Fête de la musique, apéros de rue… Ces attroupements festifs sont-ils dangereux ?

Fête de la musique, apéros de rue… Ces attroupements festifs sont-ils dangereux ?
Santé

DÉCONFINEMENT - Les images de rues bondées le soir de la Fête de la musique ont choqué une partie de l’opinion, qui appelle à la prudence face au Covid-19. Le danger est-il réel ? On fait le point.

Depuis dimanche soir, les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. On y voit notamment la rue de Paradis ou le parc Villemin, à Paris, pris d’assaut par des riverains rassemblés à l’occasion de la Fête de la musique. Au-delà de la densité de la foule et de l'impossibilité de respecter toute distance physique, le mépris pour les gestes barrières et l’absence du port du masque ont provoqué la surprise et la colère des internautes. 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois depuis le déconfinement que le débat se forme entre ceux incitant à la prudence et ceux appelant à la liberté de mouvement. Le 11 mai dernier, au premier jour de la levée du confinement, des Parisiens attroupés sur le canal Saint-Martin avaient eux aussi choqué l’opinion et s'étaient faits évacuer par des policiers. Suite à cela, la consommation d’alcool sur les quais de Seine avait été prohibée dans la capitale.

Alors, faut-il s’inquiéter de ces attroupements festifs ? Le relâchement constaté de la population peut-il entraîner une reprise de l’épidémie ? Dans le même esprit, ce type de rassemblements organisés depuis un mois et demi ont-ils favorisé l’émergence de clusters, c’est-à-dire de foyers de contamination ? Deux visions s’opposent dans le champ médical. 

Aucun cas contact pour certains, 100 à 200 pour d'autres

D’un côté, des médecins s’inquiètent des conséquences de telles réunions dans l’espace public sur la circulation du virus. "Le danger, c’est le phénomène de ‘super-spreading’, des super-contaminations, qui peut favoriser la propagation de l’agent infectieux", explique Matthieu Moslonka-Lefèbvre, président de DataCovid et modélisateur en épidémiologie, à LCI. "Selon notre baromètre, entre le 5 et le 9 juin, les Français ont déclaré avoir à peu près 10 contacts par jour en moyenne. Mais il y a une très forte hétérogénéité : certains vont avoir 0 contact, et d'autres 100 ou 200 par jour. Lorsqu'il y a des rassemblements, si quelqu'un est malade, il va infecter beaucoup plus de personnes que ce à quoi on pourrait s'attendre."

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A l’inverse, le Pr Yonathan Freud, urgentiste à la Pitié-Salpêtrière, indique à LCI que ce type de rassemblements joyeux ont peut-être fait l’objet de vives critiques mais n’ont en tout cas formé aucun cluster. "Le relâchement progressif n’a pas d’impact sur la circulation du virus au vu des indicateurs : il y a une baisse continue de malades et le nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation diminue de semaine en semaine. Ce qui veut dire qu’il y a eu moins de contaminations début juin que début mai, lorsque l’on sortait du confinement." 

81 clusters "en cours d'investigation"

Le Pr Freund va même plus loin en estimant que si le relâchement est total, il permettrait au moins de vérifier l’hypothèse d’une deuxième vague de l’épidémie, annoncée par des médecins, réfutée par d’autres. L'urgentiste explique que si l’épidémie repart, elle sera visible immédiatement en raison de la capacité de dépistage actuellement mise en place. Aujourd’hui, environ 200.000 tests sont réalisés chaque semaine selon Santé Publique France, avec des variations selon les régions. Par exemple, ce sont celles du Grand-Est et de Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) qui testent le plus leur population.

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Si l’on revient à ces rassemblements, il y a toutefois un autre élément à prendre en compte, d’après Matthieu Moslonka-Lefèbvre : le fait qu’ils aient lieu au grand air, ce qui limite en partie les risques de contamination. De même que le port du masque par certains des participants. En effet, la formation des clusters en France depuis le début du déconfinement a souvent eu lieu dans des lieux fermés : on se souvient du nombre d’abattoirs touchés par des cas d’infection, dans le Loiret ou les Côtes d’Armor par exemple. A ce jour, Santé Publique France recense 81 clusters "en cours d’investigation", avec un de plus ces dernières 24 heures. 

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