Les Etats-Unis touchés de plein fouet, l'Australie épargnée : pourquoi le coronavirus se propage-t-il d'est en ouest ?

Les Etats-Unis touchés de plein fouet, l'Australie épargnée : pourquoi le coronavirus se propage-t-il d'est en ouest ?
Santé

CONTAMINATION - Alors que la pandémie de coronavirus touche désormais toute l'Europe après être partie de Chine, ce sont maintenant les Etats-Unis qui se retrouvent frappés de plein fouet. Pourquoi s'est-elle propagée précisément vers l'ouest ? Des chercheurs du CNRS nous éclairent.

Elle a démarré en Chine, fin 2019, à Wuhan, avant de se propager partout dans le monde. La pandémie de coronavirus, qui a déjà touché près de 800.000 personnes sur la planète, n'épargne désormais aucun continent. Et bien que tous les pays ne soient pas frappés de la même manière, sa progression interroge : pourquoi la vague épidémique s'est-elle déplacée vers l'ouest ? Et, par extension, peut-on imaginer que les pays situés à l'est ou au sud-est de la Chine, comme l'Australie, échappent, eux, au Covid-19 ?

Si elle semble s'être stabilisée en Chine, la pandémie se concentre à présent à deux points bien précis du globe : les États-Unis et l'Europe. La première puissance économique mondiale est d'ailleurs la plus contaminée, avec plus de 160.000 cas officiellement recensés au 31 mars, comme le montre notre carte (ci-dessous) réalisée par Esri France. En Europe, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et la France sont également très impactées. Ce n'est pas le cas du Portugal, pays européen le plus à l'Ouest, ni de l'Amérique du Sud, encore plus éloignée.

Des flux aériens qui se concentrent vers l'Amérique, l'Europe et l'Asie Pacifique

"Ce n'est pas un effet vers l'ouest mais plutôt une contamination en raison des liaisons aériennes", corrige Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique de l'Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS. En effet, "85% des flux aériens concernent l'Amérique du Nord, l'Asie Pacifique et l'Europe", continue Arnaud Banos, chercheur au CNRS. "Cela correspond aujourd'hui aux zones les plus touchées. La probabilité que le virus se déplace se fait très largement en lien avec cette répartition du trafic", explique-t-il à LCI. "Une épidémie ne fait que suivre les mobilités humaines, puisque les hommes sont les porteurs du virus. Il était donc logique que sa diffusion se fasse en suivant ces grandes lignes aériennes".

D'autres pays, pourtant plus proches géographiquement de la Chine, semblent relativement épargnés. C'est notamment le cas de l'Australie. "La connectivité de l'Australie au réseau aérien mondial est beaucoup plus faible que la connectivité de l'Europe", justifie le spécialiste. "De plus, début février, l'Australie a mis en place des systèmes de filtrage dans ses aéroports avec des tests systématiques pour tous les passagers arrivant de l'étranger, et des procédures de mises en quarantaine pour ceux en provenance des zones à risque. Cela a été possible car le nombre d'aéroports internationaux en Australie est limité." De quoi expliquer pourquoi l'épidémie s'est propagée vers l'ouest de la Chine, et non vers l'est.

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"Il y aura un risque de rebond épidémique"

Au sein-même de l'Europe, certains pays semblent moins attaqués par le Covid-19. C'est le cas du Portugal, qui recense 6400 cas à ce jour, soit 7 fois moins que la France, et bénéficie à plein de le temporalité et de son enclavement. "Le Portugal est un grand pays touristique, mais l'épidémie a eu lieu pendant la saison creuse. En outre, le pays bénéficie d'une position géographique excentrée : c'est un pays de façade maritime avec une seule frontière, l'Espagne. Les possibilités de mobilité transfrontalière sont donc très limitées", explique Arnaud Banos. "En étant en bout de chaîne, le Portugal a aussi eu un peu plus de temps pour réagir, avec des mesures rapides de distanciation sociale et des gestes barrières."

Encore plus à l'ouest, c'est toute l'Amérique du Sud qui reste relativement à l'écart de l'épidémie, en grande partie grâce aux liaisons aériennes moindres vers la région. Alors, peut-on envisager que ces pays restent épargnés ? "L'idée de totalement y échapper sur la durée entière de la pandémie me semble très compliquée", répond l'expert. "Nous parlons d'une épidémie qui va s'étendre sur plusieurs mois. À moins de rester dans cette situation de fermeture totale des pays, ce qui est très compliqué à gérer techniquement et économiquement, il y aura toujours le risque d'un rebond épidémique."

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C'est notamment lors de la sortie du confinement dans la plupart des pays, au moment où les liaisons aériennes vont reprendre, que la crainte d'un rebond épidémique dans les pays jusqu'ici moins touchés est grande. "Toute la planète est impactée car tous les pays du monde sont connectés les uns aux autres. Même si, aujourd'hui, il y a beaucoup moins de connexions, elles vont revenir", prévient Arnaud Banos.

Toutefois, impossible de réaliser de telles projections dans l'avenir. "Tous les raisonnements reposent sur des données épidémiques très complexes à définir de manière rigoureuse et précise", rappelle le chercheur. "Notre connaissance de la dynamique globale de l'épidémie est très incomplète, tous les chiffres doivent être pris avec des pincettes. Ils ne constituent que la partie émergée de l'iceberg, tant le nombre de porteurs asymptomatiques, très largement inconnu, contribue à la propagation du virus."

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