Coronavirus : les produits venant de Chine peuvent-ils réellement véhiculer le virus ?

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Coronavirus : l'épidémie meurtrière qui inquiète la planète

A LA LOUPE - Des internautes continuent d'interroger notre cellule de fact-checking sur les potentiels risques liés à l'achat de produits chinois. Le virus pourrait-il arriver en France par le biais d'un simple colis ? Pour l'occasion, LCI republie son article, pour lequel il avait sollicité des réponses auprès des autorités, des chercheurs et des professionnels de ce secteur d'activité.

Sur les réseaux sociaux, l'extrait d'un vieil épisode des Simpson tourne en boucle. Il date de 1993 mais semble pour de nombreux internautes "visionnaire". Un mystérieux virus asiatique attaque la ville de Springfield et ses habitants et sème la panique. Différence notable tout de même : il ne vient pas de Chine, mais de son voisin, le Japon. 

Dans cette fiction, la propagation se fait par l'intermédiaire de produits de consommation, commandés en ligne, et reçus par la poste. Alors est-ce possible aujourd'hui avec le coronavirus ? Certains citoyens le craignent. "Les Simpson l’ont encore prédit", ironise un internaute, assurant que les colis commandés via les sites de e-commerce d'AliExpress ou encore de Wish - des sociétés proposant majoritairement des produits manufacturés chinois - sont contaminés.

Certains de nos lecteurs s'interrogent également. Évoquant ces plateformes de e-commerce, l'une d'entre eux nous demande s'il y a "vraiment un gros risque de ramener le virus en France en recevant des colis" ou s'il est "encore trop tôt pour le dire".

Le marché n'est pas anecdotique : en 2019, la France a importé 52 milliards d'euros de marchandises chinoises, selon les Douanes françaises, majoritairement des produits informatiques comme les téléphones ou les ordinateurs (pour 14 milliards d'euros).

Un risque de transmission extrêmement faible

Les autorités se veulent rassurantes. L’Organisation Mondiale de la Santé ne recommande, pour le moment "aucune restriction concernant les voyages ou le commerce". Les douanes françaises nous confirment de leur côté n'avoir reçu aucune consigne  concernant l'arrivée de marchandises chinoises en France, qu'il s'agissent du transport aérien ou portuaire.

Tout risque est-il pour autant écarté ? Non, nous répondent les experts, mais le risque de contamination par un bien de consommation reste relativement limité. Il faut tout d'abord souligner qu'il existe pour le moment plus de questions que de réponses concernant cette nouvelle épidémie. "C'est un nouveau virus donc on ne peut pas répondre avec certitude", pose d'emblée Jean Dubuisson, chercheur du CNRS au Centre d'infection et d'immunité de Lille. Le génome est toutefois connu, et il est établi que le virus appartient "à la famille des coronavirus, pour le moment identifié sous le nom de 2019-nCoV", note l'Institut Pasteur. Il cause chez l'homme une pneumonie, se pouvant révéler mortelle, et est aujourd'hui transmissible d'humain à humain.

"La voie de transmission principale s'effectue à partir d'aérosols (particules en suspension, ndlr), quand on tousse par exemple", détaille Jean Dubuisson. Si l'on touche sa bouche ou son nez avec ses mains, "il n'est pas exclu que l'on contamine aussi des surfaces", reconnaît-il. Les colis provenant de Chine peuvent également être souillés par des sécrétions respiratoires. 

Pour autant, les chances de contamination sont minimes. Tout d'abord parce que les règles d'hygiène dans les entreprises chinoises sont très strictes, nous indique un chercheur de l'Institut Pasteur. Surtout, les conditions de transport vers la France ne laissent quasiment aucune chance à la survie du virus.

Temps de transport et dégradation du virus

Par le passé, deux épidémies de coronavirus ont entraîné des décès, le virus du MERS au Moyen Orient en 2012/2013 et le SRAS en Chine en 2002/2003. Les chercheurs s'appuient donc sur l'étude de ces deux cas. "Le MERC se dégradait rapidement en 2/3 jours, indique Jean Dubuisson, c'est plus lent pour le SRAS. Il faut une semaine pour se dégrader." Or, selon les premiers éléments à disposition, le nouveau coronavirus semble plus proche du SRAS. La direction générale de la Santé, une entité du ministère de la Santé, nous indique de son côté, que le 2019-nCoV "peut survivre quelques heures dans l’environnement, voire quelques jours dans les milieux humides." 

Dans tous les cas, "soit l’envoi est réalisé par bateau est le délai est trop long pour la survie du virus, assure-t-elle, soit l’envoi est réalisé par avion et les conditions dans la soute (air sec) ne sont pas favorables à la survie du virus." 

Un spécialiste de l'importation pour une entreprise de jouets nous le confirme. La majorité des biens en provenance de Chine s'effectue par bateau or, selon ses estimations, il faut au moins quatre semaines pour que les produits arrivent à destination. Une à deux semaines de la sortie d'usine à l'embarquement, le temps d'acheminer les biens au port et de remplir les containers, puis de 23 à 30 jours de transports. Une fois arrivé en France, ils reste encore à effectuer les démarches administratives, un processus actuellement ralenti par les grèves contre la réforme des retraites. Pour ce qui est du fret ferroviaire, les délais sont de "2 à 3 semaines".

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Quid des produits alimentaires et notamment de la viande animale ? La France en importe peu, celles-ci ne représentent que 0,5% du total de nos importations de viande et de produits à base de viande. Surtout si la source n'est pas encore clairement identifié, - "le réservoir vient probablement du marché de Wuhan, où des animaux vivants sont vendus", indique simplement l'INSERM - Jean Dubuisson souligne que tous les coronavirus ont pour origine des animaux sauvages. Le SRAS a été retrouvé chez des chauves-souris, mais a été transmis à l'homme par des civettes palmistées masquées, dont sont friands les Chinois. Le MERS aurait lui été transmis à l'homme par des dromadaires. "Ce ne sont pas des animaux consommés par les occidentaux, il n'y a donc aucun risque".

A notre connaissance, seul un pays a pris des mesures spécifiques pour l'importation de viande : le Kirghizistan. Les autorités locales ont interdit toute importation de viande et de produits à base de viande en provenance de Chine et a renforcé les contrôles vétérinaires aux frontières et aux aéroports, rapporte l'agence de presse du pays.

Pas d'inquiétude chez les plateformes de e-commerce

Les plateformes de e-commerce visées par les critiques se montrent, elles aussi, confiantes. "L'OMS n'a recommandé aucune restriction commerciale depuis ou vers la Chine, souligne le porte-parole de Wish. Bien que nous continuerons à suivre ses directives, nous n'attendons pas à ce qu'il y ait un impact immédiat sur notre activité." 

 "Il n'y a aucune preuve indiquant que les colis ou leurs contenus comporte un risque, note également le porte-parole de AliExpress, géant du e-commerce chinois. Nous portons une attention toute particulière à la situation et nous coopérerons avec les autorités compétentes". 

Des contrôles par la poste chinoise

L'entreprise chinoise nous indique par ailleurs que les services postaux de l'empire du milieu ont pris des mesures spécifiques pour désinfecter tout colis et courrier en provenance de Wuhan. "Une désinfection du courrier et des véhicules" de la Poste de Wuhan est effectué au centre de tri de la ville, peut-on lire dans un communiqué. Le service public explique d'ailleurs que "le délai de traitement du courrier peut être rallongé". 

A Wuhan, "la livraison est préférée à un point de collecte ou à une boîte aux lettres pour réduire les contacts entre les personnes."  La Poste explique ainsi à ses usagers qu'un postier "contactera le destinataire par téléphone pour prendre rendez-vous". De quoi rassurer.

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"Aucune infection à la suite d’un contact avec un objet contaminé n’a été rapportée, pour les autres coronavirus connus", rappelle d'ailleurs la Direction Générale de la Santé. "Le premier risque de contamination en France, c'est l'humain : des personnes infectées, venues de Chine et qui pourraient contaminer leurs proches", souligne le chercheur lillois. Vendredi 24 janvier, trois cas positifs au test du coronavirus ont été confirmés par la ministre de la Santé, deux d'entre eux revenaient d'un séjour en Chine. 

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