Pays à l'arrêt, population confinée... La France peut-elle connaître un "protocole coronavirus" à l’italienne ?

Violemment frappée par l'épidémie de coronavirus, l'Italie vit au ralenti. A Rome, tous les lieux publics sont fermés et les rues sont désertes.

ÉPIDÉMIE - Le coronavirus Covid-19 a fait plusieurs centaines de morts en Italie, qui a signé un décret pour obliger la population à se confiner chez elle, tout le nord du pays étant à l'arrêt. Pour l'instant, la situation en France n'est pas comparable et une mise en quarantaine généralisée, peu envisageable, expliquent les autorités sanitaires.

Ecoles et commerces fermés, événements annulés et rues désertes. L'Italie vit depuis plusieurs jours sous le joug du coronavirus. Le nord du pays est à l'arrêt, 60 millions de personnes sont confinées à leur domicile. Une décision "extrêmement lourde" et "prise dans l'urgence face à la détresse de leur système hospitalier", estime notre ministre de la Santé, Olivier Véran. S'il refuse de "juger la façon dont les autorités italiennes gèrent la crise sanitaire", il a cependant une certitude : "La situation italienne n'est pas la situation française". Interrogé pareillement à la sortie d'une vision conférence avec ses homologues de l'UE, Emmanuel Macron jugeait les mesures transalpines "pas nécessaires", sans les écarter définitivement.

Le nombre de cas a dépassé les 10.000 mercredi 11 mars en Italie, qui pleure la mort de plus de 600 personnes. La situation est si catastrophique dans les hôpitaux que la Société italienne d'anesthésie, d'analgésie, de réanimation et de soins intensifs a déclaré devoir désormais "faire des choix entre les patients et privilégier les jeunes et ceux qui ont le plus de chance de s'en sortir". La France, de son côté, compte plus de 1700 cas et dénombre 33 décès. Mais comment être sûr que la situation n'évolue pas dans le même sens ? Les Français seront-ils à leur tour invités à se barricader ?

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Une meilleure anticipation de l'épidémie

"Tout est fait en France pour que cela ne se passe pas de la même façon", assure Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) sur LCI. "Mais avant cela, il y a un point de départ fondamentalement différent : en France, on a toujours pu identifier le patient zéro et suivre les contaminations, avec des clusters bien identifiés et contrôlés en terme de zonage géographique", précise le docteur. "En Italie, le virus s'est répandu sans qu'ils ne diagnostiquent un coronavirus et donc sans tracer le chaînage initial. Pendant au moins trois semaines dans le nord de l'Italie, ils ont été largement contaminés sans s'en rendre compte", continue-t-il. 

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Cette mauvaise gestion, au commencement de l'épidémie en Italie, a entraîné une progression rapide et incontrôlable des cas. Grâce à l'observation du développement de l'épidémie chez nos voisins - et dans d'autres pays - la France a eu de son côté une longueur d'avance quant aux protocoles à mettre en place. Lundi 9 mars sur BFMTV, Olivier Véran assurait ainsi que les autorités scientifiques et le gouvernement envisagent régulièrement "tous les scénarios possibles" en se basant sur des publications internationales, pour savoir "quelles mesures sont efficaces à quel moment" et comment les appliquer au mieux à chaque stade de l'épidémie.

Ces projections sont faites pour anticiper au mieux la crise et ainsi "freiner l'épidémie, pour ne pas voir la courbe du nombre de malades monter au-delà des capacités de nos hôpitaux", explique le ministre de la Santé. Un graphique simple, relayé par plusieurs experts, permet en effet de visualiser l'objectif principal de la France : retarder et amoindrir le "pic" des contaminés pour que le système hospitalier ne soit pas débordé.

Un système de santé plus structuré

Si l’Italie a pris cette décision de confinement "extrêmement lourd" selon Olivier Véran, "c'est pour une raison qui ne s’impose pas à la France : la détresse de son système hospitalier, qui fait face à un raz-de-marée de malades", assure le ministre. C'est en effet le point névralgique de la lutte contre le coronavirus : l'hôpital. On se souvient de celui construit en quelques jours à Wuhan, au centre de l'épidémie chinoise, pour répondre à la demande de plusieurs milliers de lits supplémentaires pour les malades du coronavirus.

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L'Italie, au stade actuel, ne compte que 6000 lits en soins intensifs répartis dans 70 hôpitaux du nord du pays. En France, les autorités annoncent 5000 lits en service de réanimation et 7300 lits de surveillance continue disponibles pour prendre en charge les cas sévères. Samedi 7 mars, l'Etat a par ailleurs étendu son "plan blanc" à tous les hôpitaux et cliniques de France afin de préparer chaque établissement à un afflux potentiel de patient. "Nous avons un système de santé français structuré et qui malgré la crise, fonctionne bien, alors que le système hospitalier italien est dans un état très difficile", confirme Jean-Paul Ortiz.

Le médecin souligne aussi que nous avons un système de médecine de ville très compétent et riche, avec un réseau de généralistes, spécialistes et infirmiers, qui manque en Italie, où "tout est très centré sur l’hôpital" selon lui. "Or, le défi quand l'épidémie se répand partout sur le territoire, c'est de ne recourir aux structures hospitalières qu'en dernier recours", précise-t-il. A ce moment-là, nous serons avantagés avec une prise en charge en dehors des hôpitaux, qui permettront à 80% des malades légers du coronavirus de guérir en restant chez eux. Dans cette optique, Olivier Véran a signé un décret ce lundi pour faciliter les téléconsultations. Toujours avec le même objectif : désengorger les hôpitaux et éviter le déplacement des personnes potentiellement infectées et contagieuses.

Une population plus jeune et répartie différement

Les situations en France et en Italie sont encore "incomparables" sur un point : le virus sévit sur "un territoire italien particulier avec une population âgée et isolée", a rappelé Olivier Véran sur FranceInfo ce mardi. La population italienne est la plus âgée du continent européen et la deuxième plus âgée de la planète, derrière le Japon, soulignent nos confrères en se basant sur les dernières données démographiques de l'ONU.

Si le Covid-19 est relativement bien supporté par les sujets en bonne santé, le virus est en revanche particulièrement dangereux, voire mortel, pour les individus déjà fragilisés par d'autres pathologies. Diabète, hypertension, maladie cardio-vasculaire ou respiratoire, ces maladies aggravent particulièrement le diagnostic en cas de coronavirus confirmé. Or, elles se déclarent particulièrement chez les personnes âgées et près d'un Italien sur quatre a plus de 65 ans.

Une stratégie qui nécessite un pays en activité

Pour toutes ces raisons, la stratégie italienne actuelle "n'est pas adéquate dans le cas de la France", estimait encore Olivier Véran mardi, en ajoutant : "Prendre des mesures disproportionnées par rapport à l'effort demandé aux Français ne me semble pas être la meilleure des choses à faire". La France ne sera pas mise en quarantaine et le pays devrait rester en activité, avec des transports qui fonctionnent et des écoles fermées uniquement dans les zones durement touchées par l'épidémie, comme l'Oise. Et ce, y compris si le pays passe en stade 3.

Une raison principale à cela : éviter à tout prix que le personnel soignant ne puisse pas guérir les patients ou protéger les personnes fragiles. Fermer les écoles obligerait certains à rester à la maison pour s'occuper de leurs enfants. Bloquer les transports en empêcherait d'autres de se rendre sur le lieu de travail, à l'hôpital ou en Ehpad. Or en stade 3 - lorsque le virus circule librement sur le territoire - les forces doivent être concentrées sur la prise en charge des malades. "Certains établissements scolaires pourront être fermés mais la logique est plutôt de demander à ceux qui sont malades de rester chez eux, plutôt que de fermer globalement", a ainsi expliqué Jean-Michel Blanquer à plusieurs médias. De son côté, le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari explique que les transports en commun seront maintenus puisque leur arrêt "n'apporterait aucune solution sur le plan sanitaire".

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En revanche, les "rassemblements de plus de 1000 personnes en milieu confiné", comportant trop de risques et n'étant pas "indispensables à la Nation", sont désormais annulés ou reportés sur le territoire français. Le ministre de la Santé Olivier Véran, aujourd'hui sûr de la ligne suivie dans la gestion de cette crise, insiste cependant sur le fait que la situation pourrait être amenée à changer. Le confinement total de la population pourrait être envisagé lorsque les scientifiques auront la démonstration que c'est la solution la plus efficace, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

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