccination avec l’ARN messager dans le cancer, mais la technologie a été mise en lumière avec le Covid." Pour la spécialiste, cela "va très certainement inciter les pouvoirs publics et acteurs majeurs de l'industrie pharmaceutique à investir dans cette technologie". On peut ainsi "s’attendre à ce que l’épidémie ait un effet positif et accélérateur".

Mieux comprendre (et combler) nos lacunes

Infectiologue, Yazdan Yazdanpanah occupe entre autres le poste directeur de l’institut thématique Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie de l’Inserm. Membre du Conseil scientifique Covid-19, il se trouve en première ligne depuis le début de l'épidémie et observe le caractère inédit de la crise sanitaire actuelle. Comme ses confrères, il estime que nous observerons dans le futur des évolutions notables. 

Les enseignements qu'il tire de cette épidémie ? Tout d'abord, l'importance de croire en la recherche et de lui donner les moyens dont elle a besoin. "Ce n'est pas qu'une histoire de financements", estime le scientifique, "c'est aussi assumer une forme de prise de risque". Peu présente en France ou encore, cette culture se révèle plus marquée chez les Anglo-saxons. Ce n'est d'ailleurs sûrement pas un hasard si les premiers vaccins à ARN messager ont été finalisés par Moderna ou Pfizer, deux sociétés américaines.

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Yazdan Yazdanpanah glisse également que la pandémie à laquelle nous avons assisté a montré l'importance "d'une recherche qui doit rester internationale". Et exhorte : "On peut travailler ensemble ! L'Europe est une force extraordinaire et nous offre de vraies opportunités". Plus que jamais, il prône une coopération entre les chercheurs, afin de trouver collectivement les solutions aux problèmes et enjeux de demain. Rappelons par exemple que le séquençage initial du Covid-19 a été réalisé par des équipes chinoises, des travaux qui furent rapidement communiqués à l'OMS et aux chercheurs étrangers. 

Face à la crise sanitaire actuelle, Yazdan Yazdanpanah en appelle enfin à une forme d'humilité. Le Covid, estime-t-il, a mis en lumière certaines lacunes françaises : "On est très bons pour savoir si quelqu'un arrivant à l'hôpital a un risque de développer une maladie, mais on ne sait pas organisation les soins que l'on mobilise autour de cette personne-là", regrette-t-il. À ses yeux, "l'articulation entre médecine hospitalière et de ville" doit progresser. "Vous pouvez avoir 50 médicaments disponibles, mais si la personne ne vient pas à l'hôpital et que son problème n'est pas dépisté, alors ça ne sert à rien." 

Le symbole d'une science efficace

Fragile, la recherche française ? Nicolas Manel le pense également. Spécialiste en virologie et immunologie, il est rattaché à l'Inserm ainsi qu'à l'Institut Curie. Du Covid-19, il retient notamment qu'il a "permis de montrer et d'expliquer dans les médias le retard catastrophique du financement de la recherche fondamentale en France, caractérisée par un sous-investissement, une bureaucratie étouffante, une évaluation dysfonctionnelle et un désintérêt par de nombreuses grandes fortunes et de grandes entreprises". Un constat d'autant plus sévère que ce virus "montre que la recherche scientifique et la santé humaine ont un impact majeur sur le fonctionnement même de l'économie et de la société, et appelle donc à des investissements majeurs en recherche et santé".

Pointant du doigt un "retard structurel de la France en matériel de développement de vaccins et thérapeutiques innovants", l'expert estime qu'à l'avenir, les pouvoirs publics devraient "favoriser des stratégies plus ambitieuses". Pour autant, sur le strict plan de la science, "le Covid-19 a permis des découvertes majeures et inattendues (comme la découverte des auto-anticorps anti-interféron) qui ouvrent de nouvelles questions de recherche scientifique qui vont au-delà de ce virus".

L'épidémie, dans le même temps, a donné "à un grand nombre d'excellents scientifiques l'opportunité de s'exprimer et d'expliquer le fonctionnement de la science sur les médias de masse". Un élément encourageant selon Nicolas Manel : "À l'heure où la France décroche sur de nombreux indicateurs scientifiques à l'international, parler de science, discuter avec les scientifiques, est extrêmement positif, notamment pour intéresser la jeunesse et susciter des carrières." A fortiori lorsqu'un tel virus permet de constater à quel point "la recherche scientifique en général est surprenante, réactive et efficace".

Un impact jusqu'aux sciences humaines

Le Covid-19 n'aura pas mobilisé que les infectiologues, épidémiologistes et autres virologues. D'ordinaire spécialisée sur les politiques publiques autour des drogues, la sociologue et chargée de recherches à l'Inserm Marie Jauffret-Roustide s'est penchée ces derniers mois sur la manière dont certains groupes de population ont vécu l'épidémie. Les plus jeunes en particulier. L'occasion pour elle de collaborer avec des confrères canadiens et de mettre sur pied de nouvelles méthodes de travail. "Avant, avec mes collègues de Vancouver, il était d'usage que je les rejoigne là-bas pour travailler. Avec le Covid et les outils de visioconférences à notre disposition, nous avons adopté de nouvelles organisations. Nous aurions pu les envisager avant, c'est certain, mais cela été un élément déclencheur." 

Des outils en ligne qui facilitent les échanges des chercheurs, mais qui permettent aussi de nourrir leurs travaux, avec le "lancement d'une enquête en ligne en 2020 qui s'est traduite par le recrutement de près de 10.000 jeunes". Mettant en avant l'impact de l'épidémie sur la santé mentale des moins de 30 ans, les recherches de Marie Jauffret-Roustide et de ses collègues ont aussi permis de "déplacer un peu le curseur", une manière de ne pas se focaliser sur la santé physique des patients et de conduire à s'intéresser davantage à la dimension sociale d'une telle crise. 

Si la chercheuse estime disposer d'un statut privilégié en évoluant au sein de l'Inserm, elle a noté l'impact majeur du virus dans son mode de vie. Le confinement ou le télétravail ne lui ont pas seulement donné la possibilité de se "rapprocher" de ses enfants ou de son mari : cela lui laisse aussi entrevoir "des collaborations qui deviennent compatibles avec la vie familiale". Ces dernières années, souligne la sociologue, "mes projets à l'international n'avaient pas la même ampleur et se réalisaient au prix d'un éloignement de plusieurs mois de mes proches. Aujourd'hui, il devient possible de mener à bien ces projet en restant à Paris." 

Le symbole de cette évolution dans son quotidien ? La mise en place d'un projet de recherche comme avec des confrères "basés dans différents pays à travers le monde". Qu'importe le décalage horaire ou la distance, "un groupe de 37 chercheurs" s'est constitué, réussissant à mettre en place des rendez-vous réguliers qui ont abouti à la signature d'un article commun. Le fruit d'une collaboration renforcée et un nouvel horizon pour Marie Jauffret-Roustide, qui voit se dessiner "de nouvelles perspectives internationales" pour la poursuite de ses travaux.

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