"Les facteurs sociaux sont secondaires" : pourquoi la pauvreté n'est pas responsable de la propagation du Covid-19

"Les facteurs sociaux sont secondaires" : pourquoi la pauvreté n'est pas responsable de la propagation du Covid-19
Santé

INTERVIEW – Dans une note relayée par la Fondation Jean Jaurès ce jeudi, l’historien et démographe Hervé Le Bras assure que "la pauvreté n’a pas favorisé le développement de l’épidémie de coronavirus". Pour LCI, le directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales revient sur ses travaux.

Les personnes considérées comme pauvres ont-elles plus de risques d’être contaminées par le Covid-19 ? C’est à cette question que l’historien et démographe Hervé Le Bras a tenté de répondre, dans une note publiée ce jeudi. Selon lui, les facteurs tels que "la pauvreté ou la présence de minorités" ne sont pas responsables de la propagation de l’épidémie, bien que les personnes de ces classes sociales semblent plus touchées par le coronavirus, selon des données américaines et anglaises qu’il met en avant.

Alors comment l’expliquer ? Les personnes les moins aisées sont-elles plus exposées au virus ? Les facteurs sociaux sont-ils vraiment liés à la pandémie ? Hervé Le Bras, directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, répond à nos questions, après la publication de sa note par la Fondation Jean Jaurès.

LCI : Vous dites : "la pauvreté n’a pas favorisé l’épidémie". Qu’est-ce que cela signifie ?

Hervé Le Bras : J’ai regardé comment l’épidémie a démarré en France et comment elle s’est répandue. Je n’ai observé aucun rapport entre sa dynamique et la distribution des zones pauvres ou riches de France, mais plutôt une indépendance géographique du fonctionnement de l’épidémie. La dynamique de cette pandémie n’a donc rien à voir avec les variables sociales habituelles, c’est un processus différent. Une fois que l’épidémie est installée, elle semble par contre très sélective.

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C’est-à-dire ?

Les causes sociales ne jouent absolument pas dans la propagation de l’épidémie, mais plutôt dans ses conséquences, puisque les pauvres sont vraisemblablement plus atteints par le virus. Je dis "vraisemblablement" parce que nous  ne disposons des résultats qu’en Angleterre et aux Etats-Unis.

Et que disent-ils ?

Une enquête à Chicago a montré qu’il y a environ deux fois plus de décès pour les personnes noires et latinos que pour les personnes blanches. De son côté, une enquête anglaise assez fouillée a montré des chiffres assez similaires.

Comment l’expliquer ?

Par leur métier, ces personnes sont plus exposées. En Angleterre, une majorité de soignants est d’origine indienne ou africaine. Plus que sa classe sociale, l’important est de déterminer si le métier d'un individu est au contact du virus et des malades ou non. Prenons un exemple en France avec deux professions de la même classe sociale et un revenu voisin : un conducteur de travaux sur un chantier et une infirmière. L’infirmière a un risque beaucoup plus élevé de contracter le virus, quel que soit son origine, que le conducteur de travaux, car il n’est que très peu en contact avec des personnes contagieuses. Une enquête italienne a par ailleurs montré que les personnes contaminées ont, de manière assez large, un rapport direct avec les services de santé. La propagation du virus est donc favorisée par le métier plutôt que par les facteurs sociaux.

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Peut-on en conclure que les facteurs sociaux n’ont aucun rapport avec l’épidémie ?

Ils n’ont aucun rapport avec la localisation de l’épidémie ou sa progression. Les facteurs sociaux n’interviennent qu’une fois l’épidémie présente, ils sont secondaires. Les personnes pauvres semblent alors plus touchées, car elles sont plus nombreuses dans les professions exposées : la manutention, les employés de supermarché, et surtout tous les métiers qui gravitent autour des hôpitaux.

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