Evolution à la baisse du Covid-19 : le monde scientifique partagé entre optimisme et méfiance

Evolution à la baisse du Covid-19 : le monde scientifique partagé entre optimisme et méfiance
Santé

DÉBAT - Jour après jour, les indicateurs tendent à montrer que l'épidémie de Covid-19 tend à s'essouffler en France et en Europe. Si certains scientifiques continuent d'alerter sur le risque d'une deuxième vague, d'autres n'hésitent plus à conclure qu'elle ne viendra pas.

Que penser des derniers indicateurs de l'épidémie de coronavirus ? C'est la question qui hante désormais le monde scientifique, et tout particulièrement en Europe et en France, où les données liées aux entrées en réanimation, aux décès et aux contaminations suscitent de l'espoir, quinze jours après le déconfinement. 

Selon les derniers chiffres fournis par les autorités sanitaires ce samedi, près de 1665 malades sont toujours hospitalisés en réanimation, contre un peu plus de 2130 une semaine plus tôt, et 7148 lors du pic du 8 avril dernier. Les prochains chiffres de la mortalité ne seront connus que lundi mais la tendance des derniers jours est sans équivoque : entre jeudi et vendredi, les hôpitaux ont par exemple signalé 74 décès supplémentaires, loin des bilans quotidiens de la première moitié du mois d'avril. De même, Santé Publique France a enregistré une baisse continue des passages aux urgences pour suspicion de Covid-19, faisant dire à l'agence qu'il y a bien "une diminution des nouvelles contaminations" sur le territoire. 

Les autorités restent prudentes

Si les indicateurs sont bien là, leur interprétation n'est pas simple et divise le monde scientifique. Pour l'heure, les autorités sanitaires continuent de faire preuve d'une grande prudence. "Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de signal d'alerte mais qu'il est trop tôt pour tirer de ce constat que tout va aller bien", a ainsi déclaré à l'AFP Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires de Santé publique France. "Il y a un décalage entre ce qu'on mesure aujourd'hui et ce à quoi ça correspond. Ce qu'on mesure aujourd'hui, c'est encore les bénéfices du confinement."

Santé Publique France, qui recense pour l'heure 46 nouveaux clusters, veut éviter par dessus tout un retour à la situation initiale où le système de soins se retrouverait saturé par un afflux de nouveaux cas, la fameuse "deuxième vague" tant redoutée. "Toute la question, c'est de maintenir cette augmentation dans les limites de ce qui est acceptable", a ainsi fait valoir Daniel Lévy-Bruhl. 

"On peut espérer qu'ayant eu cette première vague relativement importante dans les pays européens, on ne reverra pas de vague épidémique nouvelle avant l'hiver prochain", a indiqué, prudent, le professeur Yves Buisson, épidémiologiste et président du groupe Covid-19 de l'Académie de médecine, auprès de TF1 et LCI. "On peut espérer également que le virus aura perdu de sa virulence.

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La fin de l'épidémie ?

D'autres scientifiques ont d'ores et déjà pris le contre-pied, voyant dans ces indicateurs le signe, non pas d'un ralentissement, mais de la fin de l'épidémie. Le controversé professeur Didier Raoult avait, dès le 12 mai dernier, avancé cette hypothèse. "Eventuellement quelques cas sporadiques apparaîtront ici ou là, mais l'épidémie est en train de se terminer", assurait-il ainsi dans une vidéo

Une position aujourd'hui partagée par d'autres spécialistes, s'appuyant sur l'idée qu'une partie de la population aurait déjà été touchée, et donc immunisée. "Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", a ainsi avancé l'épidémiologiste Laurent Toubiana auprès de l'AFP. Un avis partagé par le professeur Yonathan Freund, urgentiste à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, frappé par la baisse drastique du nombre de contaminations chez ses collègues par rapport au début de l'épidémie. "Aux urgences et à l'hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu'avant et qu'on était tous susceptibles d'être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l'aurait été par les malades", a-t-il expliqué à l'AFP.

Sur LCI, plusieurs spécialistes ont également témoigné d'un recul des contaminations à l'échelle de leurs établissements. "Clairement, si l'on n'observe pas de rebond, on devrait rapidement passer au vert", témoignait ainsi, vendredi, Frédéric Adnet, chef des urgences de l'hôpital Avicennes de Bobigny. En ville, des médecins pensent également voir le bout de l'épidémie. "Ma région est en rouge sur la carte, alors que les marqueurs de l'épidémie sont au vert", assurait samedi sur LCI le président de la Fédération des médecins de France Grand Est Claude Bronner. "Médicalement, on se rend compte qu'on est à la fin de l'épidémie, on peut avoir des contaminations, mais cela concerne quelques personnes."

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"Médicalement, on est à la fin de l'épidémie", estime le Dr Claude Bronner

Maintenir les gestes barrières

L'essoufflement du virus est-il seulement lié au confinement des mois de mars et avril, ou s'agit-il d'une tendance plus générale, comme le pensent certains virologues qui constatent l'absence de réelle deuxième vague dans des pays qui ont commencé à déconfiner avant la France ? Les prochaines semaines pourraient le dire. 

En attendant, la prudence semble de mise. "On reste sur une épidémie qui continue d'exister", prévenait ainsi, vendredi, le virologue Yves Gaudin, directeur de recherche au CNRS, sur LCI, pour qui "tout va dépendre" du comportement de la population. "Si l'on regarde les pays qui gardent une attitude très citoyenne, la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, ils maintiennent les mesures barrières, c'est essentiel", estime-t-il. 

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Pour le virologue, "il faudra faire très attention à l'automne. On va probablement faciliter la propagation du virus, la population étant très peu immunisée. On peut espérer une seconde vague limitée. A condition d'être raisonnable".

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