La Prevotella, une bactérie intestinale liée à la mortalité du Covid-19 ? Gare aux conclusions hâtives

Des messages relayés notamment sur WhatsApp indiquent que le Covid-19 infecterait une bactérie intestinale, la Prevotella, ce qui expliquerait sa mortalité. Les experts se montrent néanmoins très critiques : ils remettent en cause les fondements scientifiques de ces affirmations.
Santé

À LA LOUPE – Des messages relayés notamment sur WhatsApp indiquent que le Covid-19 infecterait une bactérie intestinale, la Prevotella, ce qui expliquerait sa mortalité. Les experts se montrent néanmoins très critiques : ils remettent en cause les fondements scientifiques de ces affirmations.

Peut-être avez-vous reçu ce message, largement relayé en ligne depuis plusieurs jours et qui se diffuse à vitesse grand V via des conversations WhatsApp. Qu'indique-t-il ? Que "plusieurs équipes dans plusieurs pays (notamment en Chine, en France – à Lille – ou aux USA) ont fait une découverte majeure qui offre un grand espoir de traitement du Covid". 

Les chercheurs auraient découvert que le virus "ne tuerait pas directement, mais par l’intermédiaire d’une bactérie intestinale qu’il infecterait, la Prevotella". Résultat, "cette bactérie infectée, devenue virulente, déclencherait l’hyper-réaction immunitaire qui délabre les poumons et tue le malade". De quoi expliquer entre autres, selon ce long message, l'efficacité du Pr Raoult et jeter un peu plus l'opprobre sur les médias, qui "taisent cette découverte majeure".

Des arguments contredits pas les chercheurs

Contrairement à ce qu'on pu affirmer des internautes, cette prétendue découverte n'a pas été transmise par le groupe Elsan, l'un des leaders de l'hospitalisation privée en France. Contacté par LCI, celui-ci réfute toute implication et explique simplement que certains de ses médecins ont pris connaissance de ce message via une conversation WhatsApp. Il a d'ailleurs rapidement publié un démenti sur les réseaux sociaux.

Quid des équipes de chercheurs impliquées dans ces recherches et mises en avant dans ce texte, notamment celle de Lille ? Après une série de vérifications et de coups de fil, Checknews assure qu'aucune publication scientifique n'a à ce jour mis en avant de lien entre Covid-19 et Prevotella. Seul un chercheur indien, Sandeep Chakraborty, semble défendre cette thèse depuis plusieurs mois, sans que ses travaux n'ait reçu d'adhésion de la communauté scientifique. En France, un professeur de SVT est arrivé aux mêmes conclusions et il tente aujourd'hui de mettre en lumière ces idées.

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Sciences et Avenir souligne qu'une équipe chinoise a mis en évidence en janvier le fait que "le taux de Prevotella serait plus élevé chez les patients atteints du Covid-19". Or, on constate qu'aucun comité de lecture n'a supervisé les résultats de ces travaux, ceux-ci se basant de surcroît sur un petit échantillon de trois patients, sans mise en place d'un groupe contrôle.

"C'est très insuffisant" pour tirer des conclusions, a expliqué Harry Sokol, professeur en gastro-entérologie et nutrition à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Ce spécialiste du microbiote souligne par ailleurs que l'on "ne peut pas partir du principe que l'azithromycine est un antibiotique efficace. Les dernières études montrent même que c'est faux. Donc dès le départ, cette théorie se base sur deux points de départs qui sont faux".

Une bactérie présente aussi chez les enfants

Parmi les arguments repris pour mettre en évidence le rôle de la Prevotella, on retrouve le fait qu'elle serait absente chez les enfants, ce qui expliquerait que le Covid-19 épargne les plus jeunes. Mais là encore, les experts déplorent des conclusions prématurées. "Elle n'est pas présente dans les premiers jours de vie mais elle va se développer dans les six premiers mois", a réagi le Pr Joël Doré, directeur de recherche à l'Inrae. 

Libération observe que le chercheur indien appuie une grande partie de sa théorie sur le fait que la Prevotella "se retrouve de façon massive et anormale dans les poumons des patients Covid+ hospitalisés". Les experts interrogés par le journal relativisent ces observations et invitent à la retenue. "La présence de Prevotella dans les poumons n’est pas jugée surprenante, puisqu’il s’agit d’une bactérie fréquente dans les voies respiratoires supérieures chez les patients sains, et qu’on la rencontre en petite quantité dans les voies respiratoires inférieures. Les détecter dans des échantillons prélevés chez des malades ne dit rien de leur implication dans un processus pathogène."

À ce jour, en l'absence d'études scientifiques rigoureuses et de publications dans des revues à comité de lecture, ces théories ne sont pas jugées crédibles pas les experts français, qui estime qu'une telle piste peut être explorée à condition de ne pas tirer de conclusions hâtives ou erronées. Sollicitée la Direction générale de la Santé indique d'ailleurs être au courant de ces hypothèses, étudiées "comme de nombreuses autres pistes".

Rien ne permet donc aujourd'hui d'affirmer que le Covid-19 tuerait à cause de l'infection de la Prevotella. Si les pistes menant au microbiote intestinal ne sont pas à écarter, les experts estiment que les arguments avancés par les défenseurs de cette hypothèse sont partiellement contredits par les faits. Ils soulignent également que l'absence d'étude à la méthodologie rigoureuse ne permettent pas de tirer de telles conclusions.

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