Hydroxychloroquine : la France, "seul pays où il y a débat sur le traitement du Pr Raoult", vraiment ?

Les pays africains, à l'instar du Kenya, sont parmi les plus prompts à recourir à la chloroquine.
Santé

À LA LOUPE – Fervent défenseur du professeur Raoult, l'ancien député Les Républicains Lionnel Luca ne comprend pas que son traitement ne soit pas adopté en France. Il assure qu'à l'étranger son usage ne fait pas débat, une affirmation très éloignée de la réalité.

Objet de vives controverses, la chloroquine et son dérivé l'hydroxychloroquine ne sont pour l'heure pas recommandées par les autorités de Santé pour traiter le Covid-19. Le Haut Conseil de la santé publique a ainsi mis en garde contre son utilisation, évoquant ses "très fortes réserves" et demandant des tests cliniques rapides. 

Cette prudence agace du côté de Marseille, où le Professeur Raoult défend depuis plusieurs semaines un traitement à base d'hydroxychloroquine et d'azithromycine. Derrière lui se sont rangés certains médecins ainsi que diverses personnalités publiques, parmi lesquelles le maire LR de Villeneuve-Loubet (06) et ancien député Lionnel Luca. Sur Twitter, il multiplie les publications qui mettent en avant les résultats de Didier Raoult et s'étonne que le traitement qu'il propose ne soit pas adopté massivement.

Selon l'élu LR, la France serait "le seul pays où il y a débat sur le traitement du Pr Raoult". Partout ailleurs, explique-t-il, il serait utilisé et produirait des résultats, des affirmations fantaisistes, tant l'hydroxychloroquine suscite doutes et interrogations à travers l'Europe et le Monde. 

Les multiples mises en garde des autorités de Santé

À l'heure actuelle, de nombreuses pistes sont explorées par les chercheurs en quête d'un remède efficace contre le Covid-19. Le traitement du Pr Raoult en fait partie, au même titre que d'autres, et l'on observe que de nombreuses études sont menées afin de vérifier l'efficacité potentielle du duo hydroxychloroquine/azithromycine. Une partie de ces études est d'ailleurs menée à une échelle transnationale, avec des patients originaires de pays différents mais respectant un protocole expérimental identique.

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En revanche, rares sont les pays qui utilisent à grande échelle ce traitement. Aux Etats-Unis, malgré la pression de Donald Trump, les autorités du médicament n'ont autorisé l'usage de chloroquine que dans des cas très précis. Elles font notamment valoir une utilisation d'urgence, pour un nombre limité de patients uniquement pris en charge à l'hôpital. La BBC souligne que cette autorisation ne signifie pas pour autant que l'efficacité du traitement est démontrée, mais que des médecins hospitaliers peuvent y recourir dans des cas particuliers, en attendant que soient connus les résultats des tests menés outre-Atlantique.

Plus près de nous, en Europe, la chloroquine (ou l'hydroxychloroquine) ne sont pas forcément mis en avant ni défendus, loin de là. Loopsider a ainsi interrogé plusieurs de correspondants de médias français installés à l'étranger, notamment au Royaume-Uni où "étrangement", le "sujet n'a pas franchi la Manche". En Allemagne, même topo : "ce n'est pas du tout un débat […] pour la simple et bonne raison que tous les scientifiques, tous les médecins ont tout de suite fait part de leur scepticisme". Le faible nombre de morts outre-Rhin montre d'ailleurs que d'autres stratégies peuvent fonctionner pour lutter efficacement contre le virus.

Le cas de la Suède se révèle intéressant lui aussi. L'Agence du médicament a en effet diffusé un communiqué le 2 avril, dans lequel elle a appelé à réserver ces molécules aux seuls essais cliniques, dans l'attente de résultats plus poussés et de retours d'expériences. "Nous avons fait comme tout le monde et avons, au début, donné de la chloroquine aux patients", a expliqué Magnus Gisslén, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Sahlgrenska de Stockholm. 

Avec du recul, cet expert a regretté l'avoir fait : "Nous étions un peu naïfs et pensions que les effets secondaires étaient bien plus doux", a-t-il déclaré. Il a par ailleurs critiqué les travaux du Pr Raoult, qui ne répondent selon lui "à aucune des exigences que nous imposons sur la manière de conduire des études".

Des pays prennent le risque de ne pas attendre

Même dans les pays où chroloroquine et hydroxychloroquine peuvent être utilisés, les autorités de Santé se montrent prudentes. C'est le cas notamment en Belgique, où l'on met en garde sur les études cliniques "très incomplètes". 

Dans des pays où les structures de santé sont moins performantes, on observe néanmoins une prudence moindre. Le Temps s'est ainsi penché sur la stratégie de pays africains qui, "démunis face au coronavirus", se "jettent" sur ces traitements dans l'espoir d'éviter une contamination massive de la population. Il s'agit d'ailleurs souvent d'automédication et pas de prescriptions médicales, dans une région du monde où ces médicaments sont accessibles facilement et bien connu des habitants pour leurs usage dans la lutte contre le paludisme. 

Fin mars, l'AFP rapportait qu'au Sénégal, près de la moitié des personnes contaminées avaient déjà reçu une prescription d'hydroxychloroquine, une information alors partagée par un professeur de l'hôpital de Fann, situé à Dakar.

En jetant un œil au-delà de nos frontières, on observe donc que le France est loin d'être le seul pays où le traitement du Pr Raoult fait débat. Les molécules qu'il recommande, si elles sont parfois autorisées par les autorités de Santé, sont le plus souvent soumises à des règles strictes d'utilisation, en général dans le cadre de prise en charge à l'hôpital. De nombreux autres pays ne l'envisagent par ailleurs tout simplement pas, quand une majorité souhaite attendre les résultats des études cliniques pour mieux en cerner l'utilité potentielle.

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