Les patients hospitalisés pour Covid de plus en plus jeunes : comment l'expliquer ?

Les patients hospitalisés pour Covid de plus en plus jeunes : comment l'expliquer ?

PISTES - A Nice, mais pas seulement, les soignants observent depuis plusieurs semaines un rajeunissement des malades admis en réanimation. À quoi est-il dû ? Plusieurs hypothèses sont avancées, sans aucune certitude toutefois pour l'heure.

La même observation avait été faite à Marseille au début du mois. À Nice, où le taux d'incidence de l'épidémie est particulièrement élevé ces jours-ci, les soignants se montrent unanimes :  les patients hospitalisés pour cause de Covid-19 sont de plus en plus jeunes. "Le profil a évolué. Il y a un rajeunissement des patients, on le voit aussi sur les admissions en réanimation. Ce n’est pas qu’un problème de nos concitoyens les plus âgés", a ainsi mis en garde lundi lors de la conférence de presse Olivier Guérin, chef de service au CHU de Nice, en première ligne dans la zone la plus touchée de France métropolitaine.

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"Il y a une accélération qui se fait depuis une dizaine de jours", précise Michel Carles, chef du service infectiologie du CHU de Nice. "La moitié de nos patients a moins de 65 ans, alors que l’âge médian était plutôt autour de 70 ans auparavant ", relève pour sa part la professeure Carole Ichai, cheffe du service de réanimation de l’hôpital Pasteur de Nice pour Le Parisien

Une impression générale que les chiffres viennent conforter à l'échelle de la région, mais aussi au plan national, souligne en outre le quotidien. Au 22 février, les moins de 60 ans représentaient ainsi 24% des patients admis en réanimation contre 13% le 4 janvier en Paca, et 15% au niveau national (contre près de 11%). A contrario, la part de patients âgés d’au moins 70 ans a chuté de 52 à 40% en Paca. Pour expliquer cette prise en charge d'une proportion plus importante de personnes moins âgées, que ce soit en réanimation ou en hospitalisation conventionnelle, plusieurs pistes sont avancées.

Une conséquence de l'arrivée des variants ?

"L’hypothèse formulée, c’est que ce soit en lien avec l’arrivée de ce nouveau variant", pointe en premier lieu le Pr Michel Carles pour l'AFP. Et de s'en expliquer : "sur les chiffres que l’on a, on voit bien que depuis une dizaine de jours, le variant anglais est en train de prendre la place de la souche européenne et c’est concomitant d’un rajeunissement des patients hospitalisés. On est en permanence à plus de 95% d'occupation (des lits)"

Pour rappel, la variante britannique est soupçonnée d'être plus contagieuse, de l'ordre 30 et 70%. Or, sa proportion chez les cas positifs serait inférieure à 30% tous âges confondus au-dessus de 70 ans, contre 37% dans l’ensemble de la population, selon des données communiquées par Santé publique France le 18 février. "Peut-être que ce variant a une spécificité un peu plus marquée pour une population moins âgée, pas forcément parce qu’il s’en prend par nature plus facilement à eux, mais plutôt car ils ont davantage de contacts sociaux", analyse encore Carole Ichai pour Le Parisien.

Les premiers effets de la vaccination ?

Et si la vaccination était responsable d'une baisse des contaminations chez ces personnes âgées et plus largement de ce changement de tendance ? À la lumière d'une étude dirigée par l'université d'Édimbourg, et publiée lundi, l'hypothèse se tient. Les résultats indiquent que quatre semaines après l'administration d'une première dose, le risque d'hospitalisation était réduit de 85% avec le vaccin Pfizer et de 94% avec celui d'AstraZeneca, par rapport aux personnes n'ayant pas reçu le vaccin. Chez les plus de 80 ans, l'un des groupes les plus à risque, les résultats préliminaires combinés des deux vaccins montrent une réduction de 81% des hospitalisations. 

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En France, au 22 février, plus d’un quart des personnes âgées d’au moins 80 ans avaient reçu au moins une dose, et plus de 10% avaient reçu deux injections. Il semble toutefois "trop tôt" pour affirmer que cela a aussi impacté de façon majeure les hospitalisations, estime le Pr Marc Léone, chef du service de réanimation à l'hôpital Nord de Marseille. Secondé par Emmanuel de la Coussaye, chef du service des urgences et président de la CME du CHU de Nîmes : "On est au bout de la chaîne, donc a priori la vaccination n’a pas encore de gros impact sur la situation à l’hôpital".

Un changement de comportements ?

La dernière hypothèse avancée par les observateurs a trait à un supposé changement de comportement. Sensibilisées au risque accru pour leur génération, les personnes âgées prendraient peut-être en effet davantage de dispositions qu'auparavant tandis que les actifs, dans un contexte moins restrictif que lors de la première vague, continuent pour leur part à travailler et à avoir des contacts. Un peu trop peut-être ? C'est ce que suggère Carole Ichai en évoquant un laisser-aller face au risque de contamination. "En voyant les rues de Nice, j’ai l’impression que les personnes de 50 ou 60 ans faisaient sans doute davantage attention auparavant", estime-t-elle, toujours auprès du Parisien. Or, ce n'est plus un secret pour personne : plus l'on multiplie les occasions d'être infecté par le Sars-Cov-2, plus l'on accroit le risque d'être hospitalisé. 

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