Pourquoi les tests sérologiques sont-ils réservés aux soignants ?

Des tests Covid-19 réalisés au sein d'un laboratoire, le 22 avril 2020.
Santé

DÉCRYPTAGE - Le gouvernement a enclenché une phase de tests massive des Français susceptibles d'être atteints par le virus. En revanche, un second type de tests - les test dits "sérologiques" - sont, eux, réservés aux soignants. Pourquoi cette distinction ? Voici les explications du Dr Kierzek, médecin urgentiste et consultant santé à LCI.

Des tests au moindre symptôme. Le gouvernement a lancé mardi soir un appel à tous les Français qui estimeraient être atteints par le Covid-19. Ceux-ci doivent faire l'objet d'un test dit PCR - celui où un écouvillon est plongé dans le nez. En revanche, seuls les soignants peuvent bénéficier de tests sanguins dits "sérologiques". Pourquoi cette différence ? Et pourquoi ne pas permettre à tout le monde de faire cette seconde catégorie de tests - souhaitée pourtant par certains virologues ? 

Le docteur Kierzek, médecin urgentiste, consultant santé à LCI et TF1, et auteur de Coronavirus : comment s’en protéger*  , nous apporte plusieurs éléments de réponse.

LCI : Pouvez-vous d’abord rappeler la différence entre tests PCR et tests sérologiques ? 

Les tests PCR interviennent à la phase aiguë de la maladie. Ils déterminent si une personne est contaminée et donc contagieuse ou non. Si elle est positive, il existe un risque de contagion donc il faut l’isoler pendant 14 jours pour éviter d’étendre la maladie. Au contraire, les tests sérologiques sont effectués après la phase aigüe pour déterminer si la personne a été en contact avec la maladie. Si la réponse est positive, on ignore encore si elle en est protégée ou non mais elle n’est a priori plus contagieuse.

Le gouvernement souhaite réserver ces tests sérologiques aux soignants, pourquoi ? 

Sur la sérologie, le gouvernement n’est pas très clair parce que les études scientifiques ne le sont pas non plus ! Il y a déjà eu trois rapports prudents de la part de la Haute Autorité de Santé en la matière. Ce n’est pas très clair parce qu’il existe une multitude de tests sérologiques, tous ne sont pas validés. Ce n’est pas très clair parce qu’on ne sait pas si le coronavirus induit une production  systématique d’anticorps dans l’organisme. Et ce n’est pas très clair, enfin, parce que même lorsqu’il génère des anticorps, on ne sait pas s’ils sont protecteurs et la durée de protection. Le risque pour les autorités de santé est de donner des consignes de déconfinement simplistes et potentiellement dangereuses qui consisteraient en : "si la sérologie est positive on peut déconfiner en toute sécurité. Et, corollaire, on relâche les mesures barrières. " C’est ici le risque ; si les gens se savent positifs au coronavirus, la tentation serait grande de se sentir protégé et de relâcher son attention. C’est surtout ce qu’il ne faut pas faire. 

Ne tester que les soignants avec le test sérologique poursuit plusieurs buts. Cela a une visée épidémiologique, savoir si le virus a circulé ou non en population soignante. Il est aussi possible de se dire que si beaucoup de soignants ont développé ces anticorps, ils sont potentiellement protégés, ce qui peut être intéressant. Enfin, cela permet d’avoir une population sensibilisée à qui il est plus facile de dire que, même si la sérologie est positive, ce n’est pas une garantie absolue et donc il ne faut pas relâcher les mesures barrières.

Tant que l’on ne dispose pas de certitude sur les anticorps, démocratiser ces tests sérologiques donnerait une impression de fausse sécurité. - Dr Gérald Kierzek

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Mais le gouvernement n’est-il pas trop frileux sur cette question, à l’instar des masques précédemment ? 

Ce n’est pas la même chose. Pour les masques cela avait des conséquences d’être trop prudents : pendant ce temps les gens se contaminaient. Là, les tests sérologiques ne servent pas à bloquer l’épidémie ou au contraire à l’accélérer. Ce n’est qu’une photographie a posteriori. 

Selon la littérature scientifique sur le sujet et les recherches, on ne sait pas si toutes les personnes en contact avec le coronavirus fabriquent des anticorps, et le cas échéant s’ils le sont en même quantité. On ignore également si ces anticorps sont protecteurs ni même combien de temps dure une telle protection. Cela fait donc beaucoup de "si".  Tant que l’on ne dispose pas de certitude sur les anticorps, démocratiser ces tests sérologiques donnerait une impression de fausse sécurité. Imaginez qu’il n’y ait pas de protection, cela aurait des conséquences potentiellement dramatiques. C’est pour cela que je pense qu’il faut être prudent, d’autant que cela n’a pas de conséquences sur la diffusion du virus. 

Dans un monde idéal, on teste tout le monde avec les deux tests. Cela permet de mettre la population dans 4 cases (positif-positif, négatif-négatif, positif-négatif et négatif-positif). Cela permettrait d’adapter les mesures à chaque catégorie. Mais cela est dans un monde idéal, avec des sérologies fiables et des anticorps protecteurs. Pour l’instant, on n’en est pas sûrs du tout.

*L'intégralité des droits de l'ouvrage sera reversé à l'Institut Pasteur

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