Coronavirus : le nombre de cas en Italie permet-il de prédire ce qu'il se passera en France ?

Coronavirus : le nombre de cas en Italie permet-il de prédire ce qu'il se passera en France ?
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À LA LOUPE – Pour essayer d'évaluer le nombre de contaminations dans les jours à venir en France, de nombreuses courbes sont présentées et dressent des comparaisons avec l'Italie, qui aurait quelques jours d'avance. Suffit-il d'observer la situation chez nos voisins pour anticiper le futur ?

La multiplication des cas de coronavirus en France s'est accompagnée ces derniers jours de nouvelles mesures afin de tenter d'endiguer le virus et de protéger les personnes à risque. Si prévoir l'évolution de l'épidémie s'avère par nature un exercice difficile, de nombreuses courbes sont partagées sur les réseaux sociaux, représentant l'évolution du nombre de cas en France et en Italie. Leur lecture permettrait de prédire ce qui nous attend dans l'Hexagone lors des prochains jours. 

La France aurait quelques jours de retard par rapport à ses voisins transalpins – une semaine environ –, de quoi permettre d'anticiper le nombre de cas qui seront diagnostiqués ?

Des évolutions comparables sur le papier

Interrogé par plusieurs radios cette semaine, l'ancien Premier ministre italien Matteo Renzi a mis en garde la France, l'exhortant à ne pas commettre "les mêmes erreurs" que son pays. Il a dressé un parallèle entre les deux voisins et appelé de ses vœux une fermeture des écoles, annoncée depuis par Emmanuel Macron. 

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Pour en avoir le cœur net, il faut observer l'évolution du nombre de cas de part et d'autre des Alpes. Grâce au décompte très rigoureux effectué par l'université Johns-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis, il est ainsi possible de comparer les courbes relatives aux deux pays. 

Sur le graphique ci-dessus, on observe au premier regard une hausse massive des cas en Italie ces derniers jours, ainsi qu'une accélération côté français. Les courbes semblent similaires, mais un décalage de plusieurs jours est notable. Pour mieux s'en rendre compte, il faut comparer le nombre de cas en décalant ceux de l'Italie à J-7. Le résultat nous donne la courbe qui suit :

Si l'on s'en tient à ces seules données chiffrées, la situation entre la France et l'Italie apparaît donc très similaire. Une semaine de décalage semble seulement différencier la progression de l'épidémie.

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Une équation aux multiples inconnues

Prédire avec précision le nombre de cas dans 2, 5 ou 10 jours n'a rien d'aisé. Les plus éminents spécialistes sont en effet confrontés à de multiples difficultés lorsqu'il s'agit d'anticiper la propagation d'une épidémie au sein d'une société. "Le plus souvent, vous prédisez des choses tout à fait catastrophiques, et toujours fausses. Pour Ebola par exemple, un des meilleurs épidémiologistes du monde a prédit 1,2 million de cas en tirant les courbes. Il y en a finalement moins de 30 000 dans le monde", a rappelé Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève interrogé par Mediapart.

Dans les médias français, Matteo Renzi a évoqué les "erreurs" réalisées par l'Italie, incitant les autres pays dont la France à ne pas les répéter. Il a aussi pointé du doigt certaines différences entre nos deux pays, dans l'organisation de leur système de soin notamment. Il a ainsi qualifié "d'erreur incroyable" le fait que l'Italie dispose de "20 différents niveaux régionaux de santé". Au contraire, il voit dans notre organisation très centralisée "un grand avantage". Sans compter le fait que la population italienne est plus âgée, et donc plus vulnérable.

Les quelques jours "d'avance" observés en Italie peuvent aussi jouer un rôle dans la manière dont évoluera l'épidémie sur notre territoire. Dans sa prise de parole jeudi soir, Emmanuel Macron a en effet annoncé un renforcement des mesures prises sur le sol français. Des dispositions plus restrictives qui font écho à celles prises avec succès dans des pays asiatiques tels que la Corée du Sud. 

En parallèle, il faut aussi souligner que le nombre de cas recensés dépend en grande partie… du nombre de tests effectués. En France, rappelle Mediapart, ces dépistages "ne sont plus pratiqués que sur les malades dans un état sévère, ou sur les personnes fragiles considérées comme suspectes". Il est donc tout à fait probable que le nombre de cas - notamment les cas bénins-  soit bien plus élevé qu'annoncé. L'important, estiment les professionnels de santé, ne réside pas tant dans une comptabilisation minutieuse que dans la capacité à assurer une propagation réduite du virus et à assurer la prise en charge des patients qui présentent les formes les plus graves.

En conclusion, on peut en effet observer que la situation en France et en Italie présente des similitudes fortes au niveau du nombre de personnes contaminées, avec environ une semaine de décalage entre les deux pays. Néanmoins, il faut rester très prudent quant à l'évolution du nombre de cas en France, qui ne suivra pas nécessairement celle observée chez nos voisins transalpins. L'évolution du nombre de cas dépendra en effet des mesures prises à travers le pays, que ce soit à une échelle individuelle (lavage des mains, télétravail…) ou collective (interdiction des rassemblements ou fermetures d'établissements scolaires…).

En vidéo

Coronavirus : ce que pensent les Italiens des mesures annoncées par Emmanuel Macron

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