Coronavirus : le "renoncement aux soins" des Français, une "bombe à retardement" ?

Coronavirus : le "renoncement aux soins" des Français, une "bombe à retardement" ?
Santé

SANTE - Par crainte d'être contaminées par le Covid-19, de nombreuses personnes, notamment atteintes de maladies chroniques, ont déserté les centres de soins et les cabinets médicaux. Après cinq semaines de confinement, l'inquiétude monte concernant ces "renoncements", toujours plus nombreux.

C'est un paradoxe de cette épidémie de Covid-19 : tandis que les hôpitaux ne désemplissent pas, ils déplorent dans le même temps l'absence des autres malades, ceux atteints par autre chose que le nouveau coronavirus. "Ces dernières semaines, le renoncement aux soins a pris des proportions très inquiétantes. En ville comme à l'hôpital, la fréquentation est très faible", affirme à l'AFP Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), ce mercredi 22 avril.

Chute des admissions aux urgences, baisse des ventes de vaccins, désertion des cabinets médicaux... "On tire la sonnette d'alarme depuis quinze jours mais pour l'instant la tendance ne s'inverse pas. Le problème, c'est que le renoncement aux soins, même temporaire, peut entraîner toute une série de complications", insiste Frédéric Valletoux.

 Gérard Raymond, président de France Assos Santé, collectif d'associations de patients, évoque même une "bombe à retardement". "Cela peut s'expliquer par les changements de mode de vie, du fait du confinement ou de la fermeture des écoles, et par le départ d'Île-de-France de certains habitants. Mais c'est aussi vraisemblablement dû au comportement des patients eux-mêmes, voulant éviter de surcharger les services d'urgence, ou à leur crainte de contracter à l'hôpital le Covid-19", indique l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), premier groupe hospitalier français.

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Quelques chiffres pour prendre la mesure de la situation : dans les 39 établissements de l'AP-HP, les admissions aux urgences ont chuté de 45% pour les adultes depuis la mi-mars 2020 et de 70% pour les enfants par rapport à la même période de l'an dernier ; du 15 au 30 mars 2020, le nombre d'appendicites prises en charge par l'AP-HP a diminué de 35% par rapport à 2019 ; le nombre d'accidents cardiovasculaires accueillis du 7 au 14 avril a baissé de 15%, comparé à il y a un an. Selon l'Assurance maladie, la fréquentation des cabinets de médecins généralistes a quant à elle diminué de 40% depuis la fin mars, même en comptabilisant les téléconsultations ; celle des spécialistes a chuté de près de 60%...

"Cette baisse n'est pas uniquement observée au sein des services hospitaliers mais bien sur l'ensemble de la filière de prise en charge", souligne l'AP-HP, qui s'étonne aussi du faible nombre de consultations chez les malades du cancer. Autre motif d'inquiétude croissant : une étude publiée ce mercredi par l'Assurance maladie et par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), révèle que la consommation des vaccins penta ou hexavalents (diphtérie, tétanos, polio, coqueluche, grippe B, hépatite B) a diminué de 23% sur la seule dernière semaine de mars, ce qui équivaut à "environ 23.000 nourrissons non vaccinés". L'évolution est encore plus nette pour le ROR (rougeole, oreillons, rubéole), en baisse de 50%.

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Dans un communiqué signé avec cinq autres organisations, dont la Fédération hospitalière de France et la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP), France Assos Santé appelle ce mercredi à la mobilisation pour "rassurer et encourager les malades qui en ont besoin à avoir recours aux soins", rappelant que "ces renoncements aux soins peuvent engendrer de graves dommages, particulièrement pour des pathologies chroniques ou aiguës".

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