Distanciation sociale et gestes barrières fragilisent-ils notre système immunitaire ?

Certains Français n'hésitent pas à signifier leur opposition aux mesures de lutte contre le virus.

À LA LOUPE - Des publications laissent entendre que les mesures de protection contre le Covid-19 seraient susceptibles de faire de nous des "proies faciles" pour les virus. Interrogé par LCI, un expert qualifie ce message de "pamphlet", dangereux en période d'épidémie.

Sur les réseaux sociaux, Facebook en particulier, se rassemblent de nombreux Français hostiles au port du masque et très critiques envers les mesures prises par les autorités pour lutter contre la prolifération du Covid-19. Sur l'une de ces pages où fleurissent des discours très véhéments, une publication en particulier a rencontré un écho important. 

"En portant le masque, en pratiquant la distanciation sociale et les gestes barrières, vous allez interrompre le processus qui développe votre système immunitaire", peut-on notamment lire. "Vous deviendrez une proie facile pour les virus." Un message qui se termine ainsi : "Faites votre choix : croire aux théories de la propagande mondialiste ? Ou suivre la nature ?"

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La nature ne fait pas (toujours) bien les choses

Faut-il craindre pour notre système immunitaire si l'on suit à la lettre les recommandations des autorités sanitaires ? Pour le savoir, LCI a contacté Gérard Eberl, responsable de l'unité Micro-environnement et Immunité à l'Institut Pasteur. Il a découvert avec attention cette publication très relayée, qu'il juge trompeuse à plusieurs égards.

"Cette image joue vraiment sur l'idée que la nature fait bien les choses, que notre système immunitaire est conçu pour faire face aux infections. Avec une philosophie assez curieuse, comme si la nature faisait le mieux pour nous", souligne-t-il. Pour autant, "il ne faudrait pas oublier que la nature crée des maladies ou qu'elle tue, avec des volcans entrant en éruption par exemple".

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"La réponse immunitaire varie d'un individu à l'autre", insiste le spécialiste, rappelant au passage qu'une grande quantité de patients "meurent car cette réponse du corps est beaucoup trop forte et non contrôlée dans les poumons". Si l'agent pathogène est détruit, le système immunitaire cause en quelque sorte des dégâts collatéraux dont la gravité peut être considérable. Difficile, donc, de ne miser que sur lui dans le cadre d'une épidémie. Gérard Eberl n'hésite pas à comparer ce processus à un feu de cheminée : tant qu'il reste contenu, son apport est positif, mais il ne faut pas qu'il s'étende trop sous peine de déclencher un incendie incontrôlable.

Deux stratégies possibles

Dans les messages trompeurs, "on trouve souvent un fond de vérité", estime l'immunologue. "Je serais potentiellement d'accord avec ce pamphlet si nous étions capables de discerner entre plusieurs personnes laquelle serait capable de lutter contre le virus et laquelle ne le serait pas. Ce sera sans doute la médecine de demain, mais aujourd'hui, nous ne sommes pas en mesure de le faire." En résumé, il ne serait pas forcément nécessaire de prendre des mesures drastiques s'il existait une possibilité d'anticiper les réactions du corps de chaque individu. Il suffirait, entre gros guillemets, de protéger au mieux les personnes qui seraient identifiées comme les plus fragiles.

À l'heure actuelle, les autorités peuvent opter pour deux stratégies, estime le spécialiste. "La première consiste à compter sur la nature, comme en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, en assumant la contamination d'un maximum de gens pour atteindre une immunité communautaire. Le souci, c'est que cette immunité s'est développée très lentement et a en définitive très mal fonctionné." Autre stratégie rappelée par Gérard Eberl : se protéger. Le choix adopté en France, et qui se traduit par une multitude de mesures, allant du port du masque à la limitation du nombre de personnes dans les magasins. En passant par l'annulation des grands rassemblements ou les distributions de gel hydroalcoolique.

La protection ultime, glisse le membre de l'Institut Pasteur, "reste quoi qu'il en soit le vaccin". "On entend parfois des critiques soutenant que le vaccin nous affaiblit, que cette intervention extérieure affaiblirait le système immunitaire, mais c'est tout ce qu'il y a de plus faux !" Au contraire, insiste Gérard Eberl, "un vaccin copie la nature : on injecte généralement un virus en quelque sorte atténué, ou seulement une partie de l'original. Le tout afin que l'exposition ne soit pas dangereuse."

Les autorités assument leur choix

La publication relayée sur les réseaux sociaux défend de manière indirecte une stratégie basée sur l'immunité collective, impliquant de ne pas chercher à se protéger coûte que coûte contre une contamination. Ce n'est pas le choix opéré par la France, ce que défend aujourd'hui la Direction générale de la santé (DGS). 

Auprès de LCI, elle indique que "les mesures de distanciation sociale participent à freiner la circulation du virus du COVID-19 mais également celle des autres virus. L’immunité individuelle et collective se développent donc moins. En revanche, ces mesures permettent de limiter la circulation du virus, donc le nombre de personnes contaminées et notamment les personnes les plus fragiles, de personnes hospitalisées et in fine, de décès."

Ne pas chercher à se protéger, dans le contexte actuel de pandémie, "serait catastrophique", tranche Gérard Eberl. Il ajoute que ces protections (le masque notamment) se concentrent de toute façon sur les bactéries et pathogènes s'en prenant aux poumons. "Ça n'exclut pas ceux transmis par le toucher ou l'alimentation", note l'expert. 

En résumé, cette publication très virale est trompeuse. Sous-entendre que notre système immunitaire est conçu pour assurer notre défense face aux virus et autre attaques extérieures est inexact, puisque c'est justement une réponse immunitaire trop forte qui conduit au décès de certains patients atteints du Covid-19. La stratégie de l'immunité collective, quant à elle, s'est révélée peu efficace dans les pays où elle a été testée, ce qui fait dire aux spécialistes que les mesures de prévention contre le virus sont à l'heure actuelle essentielles, dans l'attente d'un vaccin. 

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