Désinfectant pour le linge, défroisseur vapeur, sèche-cheveux… que valent ces techniques contre le virus ?

Comment désinfecter les vêtements contre le virus ? Le vrai du faux

À LA LOUPE – Beaucoup de Français cherchent des méthodes alternatives à un lavage à 60 degrés en machine pour les masques en tissu. Que faut-il en penser ? LCI s'est penché sur plusieurs techniques, dont l'efficacité semble malheureusement assez réduite.

Vous avez été nombreux à contacter notre rédaction via l'adresse alaloupe@tf1.fr pour savoir si votre méthode de désinfection des masques en tissu était efficace. Environ 5% des Français n'ont en effet pas de machine à laver chez eux, et de nombreux autres sont aujourd'hui réticents à l'idée de multiplier les lavages en machine à 60 degrés. Trop long, trop coûteux, incompatible avec le lavage d'autres vêtements… Des arguments qui reviennent souvent et en pousse beaucoup à tester d'autres méthodes. Pour en mesurer la pertinence, nous les avons soumises à des spécialistes.

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Le défroisseur vapeur

Afin de pouvoir reprendre une activité, les enseignes de prêt-à-porter ont pris ces derniers jours des mesures visant à protéger les clients. Parmi elles : l'utilisation de défroisseurs pour le textile, qui diffusent sur les vêtements des flux de vapeur. Des appareils dont disposent les professionnels, mais qui sont aussi accessibles au grand public et vendus par des enseignes d'électroménager. 

Utile ? Pour en juger, LCI a contacté le CTTN, institut de recherche spécialisé sur l'entretien des textiles… qui botte en touche : "On va mettre en difficulté des milliers de boutiques, c'est difficile de vous en dire plus." Et de rappeler que les seuls procédés aujourd'hui recommandés mêlent l'action de la chaleur à celle d'un agent nettoyant tel que du savon. "Ce qui devrait être recommandé, c'est une mise à l'écart des vêtements", fait toutefois remarquer l'institut. "3 à 5 jours dans un contenant hermétique, avant de procéder ensuite à un lavage." Des procédés clairement inenvisageables sur le plan logistique pour les enseignes.

Si la question du textile est sérieuse, celle des masques "l'est encore plus", indique le CTTN. "On parle là d'un produit qui couvre les voies respiratoires et il faut absolument veiller à suivre les recommandations."

Les produits désinfectants pour le linge

Vous avez été nombreux à mentionner l'usage des désinfectants pour le linge, que l'on peut utiliser de plusieurs manières. Un vaporisateur semble de prime abord à proscrire, en raison de la taille de gouttelettes projetées. Il serait en effet compliqué de pénétrer à l'intérieur des fibres et le risque serait grand de ne pas appliquer le produit de façon uniforme. 

L'ajout du désinfectant en machine peut néanmoins être envisagé, mais il faut souligner que les marques elles-mêmes recommandent de n'employer leurs produits qu'avec des lavages à 60 degrés pour en garantir l'efficacité. "On peut préjuger de leur efficacité", glisse le CTTN, "mais il faut bien noter qu'aucun test n'a été réalisé sur le Covid-19 en particulier."

Le sèche-cheveux

Comme pour un appareil diffusant de la vapeur, le sèche-cheveux présente l'inconvénient de ne pas réaliser d'action de lavage. Par ailleurs, "si le textile est relativement plus épais, ce sera compliqué de l'utiliser", estime le CTTN. Il ne suffit pas de diffuser un flux d'air chaud, précise l'institut, mais il faudrait s'assurer que ce soit la fibre qui atteigne cette chaleur. Et ce durant une durée suffisante. Remplir de telles conditions à la maison semble ainsi assez hypothétique, si bien que cette solution "n'est pas du tout recommandée". 

L'Afnor a elle aussi mis en garde contre l'usage du sèche-cheveux, notamment pour le séchage d'un masque. "La mauvaise maîtrise du niveau de température peut dégrader la matière filtrante, surtout si celle-ci est thermosensible", précise-t-elle.

Prudence et manque de tests

De manière générale, tous les organismes et spécialistes consultés se montrent frileux à l'idée de formuler des recommandations. Ils préfèrent ainsi se référer à ce qui a été préconisé par les autorités, à savoir un lavage en machine à 60 degrés pendant au moins 30 minutes. Une prudence pas surprenante pour le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l’origine du site "montissumasque". 

Celui-ci explique en effet que "aucun test spécifique n'a été réalisé pour évaluer la persistance du virus sur les tissus, ni concernant l'efficacité de méthode de nettoyage". Et pour cause, la dangerosité du virus et le fait que nous ne disposions pas de traitement à l'heure actuelle rend très délicates des expérimentations. "Elles ne peuvent être menées que dans des laboratoires très sécurisés, de type P3 ou P4, dans lesquels il est proscrit d'utiliser de l'eau", souligne le spécialiste. 

Du côté du CTTN, on admet que des solutions alternatives à la machine pourraient être envisagées, mais que les autorités sanitaires préfèrent ne pas les mettre en avant. En effet, celles-ci supposeraient de suivre des protocoles très précis, à respecter scrupuleusement pour que leur efficacité soit garantie. Or, à la maison, suivre ces étapes à la lettre serait délicat et ferait courir plus de risque qu'autre chose à celle et ceux qui voudraient les appliquer. Aucune méthode ne remplace une machine à laver, répètent ainsi les experts, dont le fonctionnement mécanique ne laisse pas de place à une mauvaise manipulation.

À l'heure actuelle, et malgré les difficultés logistiques ou le surcoût que peuvent engendrer des machines successives, aucune autre technique ne trouve donc vraiment grâce aux yeux des spécialistes. "Ce sont des contraintes dont nous sommes tous conscients", admet le CTTN, "mais il est nécessaire d'apprendre à faire avec."

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