Vaccin AstraZeneca : est-il vraiment inefficace chez les seniors ?

Vaccin AstraZeneca : est-il vraiment inefficace chez les seniors ?

STRATÉGIE – La commission de vaccination allemande a déconseillé jeudi le vaccin AstraZeneca pour les personnes âgées de plus de 65 ans, un revers pour le laboratoire britannique déjà sous pression des Européens à propos de ses livraisons.

"Pas assez de données disponibles" : la commission de vaccination allemande a déconseillé jeudi 28 janvier le vaccin AstraZeneca pour les personnes âgées de plus de 65 ans, un revers pour le laboratoire britannique déjà sous pression des Européens à propos de ses livraisons. 

Faute de preuve d'efficacité pour les plus âgés, "le vaccin COVID-19 d'AstraZeneca est actuellement recommandé uniquement pour les personnes âgées de 18 à 64 ans", écrit la commission de vaccination (STIKO) dans un document consulté par l'AFP. L'avis remis au ministère de la Santé précise que "les données disponibles actuellement sont insuffisantes pour évaluer l'efficacité du vaccin au-delà de 65 ans".

Cette recommandation nationale intervient alors que le régulateur sanitaire européen doit se prononcer vendredi sur l'autorisation du vaccin britannique pour le continent. Lundi 25 janvier, deux prestigieux quotidiens allemands avaient annoncé que le gouvernement allemand s'attendait à ce que ce produit ne soit efficace qu'à 8% chez les plus de 65 ans.  

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Une "confusion" entre deux chiffres différents

Sous couvert de sources gouvernementales, le quotidien Bild et le journal économique Handelsblatt ont en effet affirmé lundi que l'Allemagne tablait sur une efficacité de seulement 8% du vaccin anglo-suédois, menaçant même son homologation. Le laboratoire s'est immédiatement défendu. "Les articles selon lesquels l'efficacité du vaccin AstraZeneca/Oxford ne serait que de 8% chez les adultes de plus de 65 ans sont complètement faux", indiquait ainsi dès lundi soir un porte-parole du laboratoire. Il a en effet plaidé que les données sur ce produit, autorisé et largement déployé au Royaume-Uni, ont déjà été communiquées. 

Publiées en novembre dans la revue The Lancet, elles "démontrent que les personnes âgées ont montré de fortes réponses immunitaires au vaccin, 100% d'entre elles ayant généré des anticorps spécifiques après la deuxième dose". Idem du côté de l'université d'Oxford, qui a participé au développement du produit. Un porte-parole a ainsi rappelé qu'il n'y avait "aucune base" pour soutenir cette information. "Les résultats des essais cliniques ont déjà été publiés de manière transparente dans cinq publications scientifiques évaluées par des pairs montrant des réponses immunitaires similaires chez les adultes plus jeunes et plus âgés", a-t-il souligné. 

Alors d'où vient l'erreur de ces "sources" gouvernementales ? "Il semble qu'à première vue, les articles aient confondu deux choses", croit savoir le ministère de la Santé allemand. Selon lui, les médias ont en fait mélangé la part des personnes "entre 56 et 69 ans", ayant participé aux études, à savoir 8%, à ce taux d'efficacité.

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L'histoire pourrait s'arrêter là. Sauf que l'un des journalistes rejette cette explication. Face à la polémique Gregor Waschinski a précisé que ses sources gouvernementales ne citaient pas les publications parues à l'automne dernier mais "de nouvelles données transmises à l'Agence européenne du médicament". L'auteur s'est toutefois défendu de faire un article scientifique, précisant que son travail était simplement "le reflet du processus d'évaluation au sein du gouvernement allemand (...) pour le vaccin AstraZeneca en vue de la prochaine décision de l'AME". Et répète que, face à des "données limitées pour les participants âgés de 65 ans et plus", le gouvernement allemand envisagerait en effet "de modifier son plan de vaccination".

Car les inquiétudes sont légitimes. Si les données publiées par le laboratoire, et citées plus haut, ont bien montré que les plus anciens présentaient une réponse immunitaire similaire à celles des jeunes, il est également vrai que les données récoltées sont limitées. Car trop peu de personnes âgées ont participé à cet essai. D'après les données de l'université, seules 4155 personnes âgées de plus de 56 ans ont participé aux recherches dont uniquement 1460 de plus de 70 ans. Soit 6,2% de la totalité du groupe. D'ailleurs, les chercheurs ont toujours été clairs sur ce biais, soulignant que les données d'efficacité sur ce public "sont actuellement limitées". "Mais des données supplémentaires seront disponibles dans les analyses futures", promettaient-ils. Face à ce doute, l'Agence européenne des médicaments (AME) pourrait donc ne pas autoriser le vaccin pour un public âgé. Interrogée par l'AFP, le régulateur européen a refusé de commenter "une évaluation en cours".

La France se prépare

Une éventualité qui n'est en tout cas pas écartée par les autorités françaises. Ce jeudi 21 janvier devant les Sénateurs, Olivier Véran a ainsi reconnu qu'il avait bien une "marge d'incertitude importante". Comme pour son voisin allemand, le ministère de la Santé a donc déjà prévu de modifier son plan sanitaire en fonction de cette décision. Il indiquait récemment devant la commission des lois du Sénat que si l'agence européenne annonçait que le vaccin n'était pas utilisable chez les plus anciens car "il n’y a pas assez de personnes âgées dans l'étude du laboratoire" alors la France ne pourra tout simplement "pas utiliser AstraZeneca chez les personnes âgées". "Je devrais alors ouvrir un nouveau circuit parallèle au circuit actuel, qui devra cibler un autre public", a-t-il commenté, fataliste. Ce qui aura, sans aucun doute, un impact très important sur la stratégie sanitaire du pays.

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