Didier Raoult face aux sénateurs : que retenir de son audition ?

Didier Raoult se paye le Conseil scientifique
Santé

ENQUÊTE - Le microbiologiste a été auditionné, ce mardi, par la commission d'enquête sénatoriale sur la gestion de la crise sanitaire du Covid-19.

Après les députés, les sénateurs. Un peu moins de trois mois après avoir été auditionné par les députés, Didier Raoult a été entendu ce mardi 15 septembre par la commission d'enquête du Sénat sur le coronavirus. Le temps a passé depuis l'époque où l'épidémiologiste fustigeait l'organisation"archaïque" des tests et l'interdiction de l'hydroxychloroquine et, entre-temps, le pays connaît un rebond de l'épidémie. Mais son opinion n'a que très peu varié. 

Le Conseil scientifique, qui ne trouve pas grâce aux yeux du scientifique et qui ces derniers temps est la cible de nombreuses attaques politiques, "n'a jamais piloté quoi que ce soit dans la recherche sur le Covid-19", a dénoncé une fois de plus le Pr Raoult au Sénat."Qui a apporté les données pour savoir que les enfants ne sont pas infectés ? C'est nous. J'ai écrit très tôt que le Conseil scientifique ne peut pas piloter une recherche de crise. Il n'est pas composé de gens capables de faire une politique scientifique. Je l'ai exprimé au président de la République et au Premier ministre."

La réussite des tests "marseillais"

Dans de longues réponses volontiers très techniques et renvoyant à des "données" disponibles "on line", le scientifique a une nouvelle fois justifié la politique de tests massifs de son Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée infection (IHU) dès le début de l'épidémie. Et alors qu'une bonne partie du territoire connait des difficultés pour se faire dépister - longueur d'attente, résultats tardifs... -, le professeur marseillais s'est félicité du travail réalisé par son IHU : "Nous, nous n'avons pas de problèmes de délais de tests. Chez nous, le délai moyen de rendu est de 8 heures, et il n'y a pas de tests rendus en plus de 24 heures".

Il défend toujours l'hydroxychloroquine

Alors que les mesures sanitaires sont renforcées dans les Bouches-du-Rhône en raison d'un taux d'incidence de la maladie dans certaines parties du département qui dépasse 300 pour 100.000, le professeur Raoult a maintenu l'efficacité de l'hydroxychloroquine, pourtant démentie par un grand nombre d'études à travers le monde. "C'est le temps" qui "fait les opinions", a-t-il assuré. "Le temps triera, on verra bien", a promis le médecin alors que le sénateur Bernard Jomier a énuméré la liste des pays qui ne recommandent pas ce traitement. "Aux États-Unis, il y a un tiers des États dans lesquels l'hydroxychloroquine est recommandée, a rétorqué le Pr Raoult. Nous avons estimé que 4,6 milliards de personnes vivent dans un pays" dans lequel ce traitement "est recommandé."  Sur "la prescription de l'hydroxychloroquine et l'azithromycine [protocole défendu par le Pr. Raoult], vous vous trompez très lourdement", a-t-il conclu. "Vous verrez bien avec le temps. Ce n'est pas moi qui ai raconté des balivernes sur la toxicité de ce médicament. Les publications sur son usage montrent une diminution de la mortalité de 30 à 50%. Elles sont en train de s'accumuler. Vous verrez bien."

Il s'est par ailleurs dit "extraordinairement surpris" par l'ampleur des mises en garde contre les effets secondaires de ce médicament, un dérivé de la chloroquine habituellement utilisé pour traiter des maladies auto-immunes. "Ce n'est pas moi qui développe l'anxiété", assure le directeur de l'IHU de Marseille. "Mais je ne vois pas comment on aurait pu avoir un débat serein quand, en l'espace d'une demi-journée, le ministère et l'OMS ont interdit l'hyroxychloroquine pour un papier qui a été retiré trois semaines après. Ce n'est pas moi qui raconte des bêtises."

Le port du masque, "c'est raisonnable"

Concernant le port du masque, devenu obligatoire dans de nombreuses villes et qui peine à faire l'unanimité,  le Pr Raoult a indiqué que "ce n'est pas une vérité scientifique brutale". Mais, "si porter un masque empêche les gens de s'embrasser, on peut penser que c'est raisonnable", a-t-il assuré devant les sénateurs, rappelant que "la clé, ce sont surtout les mains". Toutefois, si le port du masque "permet de changer les comportements pendant cette période, je crois que c'est intelligent."  Alors que la durée d'isolement a récemment été divisée par deux, le Pr Raoult assure devant les sénateurs que "dès le mois de février, (il) disait que la quatorzaine n'avait pas de sens sur le plan clinique".

Sur les séquelles post-Covid

Il y a une vraie question sur les séquelles "pour les personnes ayant eu des symptômes du coronavirus", avoue le Pr Raoult. "Il y a des séquelles cérébrales pendant un certain temps, plus que des séquelles pulmonaires. Nous n'avons pas suffisamment de recul pour savoir combien de temps cela va durer", a reconnu le patron de l'IHU Méditerranée infection.

Sur la table ronde à laquelle il a refusé de participer

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Le microbiologiste devait initialement échanger devant les sénateurs lors d'une table-ronde avec l'épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherche à l'Inserm, et l'infectiologue Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat. Ce qu'il a refusé, estimant l'exercice "au-dessus de [s]es forces". "Je n'aime pas que l'on m'insulte, que l'on porte plainte contre moi", a indiqué le Pr Raoult en préambule de son audition alors qu'il est accusé par plusieurs centaines de médecins d'avoir commis des infractions au code de déontologie médicale. "Je n'ai jamais fraudé de ma vie. Sur 3.500 de mes publications, j'estime qu'il y a entre 2 et 4% d'erreurs. Je fais des erreurs comme tout le monde, mais je n'ai pas la force de discuter avec des gens qui m'insultent."

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