Covid-19 : l'IHU de Marseille présente-t-il "une létalité quatre fois" inférieure à celle de la France ?

L'IHU de Didier Raoult ne dispose pas de lits de réanimation

VACCINATION - Dans une vidéo vue plus de 200.000 fois, un médecin défend la stratégie de l'IHU de Marseille face au coronavirus qui aurait permis d'observer une létalité "quatre fois moindre que celle de l'ensemble de la France". C'est trompeur.

Mise à jour du 19/11 : 

Suite à la publication de cet article, un internaute a souligné que le taux de létalité en France est biaisé étant donné qu'il inclut la première vague de l'épidémie. Nous avons donc mis à jour notre article avec un nouveau calcul.

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Dans une séquence publiée lundi 4 janvier et devenue virale sur Twitter, le docteur Louis Fouché remet l'efficacité du vaccin Pfizer/BioNTech en question en regrettant qu'elle ne soit pas confrontée à celle d'un "bon comparateur". Sans nommer le "protocole" du Pr Didier Raoult, ce médecin marseillais se demande : "Quand est ce qu'on va regarder pourquoi l'IHU de Marseille a une létalité qui est environ quatre fois moindre que celle de l'ensemble de la France ?" Une question pleine de sous-entendus et qui laisse, notamment, entendre qu'en utilisant une stratégie différente, les autorités sanitaires n'auraient pas eu besoin de faire appel à la vaccination. 

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Un écart exagéré

La courte séquence, visionnée plus 200.000 fois, est extraite d'une interview bien plus longue réalisée par le "magazine d'information scientifique alternative" Nexus. Dans cette vidéo d'un peu plus de deux heures, publiée le 3 janvier dernier, ce médecin tantôt présenté comme "rassuriste" ou "complotiste" est notamment interrogé sur les nouveaux vaccins à ARN messager. Le praticien, qui avait notamment estimé que le vaccin contribuerait à modifier nos gènes de manière irréversible, le discrédite cette fois-ci à cause de son "niveau d'effets secondaires". Pour cet anesthésiste-réanimateur à l'hôpital de la Conception, le vaccin est "une thérapeutique nulle et non avenue" à cause du rapport entre ces risques et le "bénéfice potentiel" qui n'est pas avéré à ses yeux. "Si on compare le vaccin face au paracétamol […], ce n'est pas correct", lâche-t-il ainsi. Sans citer explicitement l'hydroxychloroquine, il souligne qu'il existe au contraire "d'autres logiques thérapeutiques dans cette maladie qui peuvent éventuellement apporter de gros bénéfices". Un argument qu'il soutient par les chiffres de la létalité cités plus haut. Or, ces derniers sont quelque peu trompeurs. 

Selon une note de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la létalité se calcule en prenant le nombre de décès divisé par le nombre de personnes infectées, le tout multiplié par 100. Pour l'Hexagone, il suffit de se référer au dernier bilan de Santé publique France. Avec 66.282 morts liées au coronavirus et 2.680.239 cas enregistrés, le taux de létalité dans le pays est actuellement de 2,47%. Cependant, ce taux est biaisé. Il comprend les décès et cas enregistrés lors de la première vague de Covid-19. Or, le nombre de personnes positives était largement sous-estimé au début de la crise sanitaire par manque de dépistage. Afin d'être plus précis, il convient plutôt de comparer les données à partir de la deuxième vague, où ce que l'IHU appelle "l'acte deux", s'étalant du 15 juin au 5 janvier. Sur cette période, on enregistre 2.522.867 cas confirmés et 47.230 décès. Le taux de létalité chute donc à 1,87%. 

Quant aux chiffres de l'IHU-Méditerranée Infection, les données sont là aussi facilement accessibles. L'établissement marseillais réalise ses propres points épidémiologiques. Dans le dernier bulletin publié, on lit que durant "l'acte deux", 12.728 patients ont été testés positifs depuis la mi-juin. Parmi eux, 135 sont décédés. La létalité y est de 1,06. Le ratio est donc loin de quatre. La seule létalité proche du chiffre de 0,5 évoquée par Louis Fouché est celle des patients traités par le "protocole" de Didier Raoult. Sur les 3794 traités, 22 sont décédés. 

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L'IHU ne soigne pas les cas les plus graves

Un chiffre très proche de celui qu'on retrouve à l'IHU. Mais pour le professeur Louis Fouché, il y a tout de même la preuve qu'ils "font quelque-chose un peu différemment qui a l'air de fonctionner". Ce que fait "un peu différemment" cet établissement est assez simple. Il n'a tout simplement pas de service de réanimation. Pour rappel, le 28 septembre dernier, le président du conseil régional de PACA avait déjà suscité l'étonnement en direct sur CNews lorsqu'il avait rappelé cette information. De fait, comme le rappelle l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM), auprès de LCI.fr, si l'établissement dispose de trois unités d'hospitalisation - avec 75 lits au total - il ne s'agit pas de lits de réanimation. 

Déjà en octobre dernier, Le Figaro avait  interrogé le Dr Jean-Marie Forel, médecin intensiviste-réanimateur à l'AP-HM. Il expliquait que, dès que l'état de santé d'un patient se dégradait, il était transféré dans l'un des établissements de  la ville équipé pour faire de la réanimation. Une information confirmée par les hôpitaux marseillais à LCI. Cet établissement spécialisé faisant partie intégrante de l'AP-HM, les cas graves de Covid-19 sont transférés en réanimation dans les services. L'IHU n'a donc jamais pris en charge un patient dans un état grave. Idem pour les patients pris en charge dans le cadre des recherches du professeur Didier Raoult. Leur âgé médian n'était que de 52 ans.  Les seules personnes décédées sont donc des "patients très âgés ou grabataires, dont le passage en réanimation ne servait à rien". 

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