Pourquoi l'Etat a-t-il refusé l'aide de labos vétérinaires pour fabriquer des tests Covid-19 ?

Réalisation d'un test au Covid-19 (illustration)
Santé

À LA LOUPE – Le gouvernement s'est engagé à augmenter le nombre de tests pour détecter les personnes atteintes par le Covid-19. Plusieurs laboratoires vétérinaires se sont proposés pour les fabriquer, dans un souci d'effort national contre l'épidémie. Mais pour l'instant, la réponse est non.

Le gouvernement s'est engagé à augmenter le nombre de tests effectués quotidiennement pour détecter les personnes atteintes par le coronavirus Covid-19. Selon le ministère de la Santé, 12.000 tests ont été réalisés dans la journée de samedi. La semaine dernière, la moyenne était de 5.000 par jour. 

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Pour aider les autorités sanitaires, plusieurs laboratoires se sont proposés de fabriquer des tests Covid-19, comme le laboratoire Inovalys, un des plus grands de France. Implanté sur quatre sites en Centre-Val de Loire, il est spécialisé dans les analyses menées dans les milieux agroalimentaire ou encore vétérinaire. 

Or, d'après plusieurs articles de presse locale, comme France Bleu, ce laboratoire a essuyé une fin de non-recevoir des autorités, appuyant cette décision sur "un argument juridique". Une justification difficile à accepter pour un laboratoire souhaitant participer à l'effort de "guerre". Que s'est-il passé ?

Un appel lancé par quatre présidents de départements

Inovalys est un laboratoire public co-géré par quatre départements au sein d'un groupement d'intérêt public : l'Indre-et-Loire, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et la Sarthe. Le 25 mars, les quatre présidents des conseils départementaux ont écrit au ministre Olivier Véran pour lui indiquer qu'Inovalys se tenait prêt à participer à l'effort national. 

Au sein de ce courrier que LCI a pu se procurer, les présidents argumentent. "En temps de guerre sanitaire, il nous faut réorienter d’urgence et dans l’intérêt général l’appareil productif des tests Covid-19, pour soutenir en cas de suspicion de contamination les équipes en première ligne. [...] Les Régions Pays de la Loire et Centre Val de Loire ne sont pas à l’heure actuelle parmi les plus touchées, il nous reste quelques jours pour optimiser nos moyens de lutte, en premier lieu les tests." 

Inovalys se propose alors de produire des tests dit PCR, pour Polymerase Chain Reaction ou réaction de polymérisation en chaîne. Ce procédé de biologie moléculaire permet de détecter le génome d’un agent infectieux, ici le SARS-CoV-2, dans un prélèvement. Celui-ci s’effectue à l’aide d’un écouvillon introduit dans la narine. 

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Pour l'instant, ce sera non

Si le courrier adressé au ministre avait anticipé un refus pour des raisons d'autorisation - "à ce niveau de gravité de la pandémie [...] l’argument du cadre juridique en cette période de 'guerre' ne nous paraît pas recevable"- c'est bien cet argument qui a été avancé pour justifier la réponse négative faite à Inovalys et aux élus. 

Mais que cachent les "arguments juridiques" ? Nous avons contacté la Direction générale de la santé (DGS), qui nous apporte quelques précisions et évoque deux raisons. Premièrement, Inovalys est doté de "la norme ISO 17025, norme internationale qui spécifie les 'exigences générales concernant la compétence des laboratoires d'étalonnages et d'essais', qui n’est pas celle de l’humain." A cet égard, le laboratoire n'est pas habilité à fabriquer des tests destinés aux hommes. 

Deuxièmement, la DGS estime que "la ligne de dépistage PCR doit être tout à fait exempte de contamination de matériel animal pour ne pas donner de résultats erronés." En revanche, la DGS nous précise bien que "la piste" d'Inovalys "est en cours d'évaluation." Le refus n'est donc pas définitif. 

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Une refus qui laisse perplexe

Ce dernier argument de la DGS, Bruno Caroff, directeur d'Inovalys, ne le comprend pas. "Nous avons des dizaines d'années d'expérience. Nous travaillons déjà sur des secteurs différents comme l'animal, l'eau ou encore l'agroalimentaire sans qu'il n'y ait aucune contamination entre nos procédés, explique-t-il à LCI. Nous sommes professionnels, pourquoi là il y aurait contamination ?" 

Bien qu'il nous précise ne vouloir entrer dans aucune polémique, ce refus des autorités le laisse dans un certain désarroi. "Les labos vétérinaires en France se proposent d'être en soutien aux laboratoires de CHU et de ville. Inovalys serait en capacité de produire 1.000 tests par jour, nous avons le personnel pour ça. Si besoin, nous répondrons présent."

Par curiosité, nous avons soumis ce problème de "contamination" à une responsable d'audit en laboratoire. Sa réponse semble sans appel. "Je ne vois pas où est le problème si on respecte bien les normes, vu qu'Inovalys jongle déjà entre alimentaire et vétérinaire. Il y a déjà une décontamination des chaînes de production entre plusieurs produits." 

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