Un nouveau variant "alsacien" ? Une dénomination abusive

Ce n'est pas en Alsace que ce variant a été initiallement découvert.

CHOIX DES MOTS - Des articles mentionnent la découverte d'un variant dit "alsacien", mais le choix de cette expression pose problème, car le variant en question a déjà été observé à l'étranger auparavant.

Surveillés de près, les variants se trouvent aujourd'hui au cœur de l'attention. Susceptibles d'être plus contagieux, de toucher davantage des publics jusqu'alors peu exposés, ils font l'objet d'analyses fines afin de mesurer leur propagation et leurs déplacements sur le territoire. 

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Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

La France fait partie des pays où l'on observe aujourd'hui une prédominance du variant britannique. Une souche qui contribue activement à l'aggravation de la situation sanitaire, mais qui n'est pas nécessairement la seule à circuler dans l'Hexagone. Les médias ont ainsi rapporté l'existence d'un "variant alsacien". Une dénomination qui laisse à penser qu'il trouve sa source dans le Grand Est, mais qui se révèle pourtant trompeuse.

Déjà détecté par le passé

La presse régionale a relaté dans ses colonnes que le CHU de Strasbourg a été alerté par des dépistages réalisés via des tests PCR. L'un des marqueurs, dont la présence était attendue dans les résultats, n'était en effet pas identifié. De quoi mettre la puce à l'oreille des spécialistes, qui ont finalement expliqué ces résultats par le fait qu'il s'agisse d'une souche différente de celles observées d'ordinaire. 

En pratique, ils ont constaté une mutation sur une enzyme, partie prenante dans le processus de multiplication du virus. Un variant identifié par les équipes alsaciennes, donc, et dont la présence a fait l'objet d'un signalement à l'Agence régionale de santé. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il faille parler d'un variant "alsacien".

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La professeure Samira Fafi-Kremer, en charge du laboratoire de virologie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, a tenu à préciser que le CHU n'avait pas identifié une souche jusqu'alors inconnue. "On l’a juste mise e en lumière", a-t-elle glissé, expliquant la manière dont s'était déroulé le processus. "Nous avions des résultats discordants [...] On a envoyé nos résultats aux CNR (Centres nationaux de référence) qui ont confirmé la mutation et on a constaté que le variant circulait déjà un peu partout dans le monde, surtout en Europe", précise-t-elle à 20 Minutes.

En résumé, ce variant n'est pas plus alsacien qu'un autre, et ne circule d'ailleurs que très peu dans la région. Les spécialistes rappellent régulièrement que de nouveaux variants voient le jour quotidiennement, et qu'il s'agit d'un processus habituel dans le cycle de vie des virus. Des souches qui évoluent, mais qui ne deviennent pas toujours pour autant plus dangereuses ou transmissibles. Santé Publique France effectue un suivi très poussé des variants, qu'il classe en 3 catégories, inspirées d'une nomenclature de l'OMS : variant préoccupant, variant à suivre, variant en cours d’évaluation. Le "préoccupant", comme son nom l'indique, est d'autant plus scruté qu'il est jugé potentiellement plus dangereux, à l'instar de celui dit "anglais".

Ce n'est pas le cas du variant identifié à Strasbourg, dont les équipes du CHU précisent qu'il a été détecté sur des personnes  ne faisant pas l'objet d'une hospitalisation grave, et qui ne présentaient généralement que très peu de symptômes. Notons enfin qui si ce variant "alsacien" n'en est pas un, il existe celui qualifié de "variant Henri-Mondor", du nom de l'hôpital parisien où il a été identifié. Celui-ci est porteur de mutations susceptibles de le rendre plus transmissible ou potentiellement en mesure de se révéler moins sensible aux vaccins. Des caractéristiques qui poussent les autorités sanitaires françaises à le maintenir sous étroite surveillance.

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