Coronavirus : ce qu’il faut comprendre de la hausse de 30% des cas chaque semaine en France

Coronavirus : ce qu’il faut comprendre de la hausse de 30% des cas chaque semaine en France
Santé

CRISE SANITAIRE - Santé publique France puis le ministre de la Santé l’ont martelé ces dernières heures : le nombre de cas positifs au coronavirus augmente de 30% chaque semaine, alors que le nombre de tests n’augmente que de 15%. Comment l’expliquer ?

De nouvelles contaminations qui posent question. Dans son dernier bulletin hebdomadaire daté du 6 août, Santé publique France alerte sur une hausse des cas plus rapide que celle des tests. La semaine dernière, "l’augmentation du nombre de nouveaux cas était plus importante (+33%)" que "l’augmentation du nombre de patients testés (+14%)".

Des données confirmées ce vendredi par le ministre de la Santé. "Nous allons dépasser les 600.000 tests par semaine, donc tous les sept jours, nous réalisons 100.000 tests de plus que la semaine précédente", s’est félicité Olivier Véran (voir vidéo en tête de cet article). Mais si "le nombre de tests augmente d’environ 15% par semaine, le nombre de diagnostics augmente, lui, d’environ 30%" sur la même période. Que faut-il en conclure ?

Une hausse pas uniquement liée à celle des tests

Entre le 27 juillet et le 2 août, "7.565 cas ont été enregistrés" dans le pays. Une augmentation qui ne peut s’expliquer que par la hausse des dépistages, même si cette donnée ne peut être totalement écartée. "Une partie" de l’explication se situe "effectivement dans le fait qu’il y a plus de tests", explique à LCI l’épidémiologiste Martin Blachier, "mais le fait que le taux de positivité augmente est le signe d’une accélération de l’épidémie."

Selon lui, "il y a très probablement des tests positifs en dehors des clusters", car les tests supplémentaires "ne sont pas effectués au niveau des foyers de contaminations". "Avec le dépistage gratuit sans ordonnance, ce sont essentiellement des personnes qui se testent avant de partir en vacances, d’aller voir les grands-parents, de reprendre le travail... C’est le signe d’une circulation communautaire."

Une augmentation particulièrement marquée chez les moins de 30 ans

Dans le détail, l’agence sanitaire relaie que si "l’augmentation de l’incidence concerne toutes les classes d’âge", elle est "plus marquée chez les 15-44 ans" et "plus particulièrement chez les 20-30 ans". La semaine dernière, pour les 20-30 ans, "nous observions une augmentation de l’incidence de 55% par rapport à la semaine précédente", explique à LCI la Dr Sibylle Bernard-Stoecklin, épidémiologiste à Santé publique France. "À titre de comparaison, l’augmentation se situe autour de 20% chez les 45-64 ans et de 5% chez les 65 ans et plus."

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"C’est plutôt une bonne chose", réagit Martin Blachier, "le professeur Caumes a fait un peu de provocation (en proposant de laisser le virus circuler chez les jeunes pour améliorer l’immunité collective, ndlr), mais il n’a pas tort : tant que cela circule chez les 20-30 ans, tout va bien. Le problème, c’est quand cela commence à toucher les plus âgés."

"C’est une tranche d’âge où les contacts sociaux sont beaucoup plus importants, et qui se sent ‘protégée’ : le risque pour leur santé est moins important, donc ils font probablement moins attention", justifie de son côté Étienne Decroly, directeur de recherche au CNRS. "Il est toujours compliqué de sensibiliser des populations pour lesquels le risque est plus faible."

L’augmentation des tests positifs chez les moins de 30 ans confirme en effet que "ce virus se transmet dans des interactions sociales de groupe, essentiellement dans des lieux clos", reprend Martin Blachier. "Cela signifie que les 20-30 ans font des fêtes privées, se retrouvent chez des amis. Nous sommes dans une mauvaise situation car tout est fermé, et aucune solution ne leur est proposée". Une situation qui pourrait encore durer, même si les autorités travaillent à l’élaboration d’un protocole sanitaire dans les discothèques, a indiqué le ministre chargé des PME, Alain Griset, le 6 août sur LCI.

Des chiffres vraiment inquiétants ?

Face à cette recrudescence du nombre de cas, le ministre de la Santé a appelé les Français à la vigilance. "Il faut faire extrêmement attention en milieu d’entreprise, en Ehpad, dans les réunions familiales, les milieux festifs, les restaurants ou sur les plages", a indiqué Olivier Véran, au cours d’une visite dans un Ehpad à Thiviers (Dordogne). "C’est le signe d’une reprise", avertit de son côté le Dr Sibylle Bernard-Stoecklin, "mais elle n’est pas incontrôlée". "À ce jour, en métropole, seuls 2 clusters" n’ont pas été maîtrisés et ont diffusé le virus dans la population. Ils se situent en Mayenne.

Toutefois, Martin Blachier se veut rassurant. "Je ne suis pas inquiet car nous avons une arme qui peut très bien fonctionner, en particulier pour lutter contre les contaminations dans les lieux clos : les masques", explique-t-il. "La plupart des cas documentés aujourd’hui se trouvent dans des lieux professionnels, où le masque n’est pas encore appliqué. Selon moi, le sujet de la rentrée va être le port du masque au bureau, bien plus qu’en extérieur."

Autre point encourageant : Santé publique France note dans son bulletin que, contrairement aux cas confirmés, "les nombres d’actes SOS Médecins et de passages aux urgences" liés au Covid-19 "ont diminué" entre le 27 juillet et le 2 août par rapport aux jours précédents.

"Cette tendance à la reprise n'est pas une fatalité"

Pour endiguer la reprise épidémique, nombreuses sont les villes à avoir durci les mesures de restriction, en imposant le masque jusque dans la rue, comme le demandaient certains professionnels de santé. "Chacun doit surtout prendre ses responsabilités de manière à diminuer le nombre de contacts quotidiens", demande Étienne Decroly. "Si tout le monde ne fait pas les efforts, nous risquons de revenir à un confinement", au moins localisé, comme partout sur la planète, prévient-il à LCI.

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"Cette tendance à la reprise n’est pas une fatalité", veut toutefois rassurer le Dr Sibylle Bernard-Stoecklin. "Nous devons réagir collectivement à cette situation et reprendre les bonnes habitudes : port du masque en milieu confiné, lavage systématique des mains et distanciation. De plus, nous estimons que la proportion de personnes symptomatiques qui sont testées demeure insuffisante. Même avec des symptômes très légers, il ne faut pas attendre !"

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