Plus virulents, plus mortels, plus résistants... Le vrai du faux sur les variants du Covid-19

Plus virulents, plus mortels, plus résistants... Le vrai du faux sur les variants du Covid-19

ZOOM - Qu’ils proviennent du Royaume-Uni, d’Afrique du Sud ou du Brésil, les variants viennent perturber la gestion de l’épidémie de Covid-19. Que sait-on vraiment ? Provoquent-ils des réinfections ? Résistent-ils aux vaccins ? Thibault Fiolet, doctorant en épidémiologie, démêle le vrai du faux.

C’est la nouvelle inquiétude autour de la pandémie de Covid-19 : les variants. Depuis plusieurs semaines, face à leur apparition partout sur la planète, les pays se replient sur eux-mêmes et augmentent leurs restrictions. En France, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, estime que les variants "changent complètement la donne".  Mais sont-ils vraiment plus dangereux ? Quelles sont leurs particularités ? LCI démêle le vrai du faux.

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Le variant brésilien provoque-t-il des réinfections ?

À NUANCER. Au Brésil, dans l’État d’Amazonas, un nouveau confinement démarre ce lundi. En cause, une explosion des cas, après une première vague au printemps dernier. À Manaus, la capitale de cet État, la flambée des contaminations submerge les hôpitaux, tandis que le nombre de décès en janvier y est le plus élevé depuis le début de la pandémie. Pourtant, selon une étude publiée dans Science, 76% des habitants de la ville avaient contracté le virus en octobre, et sont donc, en théorie, immunisés contre une nouvelle contamination.

Alors le variant brésilien, suspecté d’être responsable de cette deuxième vague, pourrait-il être à l’origine de réinfections ? "Pour le savoir, il faut tester le plasma des personnes infectées, qui contient les anticorps, sur le variant", explique à LCI l’épidémiologiste Thibault Fiolet. "Si les anticorps neutralisent le variant brésilien, alors cela signifie qu’il y a une potentielle protection contre une réinfection. Mais pour le moment, aucun résultat n’a été rendu public."

Pourtant, la ville de Manaus semble bien être le symbole d’une nouvelle flambée épidémique. "Même si une grosse partie de la population a déjà été infectée cet été, la pandémie continue", constate l’épidémiologiste. "Toutefois, il n’est pas précisé si les nouveaux cas se situent chez des personnes déjà infectées auparavant ou si ce sont de nouveaux patients", explique-t-il. "Si les personnes contaminées avaient déjà subi une première infection, ce serait alors plutôt inquiétant. Mais si ce sont de nouvelles personnes, cela voudrait simplement dire que le seuil d’immunité collective est plus élevé que 76%. Pour le moment, il est donc compliqué d’affirmer avec certitude que le variant brésilien provoque des réinfections."

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Covid-19 : le mirage de l'immunité collective à Manaus au Brésil ?

Le variant britannique est-il plus mortel ?

VRAI. Autre variant qui suscite l’inquiétude : le britannique, détecté dans une soixantaine de pays, dont la France. Le Premier ministre Boris Johnson a prévenu vendredi 22 janvier : ce nouveau variant "peut être lié à un degré plus élevé de mortalité". "Public Health England a publié un rapport qui détaillait plusieurs analyses sur la mortalité. Il a effectivement été constaté que chez les personnes infectées par le variant anglais, la mortalité était accrue", explique Thibault Fiolet. "En effet, par des méthodes différentes et sur des groupes différents de population, il y a une association statistique avec une augmentation de la mortalité."

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Ce variant avait déjà été décrit comme plus contagieux. Mathématiquement, le nombre de cas augmente dans toutes les tranches d’âge de la population, et donc les décès également. Mais cette "mortalité accrue" pourrait être surtout due à une plus forte virulence du virus. "Attendons encore les analyses en laboratoire avec les propriétés virologiques du variant", demande l’épidémiologiste, mais il est "sans doute plus virulent" que la souche habituelle. "Toutefois, dans le rapport, il est écrit que le risque absolu de mourir en étant infecté par le variant reste bas : il ne faut donc pas s’affoler." Pour l’heure, les vaccins restent efficaces contre ce variant britannique.

Le variant sud-africain est-il plus résistant aux vaccins ?

VRAI. En revanche, pour le variant sud-africain, lui aussi détecté en France, il n’est pas certain que les remèdes développés par Pfizer ou encore Moderna soient totalement efficients. "Dans une étude encore non validée, diffusée en pré-print, les anticorps dans le plasma des personnes vaccinées ont été récupérés", explique Thibault Fiolet. "Lorsqu’ils sont placés sur des virus qui imitent le variant sud-africain, il a été constaté une réduction de la capacité des anticorps à le neutraliser", ce qui signifie que les vaccins pourraient être moins efficaces.

"Cependant, la réduction est assez modeste", tempère l’épidémiologiste. "Même si elle est diminuée, l’activité de neutralisation du virus peut continuer. En outre, les effectifs des essais sont petits, l’étude n’ayant été réalisée que sur une vingtaine de volontaires, même si cela apporte tout de même des informations. Mais pour le moment, nous ne pouvons pas du tout dire que les vaccins sont inefficaces contre le variant sud-africain."

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