Trouve-t-on vraiment des nanoparticules dans le vaccin Pfizer ?

Des nanoparticules lipidiques sont bien présentes dans le vaccin à ARN de Pfizer.

COMPOSITION - Des internautes soulignent que les vaccins Pfizer contiennent des nanoparticules, ce qui donnerait raison aux lanceurs d'alertes taxés de complotisme. Si leur présence est bien réelle, leur rôle se révèle totalement incompris.

Malgré les débuts de la campagne vaccinale, le climat anti-vaccin reste fort. Début février, une enquête dévoilée par Ouest-France indiquait ainsi que 41% seulement des Français comptaient se faire vaccine. Des messages se sont multipliés ces derniers mois, prêtant une dangerosité du sérum pour les patients, assurant notamment à tort que leur composition était inconnue. Aujourd'hui, c'est un autre élément qui est mis en avant : le fait que le vaccin développé par Pfizer contiendrait en effet des nanoparticules. 

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Un terme qui inquiète les internautes et fait référence à une série de théories ayant fleuri sur le net ces derniers mois. L'une des plus répandues dresse un parallèle avec le déploiement des réseaux téléphoniques 5G. Une technologie qui permettrait l'activation des fameuses nanoparticules inoculées dans notre organisme par le vaccin, et qui pourrait (selon diverses thèses) inoculer le virus, ou permettre de suivre à la trace tous les individus. Quand il ne s'agit pas de réaliser un fichage à grande échelle des populations. Abordées par le documentaire conspirationniste Hold-Up, dont LCI a rappelé les nombreux arrangements avec la réalité, les nanoparticules sont invoquées régulièrement dans la sphère complotiste. Mais si leur utilisation par Pfizer est bien avérée, il n'est ici en aucun cas question d'une technologie numérique : nous avons en effet affaire à des lipides d'une taille infime, conçus pour protéger l'ARN messager des vaccins.

Un composant comme un autre

Dans l'imaginaire collectif, les nanoparticules évoquent le domaine informatique ou la science-fiction. Le lien qui est fait avec la 5G surfe sur cette image, et renvoie à l'idée de puces que l'on injecterait sous la peau. Une déformation de la réalité puisque le terme de nanoparticule sert en effet uniquement à qualifier des objets de nature diverses mais qui partagent une même taille. Des objets qui ont en commun de se mesurer en nanomètres (un millionième de millimètre), une échelle minuscule. 

Le vaccin développé par Pfizer a bien recours à des nanoparticules et n'a jamais cherché à la cacher. Leur rôle est le suivant : permettre à l'ARN messager, très fragile, d'entrer dans les cellules afin d'y être lu et que notre corps puisse assurer la production de protéines destinées à lutter contre le virus. Sachant que les morceaux d'ARN "ont tendance à se morceler en quelques heures", et ce "encore plus rapidement s’ils rencontrent des enzymes, abondantes dans le sang et à l’intérieur des cellules [...] il a donc fallu trouver une façon de garder ces fragments intacts entre le moment de l’injection et le moment où il se fait « lire » dans la cellule", résume l'agence canadienne Science Presse. "C’est là qu’interviennent les nanoparticules."

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Une enveloppe pour protéger l'ARN

Pour garantir une protection à l'ARN, "les développeurs des vaccins ont dû 'emballer' les segments d’ARN dans une enveloppe protectrice, une petite bille, ou plutôt une nanocapsule. Cet emballage est fait de lipides, les mêmes qui constituent le matériau principal des membranes de toutes nos cellules", ajoute l'agence. "Ces nanoparticules de lipides ont un double avantage : non seulement elles protègent le segment d’ARNm de la destruction pendant sa livraison, mais en plus, comme elles sont faites du même matériau que la surface des cellules, elles peuvent facilement s’y fusionner et libérer leur contenu à l’intérieur."

Ces enveloppes de lipides, on les nomme parfois les "liposomes", sont bien connues. Le site Biologie de la peau, tenu par plusieurs chercheurs, souligne que "ces particules sont depuis de nombreuses années utilisées comme outils pour la biologie, la biochimie et la médecine en tant que transporteurs de principes actifs thérapeutiques ou d’agents d’imagerie. Leur caractère non toxique et biocompatible fait de ces colloïdes des systèmes intéressants pour les applications in vivo." Futura Santé, qui a listé différentes applications des liposomes, note qu'ils peuvent "contenir un agent antimicrobien qui sera délivré par fusion avec la paroi bactérienne". Et prend l'exemple de la morphine, qui peut "être encapsulée dans des liposomes pour être administrée à un endroit précis".

En résumé, il est donc tout à fait exact que des nanoparticules sont utilisées par Pfizer dans son vaccin à ARN. Il s'agit de membranes de lipides qui servent à acheminer les fragments d'ARN et à les libérer dans notre corps sans qu'ils soient altérés. Leur utilisation est justifiée par la grande fragilité de l'ARN, qui serait détruit rapidement une fois injecté sans cette protection, l'empêchant d'agir efficacement. Les théories qui évoquent une dangerosité de ces particules sont infondées, tout comme celles qui établiraient un lien avec la 5G.

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