Risque de reprise de l'épidémie : fallait-il reporter la rentrée ?

Risque de reprise de l'épidémie : fallait-il reporter la rentrée ?

RETOUR EN CLASSE - Après deux semaines de vacances marquées par les fêtes de fin d'année, le gouvernement a exclu tout report de la rentrée ce lundi 4 janvier. Alors que l'épidémie de Covid-19 menace de repartir en France, la fréquentation des écoles risque-t-elle de l'accélérer ? Les scientifiques ne sont pas tous d'accord.

Pour des millions d'écoliers, les vacances de Noël prennent fin ce lundi. Le retour en classe, synonyme de brassage plus important de la population, inquiète certains spécialistes, qui plaident même pour un report de la rentrée, alors que l'épidémie semble regagner du terrain en France. "Ne commettons pas la même erreur que lors de l'arrivée de la première vague en Italie, pas de procrastination en Europe : ne rouvrons pas les écoles début janvier", appelle notamment le Pr Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de Genève, sur Twitter.

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En cause, notamment, la mutation du virus détectée au Royaume-Uni. Cette souche suscite beaucoup d'inquiétudes. La société anglaise de pédiatrie a même du démentir qu'elle avait provoqué une explosion des hospitalisations d'enfants au Royaume-Uni.  après que l'infirmière en chef d'un hôpital de Londres a alerté les médias. Pour autant, l'explosion du nombre de cas dans l'ensemble de la population a contraint les autorités à prendre des mesures strictes et de reporter la rentrée scolaire dans une partie du pays.

Laissons les enfants aller à l'école, ils en ont besoin- Fabienne Kochert, présidente de l'association française de pédiatrie ambulatoire

Faut-il prendre une décision similaire en France, alors que les températures ne cessent de baisser et que l'effet des fêtes de fin d'année menace de se faire rapidement sentir sur le nombre de contaminations ? Pour Fabienne Kochert, présidente de l'association française de pédiatrie ambulatoire, il n'en est pas question. "D'après les dernières données que nous avons, il n'y a pas d'indication à remettre en cause la rentrée scolaire", explique la pédiatre à LCI. "Les écoles étaient restées ouvertes jusqu'aux vacances, et il n'y a pas eu de grosse catastrophe", rappelle-t-elle. "Avec le variant, il se dit que le virus serait un peu plus contagieux entre les enfants, mais même les infectiologues anglais que nous avons interrogés nous répondent qu'ils n'en savent pas assez."

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En ce sens, "pour l'ensemble de la communauté pédiatrique, le plus important est que les écoles restent ouvertes", demande Fabienne Kochert, qui rappelle que le rôle des mineurs dans la propagation de l'épidémie demeure faible. "Ce ne sont pas les enfants eux-mêmes qui seraient incriminés pour propager davantage le virus", assure-t-elle.

Elle insiste également sur le protocole sanitaire en vigueur dans les établissements scolaires. "Depuis le reconfinement, les mesures barrières sont extrêmement efficaces dans les écoles : le port du masque, l'hygiène renforcée des mains… Tout cela fonctionne : il n'y a pas d'épidémie de bronchiolite, de gastro ou de grippe. Ce ne sont donc pas les enfants dans les écoles qui sont à l'origine de la dissémination du virus. Laissons-les aller à l'école, ils en ont besoin."

Nous risquons de voir l'épidémie repartir en flèche à cause des fêtes- Philippe Amouyel, professeur de santé publique

La question divise toutefois la communauté scientifique. Le Pr Robert Cohen, président du Conseil national professionnel de pédiatrie, appelle à une "vigilance supplémentaire sur les enfants" à cause du variant britannique. "En l'état actuel, nous ne préconisons pas de fermeture des écoles", indique-t-il au Parisien, mais "il y a une voie à trouver, qui passe par un dépistage plus massif chez les jeunes, sans aller jusqu'à fermer les classes."

Philippe Amouyel, professeur de santé publique, explique de son côté à LCI qu'"en elle-même, l'école n'est pas un foyer de contaminations. En revanche, ce sont tous les mouvements qu'il y a autour : les parents accompagnent leurs enfants, voient leurs amis, les adolescents restent à la sortie de l'école…" Ce genre de comportement pourrait accélérer les contaminations, d'autant que selon lui, la France se trouve actuellement "dans une phase où nous risquons de voir l'épidémie repartir en flèche à cause des fêtes".

En ce sens, fermer les écoles provoquerait une réduction de "la circulation des individus". "Le report de la rentrée permettrait en effet de gagner du temps dans la course à laquelle nous allons assister à cause des rencontres lors des fêtes", mais "il faudrait alors reprendre l'école très vite", insiste-t-il. "La situation actuelle est très critique, il faut surtout éviter une montée très rapide de la vague", avertit Philippe Amouyel, qui plaide plutôt pour un renfort des mesures de couvre-feu ou un retour du confinement "compatible" avec l'ouverture des salles de classe.

La rentrée aura lieu comme prévu. On va déployer encore plus fortement les tests- Jean-Michel Blanquer

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Rentrée scolaire : le gouvernement exclut tout report mais appelle à la vigilance

Le gouvernement, lui, joue la prudence mais exclut tout report de la rentrée. Celle-ci se déroulera "comme prévu" avec le "protocole sanitaire renforcé", a insisté Jean-Michel Blanquer, ajoutant que des tests de dépistages seront déployés "encore plus fortement" dans les lycées. "Il faut être vigilant", a renchéri sur LCI Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement. "A ce stade, ni la société française de pédiatrie, ni le conseil scientifique n'ont recommandé au gouvernement de retarder la rentrée scolaire" 

Jean-Michel Blanquer a néanmoins laissé la porte ouverte à des mesures différenciées selon les régions. "Si les choses devaient s'aggraver dans certains départements on pourrait prendre des mesures spécifiques, a-t-il expliqué sur BFMTV dimanche. A ce stade, cependant, ce n'est pas envisagé".

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