Coronavirus : qu’est-ce que cette "deuxième vague" dont a parlé Emmanuel Macron ?

Coronavirus : qu’est-ce que cette "deuxième vague" dont a parlé Emmanuel Macron ?
Santé

EPIDÉMIE - L'épidémie de Covid-19 progresse et le nombre de patients gravement atteints augmente au rythme de la propagation. Parmi les sujets en réanimation sont apparus des sujets plus jeunes, et moins fragiles.

Une "deuxième vague". Lors de son allocution télévisée de jeudi, Emmanuel Macron a envisagé en ces termes un épisode 2 à l'épidémie de coronavirus. Comme une seconde déferlante, qui après avoir fait des milliers de contaminés et presque 80 morts en France, "touchera des personnes plus jeunes, a priori moins exposées à la maladie, mais qu’il faudra soigner également". De quoi s'agit-il ?

Oui, le coronavirus touche toutes les tranches d'âges

"Les études internationales nous montrent que si les personnes fragiles sont les plus à risque de développer une forme grave d’infection au Coronavirus, l’ensemble de la population peut également être concernée", confirme la Direction générale de la Santé (DGS), contactée par LCI. Elle confirme également que "quelques cas d’infection grave au Coronavirus chez des patients hors personnes âgées ou fragiles ont effectivement été constatés dans d’autres pays". 

Pour Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, il n'y a aucun doute sur cet élargissement du public cible de la maladie. "Oui, on observe des patients jeunes parmi les cas gravement atteints par le Covid-19, mais on n'est pas surpris !" assure-t-elle à LCI. L'urgentiste est formelle : "On l’avait vu - et dit - dès le début de l’épidémie : le virus peut toucher n’importe quel patient, même sans comorbidité (sans présenter de pathologie augmentant les risques, ndlr)".

Des propos entièrement corroborés par Mathias Wargon, directeur des Urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis. "Dans toutes les séries de malades du Covid-19, dès le départ, en Chine, il y a eu des patients jeunes", nous explique-t-il. Agnès Ricard-Hibon rappelle d'ailleurs, au sujet du premier couple de Chinois hospitalisé à Paris, que le mari était âgé d'une trentaine d'années et ne présentait pas d'antécédents médicaux. "Présenté comme un cas léger au départ, son état s’était aggravé en deuxième semaine et il avait été placé en réanimation", se souvient la doctoresse. "Mais il s'en est sorti. Les chances de survie des patients plus jeunes et sans pathologies sont tout de même nettement meilleures".

Oui, il y a plus d'admissions de cas graves ces derniers jours

Mais selon une source hospitalière souhaitant rester confidentielle, "les cas de patients entre 30 et 40 ans dans un état grave seraient d’ores et déjà plus nombreux que ce que l’on pensait" parmi les prises en charge de l'AP-HP. Mathias Wargon nous le confirme. "J’ai des retours de confrères exerçant en réanimation qui ont déjà des jeunes sujets", confirme le docteur en définissant "jeunes" par moins de 70 ans. La Dr Ricard-Hibon ne peut se prononcer sur les admissions en réanimation mais affirme pour sa part observer "une augmentation des cas graves dans les prises en charges des équipes médicales du SAMU". 

Si leur nombre "augmente", proportionnellement aux sujets très âgés, c'est aussi, selon le Dr Wargon, parce que la réanimation n’est pas toujours la meilleure solution. "La réa est parfois trop violente physiquement pour que ce soit un réel bénéfice pour les personnes fragiles, qui risque de connaître une plus grande souffrance dans ce service qu'avec un autre accompagnement", précise-t-il. "Alors qu'un patient plus jeune et en bonne santé peut encaisser sans problème une intubation et un lourd traitement médical".

Mais le coronavirus n'est pas une exception. "Tous les ans, des jeunes ou des femmes enceintes meurent de la grippe. Tous les ans, des adultes de 30 ou 40 ans, sans maladie chronique, vont en réanimation à cause de la rougeole", soutient Mathias Wargon. Il y en a moins que des patients âgés mais, selon lui, "il y a un biais de perception" : voir des jeunes sujets malades nous frappe plus, on se focalise alors sur eux, on pense alors que la situation est plus grave. Ce qui n'est pas toujours le cas.

Non, la "seconde vague" ne va pas engloutir les jeunes

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"On est dans la phase ascendante de l’épidémie. Forcément, le nombre de contaminés augmente", commente Agnès Ricard-Hibon. "Et plus le nombre de cas global augmente, plus le nombre de cas graves augmente !", ajoute-t-elle en insistant sur le caractère mécanique de la progression.

D'après les deux scientifiques interrogés, au début d'une épidémie, seuls les plus gravement touchés - en majorité des personnes fragiles - sont visibles. Plus la propagation du virus avance, plus le profil des personnes gravement touchées se diversifie. "D'après les données statistiques internationales, ni la Chine ni l'Italie n'ont vu une 'seconde vague' soudainement contaminer les personnes plus jeunes", tient d'ailleurs à rassurer Mathias Wargon.

Le docteur devance ensuite les inquiétudes : "L'augmentation de cas jeunes en réanimation ne veut pas dire qu'on va devoir choisir entre les patients". Pour l’instant, d'après lui, les hôpitaux ne sont pas débordés. "Si on est dépassé, on verra comment cela se passe, mais pour l’instant la question ne se pose pas", affirme-t-il. Pour la Dr Ricard-Hibon, "il faut que les gens sachent que le système du SAMU [non plus] n'est pas du tout saturé". Pour elle, la meilleure solution pour que le système santé puisse prendre en charge les cas sévères, reste d'éviter au maximum d'encombrer les urgences et les hôpitaux. "Alors appelez le 15, on sera là".

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