Covid-19 : "Même dans un lieu bien ventilé, la seule façon de limiter le risque, c'est de porter le masque"

10H DR ROCHOY ça va dans le bon sens mais ce n'est pas suffisant
Santé

INTERVIEW - Le Dr Michaël Rochoy, du collectif de médecin Stop Postillons, explique la nécessité de rendre le masque obligatoire dans tous les lieux clos, privés comme publics. Et notamment dans les écoles et les entreprises.

"Masque obligatoire". À l'accueil des lieux de santé, à l'entrée des magasins, sur les marchés et maintenant les trottoirs de plusieurs communes, l'injonction est de plus en plus présente. Reste que si le port du masque est imposé depuis le 20 juillet dans les lieux publics clos, certains espaces, pourtant collectifs, échappent encore à la consigne. Maternelles, écoles primaires ou universités décident par exemple au cas par cas. En entreprises, l'obligation n'est effective qu'à partir du moment la distanciation physique n’est pas possible.

Un non-sens pour plusieurs médecins. "On ne peut imposer le port de masque en extérieur dans certaines situations à risque marginal tout en le laissant optionnel dans des lieux clairement identifiés comme moteurs de cette épidémie", déplorent une vingtaine de professionnels de la Santé dans une tribune à Libération. Ce samedi, le Haut Conseil de la santé publique a? LUI? officiellement recommandé le port "systématique du masque dans les lieux clos publics et privés collectifs"

Une évidence pour le collectif Stop Postillons, composé de quatre médecins, tous signataires de la tribune, qui réclame la généralisation du port du masque en intérieur depuis mars. Le Dr Michaël Rochoy, explique à LCI la nécessité d'une telle mesure.

Non, la distanciation physique ne suffit pas- Dr Michaël Rochoy, du collectif Stop Postillons

LCI : En quoi la distanciation physique ne suffit-elle pas ?

Michaël Rochoy : En intérieur la distanciation physique est importante, mais il faut réaliser que le virus se transmet de plusieurs façons : il y a les gouttelettes - les fameux postillons - et les aérosols. Depuis fin juin, il a été prouvé que le virus peut se déplacer dans l’air, c’est un mode de transmission qui existe. Il faut tenir compte, que ce soit dans un amphi de cours, une salle de réunion ou un open space. Pour reprendre une métaphore utilisée dans la tribune que nous avons co-signée dans Libération, "le virus se propage et s’accumule, à l’image de la fumée de cigarette en hiver dans les pièces fermées". Plus le virus s'accumule dans l’air, plus nous risquons une contamination. Même dans un lieu bien ventilé, la seule façon de limiter le risque de contagion, c'est de porter le masque. 

Lire aussi

Faut-il imposer le masque dans les établissements en dessous du collège ?

Peut-être pas la maternelle car, comme cela a été avancé, ils ne sauront pas le mettre ou le garder. Mais un enfant de 10 ans est aussi apte à porter un masque qu’un enfant de 11 ans, âge à partir duquel il est obligatoire de le porter dans les espaces publics. Il faut arrêter avec l’idée que les enfants ne sont pas impliqués par la pandémie ni sous-estimer leur capacité à transmettre le virus. D’un point de vue épidémiologique, rien ne prouve qu’ils sont moins contagieux. Au contraire, nous avons des preuves que ces établissements sont des lieux de contagion : près de 4% des clusters recensés entre le 9 mai et le 4 août étaient nés dans les écoles, et ce malgré les longues fermetures sur la période. Si on ne demande pas le port du masque, au moins à l’école primaire, on ne peut qu’imaginer une augmentation des clusters à la rentrée.

Le port du masque obligatoire a un grand intérêt économique- Dr Michaël Rochoy, du collectif Stop Postillons

Et dans les entreprises, qu’est-ce-qui bloque ?

Les entreprises sont les premiers foyers de contamination en France. D’après les échanges que j’ai pu avoir avec des représentants du patronat sur les plateaux de télévision et radio, je remarque qu’ils ont peur de deux choses : le télétravail en masse, et la responsabilité juridique. Certains employeurs craignent que si l’on impose le port du masque en entreprise, ils aient plus d’obligations de protection envers leurs salariés, et plus de plaintes s’ils ne sont pas en capacité de fournir cette sécurité. Quant au télétravail - qui est pourtant la première mesure à mettre en place pour limiter la propagation du virus - ils redoutent de perdre en efficacité, et donc de l’argent. Mais c’est un mauvais calcul : le port du masque obligatoire a un grand intérêt économique.

Toute l'info sur

Covid-19 : la France face au rebond de l'épidémie

Les dernières infos sur l'épidémie de Covid-19

Quel est cet intérêt économique de la généralisation du port du masque ?

Avec la rentrée va venir l’automne et avec l’automne vont arriver tous les autres virus habituels, qui s’ajouteront au Covid-19. Le port du masque généralisé éviterait en grande partie la circulation de ces autres maladies. Sans cela, pour chaque enfant ou adulte qui aura une fièvre isolée, une toux, sans otite ou angine détectable, nous allons recommander un test PCR Covid. Nous risquons alors une surcharge des soins primaires - laboratoires et médecine de villes - puis des soins secondaires - hospitalisations. Si le système de santé est débordé, les délais pour avoir un rendez-vous, un test, puis ses résultats, risquent de s’allonger. Donc il faudra se mettre en quarantaine plusieurs jours en attendant : si c’est un enfant, un parent restera à la maison pour le garder, etc. Les gens qui allaient travailler même avec 38° de fièvre parce qu’ils ne peuvent pas perdre trois jours de salaire seront cette fois obligés de poser des arrêts maladie. Qui dit augmentation des contagions, même hors Covid, dit augmentation de l'absentéisme par précaution... Et, à terme, problème économique. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent