Coronavirus : virus breveté, arme biologique et soupe chinoise... attention aux théories conspirationnistes

Ce samedi, dans notre rubrique infox, nous démêlons le vrai du faux des rumeurs qui circulent sur Internet concernant les remèdes contre le coronavirus.
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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

A LA LOUPE - L'épidémie du nouveau coronavirus donne lieu aux théories les plus folles. Ce virus aurait été créé par les Américains comme arme biologique, ou élaboré avec la complicité des laboratoires pharmaceutiques, ou encore c'est une soupe à la chauve-souris qui aurait contaminé le premier homme infecté. LCI fait le point.

L'arrivée d'un nouveau coronavirus alimente toutes sortes de théories conspirationnistes. A travers le monde, de nombreux citoyens estiment que l'épidémie, partie du centre de la Chine, n'est pas arrivée par hasard. Petit tour d'horizon des fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux.

Le virus aurait été breveté il y a plusieurs années

L'idée que l'épidémie à laquelle nous faisons face est une création des laboratoires pharmaceutiques apparaît sous de multiples formes. Le but serait toutefois toujours le même : engranger un maximum de bénéfices en proposant des traitements, voire même des vaccins.

Aux Etats-Unis, un candidat républicain aux sénatoriales de 2020, défend cette thèse. Sur Facebook, il assure que le nouveau coronavirus a déjà été breveté il y a plusieurs années par l'institut Pirbright, un laboratoire de recherche britannique. Pour preuve, il publie une copie de l'inscription au bureau des brevets européens datant... de 2015.

L'homme politique n'a pas usé de Photoshop mais il se trompe de virus, car il n'existe pas un, mais des coronavirus. Les coronavirus se classent en quatre familles, certains sont inoffensifs, d'autres mortels. Très peu affectent les humains, le nouveau coronavirus, nommé pour le moment Coronavirus 2019_nCov, est seulement le septième connu. On compte également le SRAS ou encore le MERS. 

L’appellation coronavirus "vient de leur conformation avec l’observation de spicules formant une sorte de couronne", explique Jeanne Brugère-Picoux professeur à l'Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. "Le premier coronavirus identifié fut celui de la bronchite infectieuse aviaire en 1931 aux Etats-Unis", mais il faut attendre les années 60 pour découvrir les premiers coronavirus chez l'homme. 

Il n'est donc pas étonnant qu'un laboratoire de recherche, qui plus est spécialisé dans les maladies infectieuses touchant le bétail, ait déposé ce brevet. Il s'agit de l'invention d'une forme atténuée d'un coronavirus touchant notamment les faisans et qui pourrait servir de vaccin contre des bronchites infectieuses aviaires. Aucun lien avec les humains.

Un vaccin existerait depuis le début de l'épidémie

Dans la même veine, des internautes remettent en doute l'origine de l'épidémie en montrant les preuves qu'un vaccin contre le virus a été testé le 1er janvier de cette année, soit aux prémices de la contagion. Si certains estiment que le but est de vendre ces vaccins et d'enrichir les industries pharmaceutiques, d'autres estiment que c'est ce vaccin qui a déclenché l'épidémie. 

Là encore, ces tests ne concernent pas le coronavirus 2019 n_Cov, mais le MERS, un virus pouvant infecter les humains, découvert en 2002 au Moyen Orient. Ils sont d'ailleurs réalisés à Riyad, en Arabie Saoudite, à des milliers de kilomètres de Wuhan, l'épicentre de la maladie.

Une arme biologique américaine

Une autre théorie veut que ce nouveau coronavirus ait été créé par les Américains, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. En Russie, un expert en biochimie de l'Armée défend cette thèse et la justifie très simplement. "La Chine est entourée de laboratoires militaires américains, et il y a un consulat américain à Wuhan, son personnel a pu aisément introduire la dangereuse cargaison en République populaire de Chine", a avancé Igor Nikulin en conférence de presse, selon l'agence de presse russe RIA Novosti.

Dans d'autres médias, ce même expert estime qu'il existe au total 400 laboratoires secrets américains, au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Afghanistan, au Pakistan, à Taiwan, aux Philippines, en Corée du Sud et au Japon. Loin de leur pays, les scientifiques se moqueraient des conséquences sur les populations locales.

Ce n'est pas la première fois qu'Igor Nikulin accuse les Etats-Unis sans preuve. Il assurait en 2018 que l’empoisonnement de l'ancien espion russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury en Angleterre - était un coup des Américains. L'enquête du Royaume Uni pointe, elle... la Russie. Le pays avait même expulsé les diplomates russes.

Une arme chinoise

Les Américains ne sont pas en reste en terme de diffusion de fausses informations. Un site d'extrême droite Zero Hedge y assure que le virus est une création d'un scientifique chinois travaillant pour l'institut d'épidémiologie de Wuhan. Dans un article, il dévoile même l'identité, l'adresse mail et le téléphone du chercheur.

Le chercheur en question tente, en réalité, de comprendre comment les chauve-souris sont porteuses de coronavirus sans pour autant développer de maladie. Un communiqué de l'institut détaille ces recherches.  S'il a été prouvé que le nouveau coronavirus a pour ancêtre le coronavirus de la chauve-souris HK9-1, c'est également le cas de multiples coronavirus, et la majorité n'ont aucune incidence sur l'homme.

Un autre argument repose sur le logo de l'institut qui ressemble à celui d'"Umbrella Corporation", une agence secrète responsable de la création d'un virus à l'origine de zombies dans le jeu vidéo Resident Evil. Si certains ont trouvé la comparaison amusante, d'autres y voient le signe d'un complot.

En réalité, le logo au parapluie n'a même aucun lien avec celui de l'institut d'épidémiologie de Wuhan. Il correspond à celui d'une entreprise de biotech de Shanghai - Shanghai Ruilan Bao Hu San Biotech Limited - située à des centaines de kilomètres de l'épicentre du coronavirus 2019 n_Cov.

La situation a conduit à la suspension du compte Twitter de Zero Hedge, vendredi 31 janvier. "Le compte a été supprimé de manière permanente pour violation de la politique de notre plateforme" a expliqué un porte-parole de Twitter à nos confrères de BuzzFeed News, évoquant de la "manipulation"..

Une soupe chinoise à l'origine de la contamination

De nombreuses vidéos montrant des personnes asiatiques manger des soupes de chauve-souris ont émergé sur les réseaux sociaux. Selon ceux qui les diffusent, ce mets serait à l'origine de la propagation de l'épidémie.

En Chine, comme ailleurs dans le monde, plusieurs voix se sont soulevées pour expliquer que contrairement aux rumeurs, les soupes de chauve-souris ne sont pas un mets typiquement chinois et ne sont pas "appréciées" de la communauté.

Elles sont en réalité consommées traditionnellement dans les Palaos, un archipel de Micronésie situé à l'est des Philippines. Nos confrères de France 24 ont d'ailleurs démontré que la vidéo ci-dessous avait été prise dans l'archipel des Palaos, et très exactement dans le restaurant Seafood House de l'île de Koror.

Une autre vidéo montrant une jeune femme déguster une soupe de chauve-souris a elle aussi été filmée dans les Palaos. La femme en question, Weng Mengyun, s'est d'ailleurs exprimée dans les médias. Cette influenceuse chinoise habituée à réaliser des vidéos de voyage s'est excusée auprès de ceux qu'elle aurait pu choquer et indique ne pas connaître à l'époque les risques sanitaires liés aux chauve-souris. Elle explique cependant que ces images ne datent pas d'hier, elles ont été tournées en 2016 et diffusées dans la foulée. Le but était de faire découvrir la culture de l'archipel.

Mais pourquoi viser les chauve-souris ? "Il y a 16 ans, le SRAS était trouvé dans les chauve-souris", répond un internaute dans le premier tweet. "Le réservoir animal du coronavirus du SRAS a été identifié comme étant une chauve-souris insectivore", confirme l’Institut Pasteur. Or le SRAS est un coronavirus assez analogue au nouveau virus. 

Mais cela ne suffit pas créer un lien, car ce n'est pas la chauve-souris qui a transmis le SRAS à l'homme. Un autre animal porteur a servi d'intermédiaire : il est aujourd'hui prouvé qu'il s'agit de la civette, un animal sauvage et un félin qui est d'ailleurs vendu sur les marchés en Chine. Pour le moment, si "l’hypothèse d’une zoonose - maladie transmise par les animaux - est (...) privilégiée", par les autorités, l'hôte réservoir est inconnu.

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