Non, cette nouvelle vidéo virale ne prouve pas l'inefficacité des masques

Cette vidéo est brandie à tort comme une preuve de l'inutilité des masques.

GRAND FROID - Tournée par un Américain, une vidéo est relayée par des internautes français pour dénoncer une soi-disant inefficacité des masques. Des conclusions qui ne tiennent pas debout.

Malgré les multiples messages des professionnels de santé et des autorités sanitaires, des opposants au masque continuent de le juger inefficace. Pour le prouver, des internautes ont notamment repartagé ces derniers jours une vidéo montrant un homme essayer une série de masques. Il se trouve dans un endroit visiblement très froid, comme le montre son souffle apparent à chaque respiration. 

Sur les réseaux sociaux, la séquence est largement commentée : "Il y a Jean Castex et il y a le bon sens", glisse un internaute, tandis que le très suivi conspirationniste et propagateur de fake news Silvano Trotta dit adorer cette vidéo. "Il est vrai que quand il fait froid c’est pratique de démontrer le mensonge du masque !", lance-t-il. "Le Covid est d’une taille beaucoup plus petite que la vapeur d’eau. Comment ils ont réussi à faire croire cela ?" Des réflexions que les spécialistes contestent rigoureusement.

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Un rempart efficace

L'homme qui est ici filmé se présente sur la plateforme TikTok comme un "spécialiste de l'humidité et du confinement microbien". C'est là qu'il a partagé cette séquence, qui semble avoir été tournée il y a quelques jours dans l'État américain du Vermont, comme en témoigne son pseudonyme. Son accent accrédite d'ailleurs cette hypothèse. On le voit essayer plusieurs masques, chirurgicaux puis en tissu, avant d'enfiler un N95, l'équivalent outre-Atlantique du FFP2 que nous connaissons dans l'Hexagone. Son objectif de départ n'est pas de critiquer les masques, mais plutôt d'essayer de déterminer lesquels sont les plus efficaces, en particulier lorsqu'ils sont empilés les uns sur les autres. 

Une idée un peu saugrenue qui fait rire les francophones ayant relayé la séquence, y voyant une preuve que les masques ne retiennent en rien le virus. Qu'en pensent les spécialistes ? Pour le savoir, LCI a contacté le médecin hygiéniste Bruno Grandbastien, président de la Société française d'hygiène hospitalière (SF2H). Il précise avant toute chose que par grand froid, comme sur ces images, on ne souffle pas directement de la vapeur d'eau. "Lors du cycle expiratoire, on expulse de la chaleur : c'est elle qui vient condenser la vapeur d'eau qui est à l'extérieur", créant ainsi cette forme de fumée caractéristique. 

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L'évacuation de l'air (et donc de la chaleur) est logiquement plus marquée lorsque cet homme porte un simple masque chirurgical. "Quand il met un FFP2, on observe la même chose mais à un degré moindre", constate Bruno Grandbastien. Logique, puisqu'une filtration plus forte "est sa valeur ajoutée". La barrière créée par le masque est bien réelle, "on n'observe pas d'expulsion directe, mais de l'air un peu vaporisé par les fuites latérales".

Le spécialiste signale également en passant que superposer deux masques FFP2 n'a strictement aucun intérêt. En effet, "le 2e ne sert à rien puisque l'avantage de ces types de masques vient de leur adhérence au visage". Si le premier est bien positionné, l'autre ne permettra pas de quelconque amélioration. Notons que si les masques se caractérisent par des degrés de filtration plus ou moins élevés (les FFP3 étant les plus filtrants), il est malgré tout indispensable de ne pas les rendre totalement imperméables, "sans quoi on ne pourrait tout simplement plus respirer".  

Une efficacité à rappeler

Comme de multiples autres médecins, Bruno Grandbastien rappelle que l'utilité du masque est avérée. "Et cela ne date pas d'hier : j'ai par exemple retrouvé des documents datant de l'épidémie de H1N1 en 2009, où l'on préconisait aux professionnels de santé de distribuer des masques à des patients qui se présentaient avec des symptômes", glisse-t-il. Dans les hôpitaux, les masques sont d'ailleurs utilisés depuis longtemps, comme des remparts pour les soignants ou les patients, face notamment aux infections nosocomiales.

Le président de la SF2H souligne par ailleurs que le port du masque n'est qu'un outil de prévention parmi d'autres, et qu'il ne faut pas oublier de le conjuguer à d'autres mesures "barrières". Que ce soit une réduction des contacts, ou bien encore une hygiène des mains très strictes. 

À ceux qui pensent que le virus, minuscule, peut se faufiler entre les mailles des masques, les médecins rappellent que la transmission se fait par le biais de gouttelettes, susceptibles de transporter une charge virale significative. Des postillons qui ne franchissent pas les mailles et qui sont également bloqués grâce au "caractère électrostatique des masques, qui va attirer les particules". S'il ne peut pas être considéré comme un accessoire à l'efficacité totale, le masque demeure donc précieux dans la lutte contre l'épidémie. "Dès que l'on instaure une barrière, on réduit de manière très importante les particules que l'on va émettre", résume Bruno Grandbastien.

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