Coronavirus : le nombre de nouveaux cas quotidiens est-il un bon indicateur ?

Philippe Juvin ""Notre crainte est de voir une accélération des personnes hospitalisées en réanimation d'ici deux ou trois semaines"
Santé

DÉCRYPTAGE - Le nombre de personnes infectées chaque jour par le Covid-19 ne cesse d'augmenter ces dernières semaines, une évolution qui suscite inquiétudes et questionnements. Pour autant, cet indicateur reflète-t-il vraiment la tendance épidémique ?

Plus de 16.100 cas supplémentaires de coronavirus détectés en France pour la seule journée de dimanche, pas moins de 26.000 samedi. Si ces chiffres semblent considérables, ils n'ont pourtant rien de surprenants tant la hausse de cet indicateur des nouvelles contaminations semble s’accélérer ces derniers jours. Faut-il, alors, se suspendre à la sonnette d'alarme face à ces infections quotidiennes atteignant des niveaux inédits depuis le début de la pandémie dans l'Hexagone ? 

Si la réponse ne semble ni évidente, ni tranchée, elle peut dans un premier temps reposer sur un raisonnement logique. Mathématiquement, un plus grand nombre de Français infectés accroît le risque des contaminations : davantage de personnes touchées, c'est davantage de personnes susceptibles de transmettre le virus. Ce constat peut être transposé au bilan quotidien des contaminations : plus le nombre de cas est élevé chaque jour, plus il risque de l'être encore davantage par la suite.

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Un outil pour se projeter

Si cet indicateur ne fournit qu'une photo de la situation sanitaire à l'instant t, il permet aussi une projection dans le futur proche. Les symptômes ne se déclarant pas immédiatement, une certaine proportion des nouveaux cas quotidiens finira forcément par en manifester dans les jours suivant le résultat du test. "Les épidémiologistes font un calcul en fonction des cas diagnostiqués aujourd'hui et qui, dans trois semaines, seront très gravement malades", rappelle Philippe Juvin, chef de service aux urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou de Paris. 

Par conséquent, des individus atteints de symptômes graves finiront par se manifester, pour au final éventuellement occuper des lits de réanimation. Ainsi, plus le nombre de personnes infectées quotidiennement croît, plus les effectifs de patients gravement atteints peuvent potentiellement augmenter. Un constat d'autant plus vrai que dernièrement, la "contamination reprend chez les personnes âgées" selon Philippe Juvin. "Notre crainte est de voir une accélération des personnes hospitalisées en réanimation d'ici deux ou trois semaines", explique t-il. 

Un indicateur qui doit être complété

Pour autant, le bilan quotidien des nouvelles personnes positives au coronavirus est largement insuffisant pour caractériser la tendance de l'épidémie. Première et principale raison : le nombre considérable de personnes asymptomatiques. Le Covid-19 a cela de particulier que la majorité des individus qui le contractent n'en manifestent pas les symptômes. Ces patients constituent l'une des explications principales au fait que cet indicateur demeure insuffisant en tant que tel. Pour caractériser avec justesse la tendance de l’épidémie, il faut l'associer à plusieurs autres marqueurs que sont le taux de positivité des tests, le taux d'incidence mais aussi et surtout la saturation des services hospitaliers, notamment en réanimation. 

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S'il peut constituer une première piste de réflexion, l'indicateur journalier du nombre de personnes contaminées doit donc être tout de même pris avec des pincettes et largement complété avec d'autres outils statistiques. Il semble relativement fragile comme indicateur de tendance, mais peut constituer le premier indice d'un faisceau dans une analyse plus globale. 

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