La hausse des cas dans le Grand Est est-elle le signe précurseur d’une deuxième vague ?

En Meurthe-et-Moselle, 700 tests sont réalisés tous les jours depuis une semaine. Conséquences, les cas de Covid-19 sont eux aussi plus nombreux, ils sont même au-dessus de la moyenne nationale. Faut-il y voir un redémarrage de l'épidémie ?
Santé

INQUIETUDE – Alors que les indicateurs sont au vert depuis le début du déconfinement, certains départements de l’est de la France voient ces derniers jours une hausse significative du nombre de cas de Covid-19. Est-ce le signe d’une deuxième vague ?

En France, depuis la fin du confinement, tous les indicateurs sont au vert. Le nombre de personnes hospitalisées pour une infection au Covid-19 est en baisse constante, comme celui en réanimation (moins de 1.000 désormais) et aucun des 210 foyers de contamination recensés par Santé publique France "ne témoigne d’une transmission communautaire non contrôlée", avance l’agence.

Pourtant, ces derniers jours, certains chiffres suscitent l’inquiétude. Dans le Grand Est, le nombre de patients testés positifs a en effet explosé. Dans le détail, trois départements bénéficient d’un taux d’incidence (nombre de cas positifs sur 100.000 habitants en une semaine) cinq à sept fois plus important que la moyenne nationale. Dans la Meuse, il est ainsi de 30,8, le plus élevé de France métropolitaine. Suivent la Meurthe-et-Moselle (26,3) et la Marne (20,4), quand la moyenne nationale est de 4,3. Surtout, ces trois départements sont au-dessus du seuil de vigilance, fixé à 10.

"Tant que le virus circule, il y a des possibilités que l’épidémie redémarre"

Alors faut-il y voir le signe de l’émergence d’une deuxième vague, redoutée au moment de la sortie du confinement, avant que le risque ne soit écarté à court terme en raison des bons signaux ? Pas vraiment, selon l’agence régionale de santé du Grand Est. Elle justifie en partie ces résultats du fait du plus grand nombre de tests réalisés dans ces départements. "L’épidémie est sous contrôle", assure de son côté le maire de Nancy, Laurent Hénart. "Plus nous dépistons massivement, plus nous nous apercevons que le virus circule toujours."

D’autres sont en revanche plus inquiets. "Je sens un véritable relâchement à la fois dans la population générale mais également dans des milieux comme les hôpitaux ou les entreprises", argue le Pr Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris . "Tant que le virus circule, il y a des possibilités pour que l’épidémie redémarre", prévient-il (voir vidéo ci-dessous).

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Le coronavirus est-il en train de repartir dans le Grand Est ?

Pour déterminer si cette hausse du nombre de cas témoigne d’un début de deuxième vague ou simplement d’une augmentation du nombre de tests, "il faudrait connaître le R0 dans la région", à savoir le nombre de personnes que contamine un seul malade, affirme à LCI Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS. "S’il est toujours inférieur à 1, cela suggère que cette hausse est synonyme d’une meilleure détection". "Mais s’il est supérieur à 1, c’est la signe qu’une deuxième vague arrive, même si elle peut être contrôlée." Selon les dernières données du 9 juin publiées par Santé publique France, le R0 du Grand Est  s’élève à 0,63.

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"Au niveau mondial, nous n’avons toujours pas passé le pic épidémique"

Pourtant, le risque d’une deuxième vague ne peut pas être totalement écarté, selon Etienne Decroly. "Aujourd’hui, nous n’avons pas d’indications qui permettent d’écarter ou de conforter" cette hypothèse, affirme-t-il. Et une seconde vague pourrait totalement se dessiner à partir des "clusters" français. "Même si aujourd’hui nos capacités de diagnostic sont importantes, si nous n’arrivons pas à suivre les cas contacts" des patients déclarés positifs, "alors il pourrait y avoir une résurgence de l’épidémie à partir de cas locaux", note-t-il.

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Autre risque d’un redémarrage de la pandémie en France : les voyages internationaux. "De France, nous avons l’impression que l’épidémie est finie. Mais lorsque nous regardons les chiffres au niveau mondial, nous n’avons toujours pas passé le pic épidémique", prévient le directeur de recherche du CNRS. Forcément, la reprise à venir des échanges internationaux avec l’ouverture des frontières pourrait être vectrice de nouvelles contaminations. "La réouverture du trafic aérien va augmenter le risque d’importation de nouveaux cas", confirme-t-il. "Il faudra donc être très vigilant."

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