Deuxième vague de Covid-19 : les soignants d'Île-de-France sont-ils prêts ?

Deuxième vague de Covid-19 :  les soignants d'Île-de-France sont-ils prêts ?
Santé

ORGANISATION - Si la situation dans les hôpitaux n'est pas du tout la même qu'au printemps, les hôpitaux de l'AP-HP accueillent de plus en plus de patients Covid. LCI a cherché à savoir comment les soignants appréhendaient cette deuxième vague.

Chaque jour, les compteurs basculent un peu plus dans le rouge. Le déconfinement, puis les vacances d'été et leur lot d'insouciance et enfin la reprise de l'activité économique du pays ont fait venir celle que l'on redoutait : la seconde vague. Mardi, Santé Publique France comptait plus de 468.000 cas confirmés, soit 10.000 de plus que la veille, et plus de 4.200 hospitalisations sur les sept derniers jours dans le pays. Assez pour que les hôpitaux de plusieurs métropoles choisissent de déclencher le plan blanc, ce dispositif exceptionnel qui permet d'augmenter le nombre de lits pour les malades en repoussant notamment les opérations non urgentes et de réquisitionner du personnel. Il est actif à Paris depuis le 16 septembre. Une semaine après la mise en place de ce dispositif à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), nous avons voulu savoir dans quel état d'esprit était le personnel.

Une situation matérielle encore "sous contrôle" malgré l'augmentation du nombre d'hospitalisations

En Île-de-France, les trente-neuf établissements de l’AP-HP accueillent actuellement 2.500 personnes hospitalisées après avoir été contaminées par la Covid-19 et 250 personnes en réanimation, ce qui représente près qu'un quart des lits disponibles. Selon le directeur général adjoint du groupe hospitalier François Crémieux, interviewé par Le Monde, les établissements de la région ont vu doubler en quinze jours le nombre de patients pris en charge pour le Covid-19. Il s'attend à voir la situation empirer de jour en jour. "On est partis pour un nouveau doublement de ces chiffres dans les quinze prochains jours", estime-t-il.

Pour autant, la situation est encore "sous contrôle", nous confie Jean-François Mussard, secrétaire général de la CFDT AP-HP. "Aujourd’hui tout est encore 'calme', si je peux m’exprimer ainsi. Dans les établissements, toutes les cellules se réactivent pour suivre les évolutions site par site, mais concrètement ce n’est pas encore la période qu’on a connu au premier semestre." Selon lui, les stocks de matériel nécessaires à la prise en charge du Covid-19 sont suffisants pour travailler dans de bonnes conditions "deux à trois mois". Seul un risque de rupture de stock pèse sur les gants jetables en latex utilisés par les soignants, en raison d'une hausse de la demande mondiale difficile à gérer pour les fabricants. La Direction générale de la santé (DGS) évoque ainsi une "hausse de la consommation, entre cinq et 20 fois la demande normale selon le type d'EPI (équipement de protection individuelle)". "Mais on nous a appris dans une note interne qu'au niveau hygiène, se laver les mains avec de l’alcool serait plus sûr que d’enlever et remettre des gants sans arrêt. Après, c’est un peu comme l’histoire des masques. Lorsqu'on était en pénurie, on disait que ça ne servait finalement pas à grand-chose", ironise auprès de LCI Philippe Bonnet de l'Usap-Cgt.

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Le manque de personnel, le nerf de la guerre

Malgré une meilleure préparation matérielle qu'au premier semestre 2020, l'anxiété est toujours présente chez le personnel. "Les vacances ont fait beaucoup de bien physiquement et moralement aux agents, mais on repart pour autant pour une année très difficile. Et ce qui nous inquiète énormément, c’est le manque de personnel", insiste Philippe Bonnet. "Nous n’avons pas plus d’effectifs, même si Martin Hirsch se targue d’avoir recruté", fait remarquer Philippe Bonnet. A l'hôpital de Garches, dans les Hauts-de-Seine, le chef du service de réanimation Djillali Annane alerte justement à ce sujet. "On a une marge de manœuvre possible sur le nombre de lits supplémentaires. Mais ça, c’est théorique parce qu’on n’a pas le personnel soignant. On est dans une situation qui devient indiscutablement tendue. On n’est pas assez nombreux !", martèle-t-il auprès de TF1. Le manque d'effectifs se fait surtout sentir chez les infirmiers et les manipulateurs radio. "Pour le Covid, les radios et scanners sont très importants. On est en grande tension et il n’y aura pas de génération spontanée de manipulateurs radio puisque cela nécessite 3 ans d'études. Là on va jongler, comme d’habitude", désespère Philippe Bonnet.

Ce sera avec les moyens du bord.- Jean-François Mussard, secrétaire général de la CFDT AP-HP

Les équipes de soignants savent d'autre part qu'elles pourront cette fois-ci moins compter sur le soutien des professionnels de santé travaillant dans d'autres régions. Car si l'épidémie avait, lors de la première vague, surtout touché le nord-est de la France et la capitale, le virus est cette fois-ci largement disséminé sur le territoire. "Ce sera avec les moyens du bord qu’il faudra prendre en charge les patients dans nos lits. Pour faire face, nous faisons appel aux réservistes, comme d'anciens infirmiers en réanimation, afin qu'ils viennent se reformer et pouvoir être appelés si nous avons besoin d’eux", explique Jean-François Mussard.

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Pour gonfler le nombre de soignants disponibles, l'AP-HP s'apprête d'autre part, dans les prochaines semaines, à déprogrammer un certain nombre d'interventions chirurgicales non urgentes. "C’est une question de jours. On est en train d’atteindre le point de bascule où il va falloir réorganiser les soins", affirme dans les colonnes du Monde François Crémieux.

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