Inoculer le virus à des volontaires pour trouver un vaccin : une technique qui n'est pas sans danger

Inoculer le virus à des volontaires pour trouver un vaccin : une technique qui n'est pas sans danger

INTERVIEW- Dans la course pour trouver un vaccin contre le Covid 19, un programme britannique prévoit d'inoculer la maladie à des volontaires pour tester la fiabilité du produit. Une technique interdite en France qui présente des avantages mais aussi quelques risques selon Anne-Claude Crémieux, professeur en maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Louis à Paris.

"Même si je dois rester au lit et ne pas me sentir bien, si cela permet de trouver un vaccin, ça vaut le coup." Comme cette jeune diplômée britannique, plusieurs de ses compatriotes, jeunes, et en bonne santé, ont accepté d'être contaminés volontairement au coronavirus. Le principe : injecter un candidat vaccin à des cobayes humains, puis leur inoculer le virus afin de vérifier que le vaccin a bien produit des anticorps, et donc qu'il protège efficacement. L'objectif étant d'accélérer la dernière phase de mise au point d'un vaccin.

Déjà employée pour d'autres maladies, cette méthode n'avait jamais été utilisée dans la riposte à la pandémie de Covid-19, et plusieurs scientifiques notent déjà les limites des conclusions qui pourraient être tirées d'une telle étude, à l'image d'Anne-Claude Crémieux, professeur en maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Louis à Paris.

Toute l'info sur

Covid-19 : vaccin, traitements... Où en est la recherche ?

"Des formes graves toujours possibles"

LCI : Y a-t-il des avantages à cette pratique, à savoir exposer directement des patients au virus  ?

Anne-Claude Crémieux : Avec cette technique on va pouvoir démontrer l'efficacité du vaccin en utilisant moins de volontaires que pour une phase 3 classique, et de façon plus rapide parce que les personnes vont être infectées quinze jours à trois semaines après la vaccination, on va donc très vite pouvoir constater si oui ou non il y a une protection.

Lire aussi

Pourquoi en France le Conseil scientifique s'y oppose-t-il ? Est-ce dangereux pour les cobayes ?

Cette technique est discutée dans la littérature scientifique depuis mars. Les personnes qui sont contre disent que ce coronavirus peut entraîner des formes sévères, et que jusqu'à présent nous n'avons pas de traitement curatif à notre disposition. Les chercheurs vont évidemment sélectionner des sujets jeunes, dans la tranche d'âge 20/30 ans qui ont très peu de chances de faire une forme sévère, mais on ne peut pas en être sûr, d'où le danger potentiel. Par ailleurs, cela ne permet pas de savoir si le vaccin donne des effets indésirables graves parce que pour ça, il faut vraiment l'utiliser sur plusieurs milliers de personnes.

A-t-on déjà fait ça par le passé ?

Le premier vaccin, c'est-à-dire celui contre la variole, a été essayé chez un jeune garçon sélectionné parce qu'il était en bonne santé. C'est comme ça que son efficacité a été démontré car ce jeune garçon n'a pas été infecté. Cette technique a ensuite été utilisée avec des virus peu dangereux comme les rhinovirus, ou des virus pour lesquels on a un traitement comme la grippe ou même le paludisme.

Comment cela marche-t-il en temps normal pour tester un candidat vaccin ?

Pour démontrer l'efficacité d'un vaccin chez l'homme, il va falloir le tester sur plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vivent dans un lieu où elles sont exposées au virus. Et on va comparer le nombre d'infections chez les personnes qui ont été vaccinées et chez celles qui ne l'ont pas été. Ainsi on va pouvoir déduire l'efficacité du vaccin et en même temps on va s'assurer qu'il n'entraîne pas des effets indésirables graves.

Quels sont les inconvénients de cette phase "classique" ?

Ces phases 3 nécessitent d'abord beaucoup de volontaires de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et cela nécessite aussi du temps puisqu'il faut attendre que suffisamment de personnes soient infectées naturellement pour pouvoir évaluer la protection du vaccin.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 en France : 16.282 nouveaux cas et 384 décès en 24 heures

CARTE - Confinement : regardez jusqu’où vous pourrez sortir autour de chez vous dès le 28 novembre

"Cessons de dire des bêtises" : taxé de racisme après sa parodie d’Aya Nakamura, Omar Sy se défend

Allègement du confinement : les mesures détaillées jeudi à 11h par Jean Castex

EN DIRECT - Mort de Maradona : le maire de Naples veut donner son nom au stade San Paolo

Lire et commenter