Coronavirus : rien ne prouve que le vaccin rende les femmes stériles

Coronavirus : rien ne prouve que le vaccin rende les femmes stériles

FERTILITÉ - Le vaccin contre le Covid-19 est accusé d'attaquer des protéines indispensables à la formation du placenta, conduisant à une infertilité chez les femmes. Une hypothèse scientifiquement infondée.

Certains imaginaient que le coronavirus avait été créé pour éradiquer les plus anciens. Désormais ils suggèrent que tout serait orchestré pour "réguler les naissances". Parmi eux, une internaute qui a laissé ce commentaire alarmiste sous une photo Facebook ce lundi 10 janvier. La publication reprend à son compte une rumeur largement répandue depuis quelques semaines à propos du vaccin contre le coronavirus développé par le laboratoire Pfizer. Il est accusé de rendre infertile les femmes. 

"Le vaccin contient de la syncytine… Hormone naturelle nécessaire lors d'une grossesse pour le placenta", pense savoir l'internaute, qui explique que cela voudrait dire "que le corps va fabriquer des anticorps contre la syncytine pouvant provoquer la stérilité chez les femmes en âge de procréer". Une publication totalement erronée, qui confond plusieurs éléments.

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Ce n'est qu'une hypothèse

Cette publication trouve son origine dans un texte un peu plus sérieux. Elle provient d'une lettre ouverte publiée le 1er décembre et adressée à l'Agence européenne du médicament. Le régulateur européen est alors en pleine étude des données du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, et cette pétition est supposée lister de présumés dangers et incertitudes de ce produit. 

Ses auteurs y relèvent que la protéine S du virus - aussi appelée "spike", en anglais dans le texte - est proche de la syncytine-1, une protéine essentielle au développement du placenta chez les mammifères. Or, les auteurs estiment que les anticorps du vaccin, parce qu'ils apprennent à l'organisme à combattre le coronavirus, pourraient en même temps pousser notre corps à s'en prendre à cette fameuse syncytine. Une sorte de dommage collatéral. Une théorie amplifiée et déformée, jusqu'à devenir une quasi-affirmation. Notamment via une version française et abrégée parue sur le site FranceSoir.

Toujours est-il que cette supposition est scientifique infondée. C'est d'ailleurs bien précisé dans le texte lui-même. Les auteurs y rappellent qu'il n'existe aucune "indication" allant dans ce sens. En fait, ils alertent uniquement que, "si cela devait être le cas", cela pourrait empêcher "aussi la formation d'un placenta". Et de conclure : "Ce qui aurait pour résultat de rendre les femmes vaccinées infertiles."

Une théorie improbable selon les chercheurs

Ce n'est donc à ce jour qu'une simple crainte, exprimée par deux chercheurs… qui n'en sont pas à leur première erreur ! S'il est impossible pour la science de prévoir l'avenir, les deux auteurs, Michael Yeadon et Wolfgang Wodarg, s'y sont risqué par le passé à propos du Covid-19. Et se sont trompés. Alarmistes sur le vaccin, ils étaient bien plus "rassuristes" au sujet de l'épidémie. 

Le premier est un ancien chercheur chez Pfizer, qui, selon son profil LinkedIn, a quitté l'entreprise en 2011. Il expliquait en octobre dernier que "la pandémie est effectivement terminée". Le second est un ancien député allemand, qui affirmait en mars que le virus n'était pas plus dangereux qu'une grippe saisonnière.

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Une crainte d'autant plus improbable que de nombreux experts interrogés la décrivent comme quasiment impossible. Car s'il est vrai que les deux protéines partagent des séquences d'acides aminés, elles sont tout de même très différentes. "Notre système immunitaire ne va pas se laisser berner si facilement par quelques ressemblances, qui ne sont pas suffisantes pour provoquer une réaction immunitaire croisée", estime ainsi Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal, interrogé par Radio canada

Dans "l'état actuel des connaissances", rien ne permet de dire que les anticorps créés par le vaccin pourraient les  confondre, abonde également Frédéric Altare, spécialiste de l'immunité et directeur de recherche à l'Inserm. "Il n'y a pas de ressemblance suffisante - et il y a très peu de chances qu'il y en ait une - entre la protéine syncytine-1 et la 'spike''', expliquait-il à l'AFP. 

Il convient aussi de souligner que si les anticorps du vaccin venaient à s'en prendre à cette molécule, alors les personnes naturellement immunisées contre la maladie risqueraient elles aussi l'infertilité. Aucune recherche ne le prouve. Frédéric Altare note d'ailleurs que si les auteurs de cette pétition se permettent de théoriser, ils "n'avancent aucune démonstration" allant dans leur sens.

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