Est-il vrai que le Covid n'est "pas le même à Marseille qu’à Paris" ?

Il est trompeur d'évoquer aujourd'hui la coexistence de plusieurs virus du Covid-19 sur le territoire.
Santé

EPIDEMIE - À Marseille, des élus estiment que les réponses face au Covid-19 mériteraient d'être plus adaptées au contexte local. Motif: le virus qui y circulerait serait différent du Covid observé à Lyon, Paris ou ailleurs. Un constat inexact mais qui invite à questionner les différences géographiques dans la virulence du virus.

C’est l’argument massue brandie pour justifier la création de leur propre conseil scientifique. À Marseille, des élus estiment que la ville doit se doter d’une instance qui permettra de proposer une gestion de la crise sanitaire "en fonction des spécificités" locales du coronavirus. Ce sont les mots utilisés notamment par Samia Ghali sur notre antenne ce mardi 6 octobre. La deuxième adjointe à la mairie assurant qu'on "n'a pas le même Covid à Marseille qu'à Lyon, qu’à Paris ou Toulouse"

Non, il n’y a pas plusieurs virus en France

On ne peut en fait pas parler de plusieurs virus sur le territoire français. Pour nous l’expliquer, LCI a sollicité Etienne Simon-Lorière. Responsable du laboratoire de génomique évolutive des virus pour l'Institut Pasteur, il est catégorique : "C’est le même virus qui circule partout en France." Lui qui, dans son domaine d’expertise, analyse les différentes versions du Covid-19 nous indique que c’est la "même combinaison de variants" que les chercheurs retrouvent non seulement dans l’Hexagone, mais aussi "dans toute l’Europe et aux Etats-Unis"

Pour ce spécialiste, la possibilité de trouver des différences localement est d’autant plus improbable que la population française est en mouvement perpétuel. Ainsi, si "le hasard de la mutation" pourrait provoquer de telles particularités, le virus est "tellement répandu sur tout le territoire qu’on ne peut pas voir de clusterisations géographiques". "Avec les déplacements de population, on a le même virus un peu partout", résume-t-il.

Mais l’épidémie n’est pas la même sur tout le territoire

Seulement, on ne peut que constater que le coronavirus se manifeste différemment en fonction du territoire. Prenons les Bouches-du-Rhône par exemple. Selon les données de Santé publique France le département connaît un taux d’incidence de 193,3 cas pour 100.000 habitants. Et pourtant, alors qu’il est loin derrière le Nord ou Paris, qui dépassent largement les 200 malades pour 100.000 habitants (respectivement 206 pour le Nord et 273,5 pour Paris), ce département méditerranéen inquiète. Car le taux d’incidence y est particulièrement élevé chez les personnes les plus âgées, avec par exemple 290 cas pour 100.000 habitants chez les individus de plus de 90 ans. Des chiffres similaires à la ville de Toulouse (299,3), mais loin de ceux de la capitale (123,9).

Lire aussi

La mortalité est, elle aussi, radicalement différente en fonction des régions. Toujours selon la même source, dans la région Grand Est, pourtant particulièrement touchée par la première vague du coronavirus, on recense 44 décès pour 100.000 habitants. C’est bien mieux qu’en région PACA, où il y a eu 154 morts pour 100.000 habitants ou en Ile-de-France (117,3). C’est pourquoi, si Etienne Simon-Lorière note que le virus en lui-même est similaire, le "contexte" dans lequel il se propage peut, lui, être différent. 

Des facteurs multiples entrent en jeu

S'il n'existe pas aujourd'hui deux virus différents qui toucheraient notre territoire, les chiffres prouvent que la dynamique et l'impact de l'épidémie ne sont pas homogènes. Une réalité statistique qui peut s'expliquer par un bon nombre de facteurs. La démographie est notamment susceptible d'entrer en ligne de compte, tout comme le développement d'importants clusters ou l'organisation spatiale. Paris, très touchée, compte ainsi un peu plus de 21.000 habitants au kilomètre carré. Une densité bien supérieure à celle de Marseille, où l'on ne compte "que" 3.500 habitants au kilomètre carré. 

Sans doute faut-il aussi se pencher sur des aspects socio-économiques pour expliquer ces différences. Ce qu'a tenté de faire dans ses travaux l'Institut fédératif d’études et de recherches interdisciplinaires santé société (Iferiss). Il notait début juillet que "la France est caractérisée par l’existence d’inégalités sociales en matière de santé. En l’occurrence, plus les sujets vivent dans des conditions défavorisées, plus ils souffrent de pathologies et décèdent jeunes. Ces inégalités sont observées dans beaucoup de pathologies, chroniques comme infectieuses". Dès lors, "il n’y a aucune raison de penser que la situation soit différente dans le cas de l’infection au Covid-19".

Spécialiste des inégalités sociales dans le domaine de la santé, l'épidémiologiste Michelle Kelly-Irving rappelle que "durant le confinement, on a observé une distribution différente de la mortalité" en fonction des inégalités sociales. "Si les sous-populations susceptibles d’être fragilisées par cette crise et ses multiples aspects sont nombreuses, beaucoup des facteurs d’inégalités affectent en réalité les mêmes populations. Ces dernières sont associées à une « double » ou une « triple peine » face au Covid", indiquait la Drees dans une étude sur le sujet dévoilée cet été.

Pour analyser au mieux ces disparités, Michelle Kelly-Irving souligne toutefois que "les données manquent aujourd'hui", empêchant un suivi et une analyse très fine de l'épidémie. "Il y a des dynamiques populationnelles qui sont présentes, socio-économiques notamment, qui sont en partie déterminantes par rapport à qui est exposé ou infecté", note-t-elle, "et on n'a quasiment aucune information à ce sujet."

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : près de 50.000 nouveaux cas détectés en 24 heures

Reconfinement : le mode d’emploi des attestations de déplacement

CARTE - Reconfinement : regardez jusqu’où vous pouvez sortir autour de chez vous

EN DIRECT - Attentat de Nice : la ville se recueille près de la basilique

Un puissant séisme secoue l'ouest de la Turquie, au moins 14 morts

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent