Coronavirus : qu'est-ce que "l'immunité croisée", qui fait espérer la fin de l'épidémie ?

Coronavirus : qu'est-ce que "l'immunité croisée", qui fait espérer la fin de l'épidémie ?
Santé

CRISE SANITAIRE - Alors que la France est entrée dans sa troisième semaine de déconfinement, certains spécialistes estiment que l'épidémie est en train de prendre fin, grâce à une possible "immunité croisée" d'une partie de la population. Explications.

Depuis le début de la crise sanitaire, les recherches pour combattre le coronavirus battent leur plein. Pour mettre fin à la pandémie, en l'absence de vaccin, il faudrait que la majorité de la population soit immunisée contre la maladie. C'est ce que l'on appelle "l'immunité collective". Cela permettrait alors que l'épidémie s'éteigne d'elle-même, faute de nouveaux individus à contaminer.

Mais pour que cette stratégie fonctionne, un nombre suffisamment important d'individus immunisés est nécessaire, environ 70% nous disait il y a quelques jours Étienne Decroly, directeur de recherche au CNRS. Or, selon les derniers chiffres de l'institut Pasteur, moins de 5% des Français ont été infectés jusqu'alors. Mais selon des scientifiques, une grande partie de la population pourrait être protégée du Covid-19 sans même l'avoir contracté.

Selon certains experts, minoritaires, l'épidémie toucherait même à sa fin. Ils estiment que la première vague a déjà touché tous ceux qu'elle pouvait. Leur argument central : il serait faux de considérer que l'intégralité de la population est une cible. "Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", explique à l'AFP Laurent Toubiana, épidémiologiste.

Une baisse des contaminations à l'hôpital ?

Un avis partagé par le Pr Yonathan Freund, urgentiste à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il est frappé par la baisse drastique du nombre de contaminations chez ses collègues par rapport au début de l'épidémie. "Aux urgences et à l'hôpital, nous sommes particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu'avant et que nous étions tous susceptibles d'être touchés, nous nous serions contaminés entre nous ou nous l'aurions été par les malades", explique-t-il à l'AFP. "Or, une grande majorité des médecins n'ont pas été touchés du tout. C'est de la pure spéculation, mais cela pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise."

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Cette hypothèse, qui reste à vérifier, a été soulevée par des chercheurs américains dans la revue spécialisée Cell. Selon eux, 40 à 60% des individus pourraient être immunisés contre le Covid-19 sans même y avoir été exposés. Cette population pourrait avoir acquis cette protection en étant exposée par le passé à d'autres coronavirus qui causent de banals rhumes. C'est ce que l'on appelle l'immunité croisée.

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Des soignants atteints du coronavirus ont développé une immunité

Ce principe repose sur "l'immunité acquise contre un agent infectieux, qui permet de protéger contre un autre agent (virus ou bactérie)", précise le site Futura sciences. "L'immunité croisée est liée au phénomène de réaction croisée. (...) Parfois, des anticorps se lient à des antigènes proches", et permettent de protéger contre des maladies similaires à la première infection. Cette immunité croisée n'est d'ailleurs pas une découverte. "Le virus de la grippe saisonnière est connu pour muter chaque année, mais ses variations sont souvent mineures : ceci explique qu'il peut exister une part d'immunité croisée avec des virus rencontrés lors des années précédentes", rappelle le site scientifique. Si cette hypothèse était avérée, le coronavirus n'aurait désormais plus beaucoup de monde à infecter.

L'hypothèse de l'immunité croisée "loin de faire l'unanimité"

Mais cette hypothèse est loin de rassembler l'ensemble de la communauté scientifique. De nombreux experts mettent d'ailleurs en garde contre une seconde vague. "L'épée de Damoclès" d'une "reprise de la dynamique épidémique" est toujours présente, ce qui pourrait même aboutir, "dans un scénario du pire", à "une nécessité de reconfiner", prévient le Dr Lévy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires de Santé publique France, auprès de l'AFP.

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Selon lui, il est "prématuré de fonder un espoir sur une immunité croisée", hypothèse "loin de faire l'unanimité et loin d'être confortée". "Il ne faudrait surtout pas faire passer à la population le message que tout va bien parce que nous nous sommes aperçus que tout le monde était protégé."

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