Coronavirus : "Si on ne remonte pas la piste animale, la crise recommencera", avertit un spécialiste des maladies infectieuses

Coronavirus : "Si on ne remonte pas la piste animale, la crise recommencera", avertit un spécialiste des maladies infectieuses
Santé

RÉFLEXION - Invité ce jeudi 2 avril d'Elizabeth Martichoux, le professeur Didier Sicard, spécialiste des maladies infectieuses, estime qu'il importe de revenir aux origines animales de la pandémie pour comprendre et vaincre la crise que nous traversons.

Didier Sicard, spécialiste des maladies infectieuses, ne mâche pas ses mots : selon lui, la recherche se focalise sur les traitements et les vaccins au risque de négliger l'origine animale de l'épidémie : "Tant qu’on ne s’intéresse qu’au vaccin, à la protection, aux masques, on ne réfléchit pas à l’amont" affirme-t-il ce jeudi sur LCI. "Or, face à une maladie, on s’intéresse toujours aux facteurs de transmission et on fait tout pour lutter contre ces facteurs de transmission. Dans ce domaine, actuellement, l'humanité n'est pas à la hauteur". 

Il faut donc revenir à ce qui s'est passé en décembre dans un marché ouvert de Wuhan, là où étaient mélangés dans des caisses en osier divers animaux sauvages (serpents, chauves-souris, pangolins...) massivement achetés par les Chinois pour la fête du Rat. Conservés dans des conditions sanitaires si déplorables, certains animaux préalablement infectés ont pu infecter d’autres animaux en quelques jours. 

"Pour l'heure, les seules certitudes que nous avons dans la chaîne de contamination, ce sont les chauve-souris hébergeant le virus et la vente des animaux sauvages dans les marchés en Chine et l'ignorance reste de savoir comment les virus se transmet de la chauve-souris à l'homme" poursuit Didier Sicard. "Comme l’humain n’a jamais été en contact avec ce virus, il se révèle alors d’une agressivité terrible à son endroit. Ce qu'il faut alors impérativement questionner autour de ces deux certitudes, ce sont l'indifférence écologique de la situation de contamination et de consommation, la déforestation ayant fait que les chauves-souris atteintes sont sorties de leur territoire pour se réfugier dans un territoire plus proche des humains, la ligne ferroviaire de la route de la soie qui traverse la foret vierge avec des milliers de grottes abritant les chauves-souris... En d'autres termes, il faut que le monde affronte le réel au lieu de se plaindre des catastrophes sanitaires à venir." 

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Pour ce faire, Didier Sicard réclame un investissement plus important de la recherche dans l’amont de la crise sanitaire que nous traversons. Pour lui, il ne faudrait pas que la course frénétique au vaccin cache cette part essentielle de connaissance, d'autant qu'il ne fait pas l'ombre d'un doute que la Chine va mettre tous les moyens en sa possession pour faire en sorte de ne pas être créditée de l’origine de cette crise : "Le marché d'animaux sauvages à Wuhan a été détruit le 31 décembre comme si on faisait disparaître les lieux du crime" poursuit le professeur. "Si on cache l’arme du crime, cela signifie qu’il y a suspicion." 

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Si la Chine a interdit le 24 février dernier "totalement et immédiatement" le trafic et la consommation d'animaux sauvages, une législation existe pourtant depuis l'épidémie de Sras en 2003, mais elle n'a jamais été réellement appliquée par Pékin, deuxième point qui révolte Didier Sicard : "Certes, les Chinois, plus grands consommateurs d’animaux sauvages aussi bien pour l'alimentation que la médication, ne pouvaient pas imaginer ce qui allait se passer dans le monde avec le nouveau coronavirus, mais le retard de quelques semaines entre la découverte de la maladie et l’alerte générale rappelle complètement ce qui s'est passé avec le Sras entre novembre 2002 et février 2003 où, pour des raisons économiques, les Chinois ont considéré qu’il ne fallait pas affoler tout le monde." 

Pour éviter la répétition, le professeur Sicard appelle à la création d'un tribunal sanitaire international. D'autant que ces animaux sont victimes du braconnage et du trafic : "C'est comme pour le trafic de drogue, il faut le pénaliser", considère Didier Sicard. En plus de la recherche dans l'amont, le professeur lance donc un appel à la criminalisation des trafics d’animaux sauvages et à la fermeture internationale de ces marchés qu'il qualifie de "fléau" prospérant dans l'indifférence générale. Autrement, c'est simple, "cette crise sanitaire recommencera" et pas forcément avec ce virus : "Il y a 25 maladies liées au coronavirus présentes dans le monde, les candidats se précipitent au portillon. Il faut des règles internationales pour proscrire ces marchés d'animaux sauvages qui sont des bombes à retardement. Tant que la vente d’animaux sauvages, en particulier les chauve-souris et les autres intermédiaires (civettes, pangolins…) n’est pas rigoureusement interdite, de la même manière qu'on interdit le trafic de héroïne, cela continuera comme avant."

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