Coronavirus : dans le huis-clos étouffant des 3700 confinés du Diamond Princess

Coronavirus : dans le huis-clos étouffant des 3700 confinés du Diamond Princess
Santé

HUIS-CLOS - Confinés au large du Japon depuis lundi après la découverte de cas de coronavirus - les 3700 passagers du Diamond Princess doivent rester enfermés dans leur cabine à l'exception de quelques promenades minutées sur le pont. Ils racontent leur quotidien.

La croisière à bord du Diamond Princess promettait d'être inoubliable. Elle le sera certainement mais pas pour les raisons attendues. Quelque 3700 passagers et membres d'équipage sont bloqués en quarantaine depuis lundi à bord d'un paquebot amarré au large du Japon dans la baie de Yokohama. Au total, le nombre de cas a triplé, 61 ayant été confirmés vendredi.

Des chambres sans fenêtres, ni chaises

Enfermés dans une cabine d'environ quatorze mètres carré, sans voir la lumière du jour. C'est le sort de ceux qui ont réservé une couchette située à l'intérieur du navire. "Minuscule" et "sans fenêtre", ce sont les mots utilisés par Renee pour décrire son nouveau lieu d'habitation. "Nous sommes quatre et nous n'avons qu'une seule chaise", se lamente cet Américain auprès de Reuters. L'annonce de la mise en quarantaine du bateau, qui devra durer au moins deux semaines, s'est accompagnée de mesures drastiques. Parmi elles, l'interdiction de sortir. Un autre passager dit avoir pu admirer un rayon de soleil … via la chambre d'en face. "Quand ils ont ouvert la porte pour prendre le petit déjeuner", servi directement à la chambre, "le ciel était bleu". Un autre se plaint, lui aussi, de ce confinement. Surtout que le jeune homme de 25 ans est un fervent sportif. "On n'en n'est pas encore au point de devenir fous", dit-il, rassurant. "Par contre, s'ils nous gardent dans les chambres pendant quatre à cinq jours, là ce sera un peu différent." 

Heureusement, Renee et les autres conscrits ne devraient pas tarder à voir la lumière du jour. Et même à sentir la brise marine sur son visage. Comme en témoigne un Britannique sur Facebook, depuis ce matin, ces malheureux passagers sont autorisés à se rendre en petit groupe sur l'un des 18 ponts du navire pendant une heure et demi. Sous la supervision d'agents, respectant une distance d'un mètre l'un de l'autre, l'activité s'apparente à une promenade hors d'une geôle. Elle permet au moins de se dégourdir les jambes et admirer l'horizon. 

D'autres profitent au moins de la vue. Comme Masako Ishida, une Japonaise de 61 ans. Auprès du New York Times, elle confie ne pas être très inquiète. Si elle se demande bien comment elle va passer le temps, elle s'estime chanceuse d'avoir une fenêtre sur l'extérieur. Encore plus veinards, ceux qui possèdent un balcon. 

Juste une banane, c'est tout ce que je demande- Un passager diabétique à bord du Diamond Princess

Mais même lorsqu'on a la chance d'admirer un coucher de soleil en humant l'iode de l'océan Pacifique dans l'une des 750 suites avec balcon, cette mise en quarantaine est pesante. Dans un carnet de bord 2.0, un Britannique témoigne de son désarroi et du chaos que provoque le confinement au moment des repas. Ce mercredi, David Abel a réalisé une vidéo peu après 11h50 où il explique ne pas avoir mangé depuis 19h la veille. Face caméra, il apparaît particulièrement préoccupé. Et pour cause, il est diabétique. Dépendant à l'insuline, il craint de tomber dans le coma. "Je n’exagère pas, je ne vais pas trop loin. Je partage simplement les faits médicaux."

Ce jeudi, le ton a changé. Toujours depuis sa chambre, et cette fois muni d'un flegme cher à nos voisins d'outre-Manche, il décrit une bien meilleure organisation que la veille. Vêtu d'une chemisette à palmiers, il félicite l'équipage - pour qui cette situation doit être "très difficile" - de livrer des repas à des heures convenables et de réaliser un service "superbe", qui permet même de "choisir ce qu'on veut manger". 

Si la situation s'améliore, on est encore loin de ce que promettait la brochure du navire. A savoir : un service en cabine 24 heures sur 24. Et quatre restaurants dirigés par des chefs. Pour celui qui avait réservé ce voyage afin de fêter ses cinquante ans de mariage avec son épouse, Sally, le constat est simple: "Nous ne sommes plus à bord d’une croisière de luxe". "Avoir une personne pour faire le lit, changer les serviettes, nettoyer la salle de bain... Ces temps sont révolus !". 

La croisière ne s'amuse plus

"Offrez-vous un massage sur des pierres chaudes dans notre Spa Lotus", promet le site du Diamond Princess, où on découvre notamment qu'un écran géant surplombe l'une des quatre piscines. L'heure n'est désormais plus au cocooning. Pas de plongeon dans les piscines d'eau douce, ni de soirée à se déhancher sur les rythmes des concerts. Désormais, on tue le temps depuis sa couchette . Films, tablettes, jeux en ligne. Même les conversations se font virtuellement.

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Heureusement, l'équipage a rendu le Wi-Fi disponible gratuitement. Une connexion qui a donné une idée à David Abel. Le Britannique a créé un groupe Facebook strictement réservé aux passagers. Pour les 33 membres qui y sont déjà inscrits, la promesse de "relâcher la pression". Une communauté sur mer qui devrait s'avérer salvatrice. Les croisiéristes n'en sont qu'au deuxième des quatorze jours de ce voyage forcé.

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